Abattoir d’Alès : faut-il un scandale pour susciter une évolution ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 19/10/2015 à 08h00

Des vidéos insoutenables circulent sur les réseaux sociaux : des animaux se débattent, pendus dans le vide, en route pour leur mort. Violence, cruauté, maltraitance, l’association L214, qui milite pour la reconnaissance de la sensibilité des animaux, vient de révéler les images de l’abattoir d’Alès. Un tel scandale était-il prévisible ? Peut-il être à l’origine d’une évolution des mentalités ? Retour sur un problème de société.

Image titleVache et veau en abattoir. © L214 - Éthique & animaux - CC BY 3.0


Pour bon nombre de personnes, c’est le choc. En France, où l’abattage des animaux est réglementé, rares sont ceux qui avaient conscience que l’Industrie de la viande était responsable de telles horreurs. Les révélations faites sur les agissements de l’abattoir d’Alès n’ont pourtant pas surpris tout le monde.

L’OABA (Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir) avait déjà constaté des manquements aux règles : en 2008 alors que les porcs se réveillaient lors de la phase d’égorgement, et en 2013 où les enquêteurs de l’association avaient observé que les dispositifs étaient inadaptés aux chevaux. Depuis, plus aucune donnée n’était disponible, l’association n’ayant plus eu, dès lors, l’autorisation de renouveler ses visites.

L’abattoir d’Alès a montré la face la plus sombre de l’industrie de la viande, mais est-ce un cas isolé ? Il est fort probable que non. À ce jour, près de 60 % des établissements d’abattage refusent d’ouvrir leurs portes aux associations et journalistes. Selon eux, ils ont déjà les services vétérinaires pour les contrôler. Or, c’est bien là le problème : la Cour des comptes a dénoncé en 2014 le manque de contrôles sanitaires, les inspections vétérinaires ayant diminué de 17 % de 2008 à 2012, faute de budget. Si la réglementation européenne exige la présence de vétérinaires dans les abattoirs, la France n’arrive pas à s’y conformer.

Consciente du manque de suivi des règles en abattoir, la mission sénatoriale d’information sur la filière viande avait d’ailleurs alerté en 2013 le ministère de l’Agriculture sur l’ensemble des abattoirs en France, pour « Imposer des contrôles physiques des vétérinaires au poste d’abattage, pour toutes les espèces et suivre les incidents d’étourdissement ou d’égorgement »*. Un conseil qui ne semble pas avoir été entendu.

Image titleVache en abattoir. © OABA - CC BY 3.0


Que faire à présent ?

L’abattoir d’Alès a fermé, mais ce n’est pas terminé. L’OABA, la SPA du Pays d’Arles et l’Alliance Anticorrida ont déposé une plainte pour mauvais traitement et acte de cruauté envers les animaux auprès du procureur de la République, près le TGI d’Alès.

« Je reste dubitative quant à des contrôles réalisés par les pouvoirs publics » avoue Claire Starozinski, présidente de l’Alliance Anticorrida.  « La chambre d’Agriculture du Gard aurait affirmé « ne jamais avoir eu connaissance d’exactions dans l’abattoir d’Alès » alors que, sans pour autant les sanctionner, la préfecture du Gard avait déjà repéré des « pratiques professionnelles non conformes à la réglementation ». »

L’OABA et la sénatrice de l’Ain, Madame Goy-Chavent, demandent à présent de réaliser un audit auprès des abattoirs afin d’observer leurs pratiques. Une enquête parlementaire vient ainsi d’être proposée en ce sens et vous pouvez la soutenir en signant cette pétition.


Le poids de l’opinion publique

Cette triste affaire a peut-être au moins eu un avantage : il a atteint les consciences de l’opinion publique. « À mon sens, ce scandale est déjà à l’origine d'un changement des habitudes de consommation de milliers de personnes. Il n'y a qu'à lire les nombreuses réactions sur la page Facebook de l'Alliance Anticorrida. Les animaux n'auront donc pas souffert en vain. » estime Claire Starozinski.


C’est d’ailleurs cette vive réaction en masse qui a conduit à la fermeture de l’abattoir d’Alès. Il ne faut pas s’arrêter là. Alors que le bien-être animal est de plus en plus fréquemment abordé en politique et que l’alternative végéta*ienne est adoptée par un nombre croissant de Français, il est clair que c’est la mobilisation autour de ce scandale qui permettra d’améliorer les conditions d’abattage des animaux, pour qui sait, peut-être un jour, l’abolir.


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* Proposition n° 39 du rapport final – CP de l’OABA

Source : OABA / Alliance Anticorrida / LFPC

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