Rencontrez Granny, l'orque de 104 ans qui dérange les parcs aquatiques

Par Marie Mercier, le samedi 17/10/2015 à 08h00


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« Granny », c’est le surnom que porte la plus vieille orque sauvage connue à ce jour. Du haut de ses 104 ans, elle parvient à elle seule à faire trembler les parcs aquatiques du monde, qui sous-estiment l’espérance de vie des orques pour justifier la bonne santé des spécimens captifs. 



Des parcs aquatiques noyés sous les justifications

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Les parcs aquatiques détiennent différentes espèces de la faune marine et les exploitent lors de spectacles dont les places sont vendues au grand public. Les défenseurs de la cause animale mettent en avant des conditions de vie déplorables pour les animaux : manque d’activité, nourriture inadaptée, taille des bassins trop réduite, manque de cohérence dans les hiérarchies sociales et explosion des familles pour des facilités de travail. Un ensemble de conditions de détention qui a un impact direct sur la durée de vie des animaux. C’est pour cela que les parcs aquatiques développent des arguments de défense pour justifier que leurs choix n'ont pas de conséquences sur la longévité des orques : “L’espérance de vie des orques à SeaWorld est la même que dans la nature". Ainsi, les animaux dans les parcs auraient des conditions de vie qui leur permettraient de vivre aussi longtemps qu’à l’état naturel. Qu’en est-il vraiment ?



Une « vieille dame » qui vient remettre en cause tout un système !

Les scientifiques estiment qu’en moyenne l’espérance de vie pour les orques à l’état sauvage oscille entre 50 et 70 ans pour les mâles et 70 à 90 ans pour les femelles. Ces chiffres étant variables selon les zones de répartitions des animaux.

Même si certains individus atteignent quelques records de longévité dans les parcs aquatiques (comme Corky femelle de 49 ans à Seaworld), l’espérance de vie dépasse rarement les 35 ans en captivité. On notera que Freya, l’orque la plus âgée du Marineland d’Antibes est morte cette année en juin à l’âge de 32 ans, triste sort suivi quelques mois plus tard par Valentin son fils âgé de seulement 20 ans.  Des animaux qui décèdent souvent de façon prématurée.

Pour démentir les affirmations des scientifiques, Seaworld a affirmé que « personne ne connaissait avec certitude la durée de vie des orques » et a récemment financé une étude sur la longévité de deux groupes d’orques sauvages, trouvant une moyenne d’âge avoisinant celle de leur parc. 

Seulement ça, c’était sans compter sur « Granny », cette orque de 104 ans, matriarche d’un groupe d’une trentaine d’orques sauvages, qui arpente les océans avec sa famille sans être inquiétée.

Les scientifiques estiment qu’elle serait née en 1911 et aurait donc connu la tragédie du Titanic et traversé les deux premières guerres mondiales ! Elle a d’ailleurs elle aussi connu une brève captivité en 1967 : déjà jugée trop âgée à l’époque pour les parcs aquatiques, elle avait été relâchée. Une chance que n’a pas eu son petit fils Canuck, capturé et détenu à Sea World avant d’y mourir à seulement 4 ans.

Image titleCapture d'orques à Penn Cove en 1967 (copyright freedolphins.fr)


Au-delà de sa longévité, qui dépasse les estimations avancées par Seaworld, c’est le modèle social qu’elle nous présente qui remet en question les conditions de détention des parcs : ses liens avec ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants confirment l’importance de la vie en groupe et des liens entre les individus. Autant de conditions irréalisables dans un parc.

Cette orque qui remet en question tout un système connait certains détracteurs qui doutent de son âge.


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Granny 104 ans et un de ses fils Ruffles 63 ans (Copyright Nature's keeper photography)


Comment être sûre qu’il s’agisse de la même orque ?

Il existe plusieurs caractéristiques physiques que les scientifiques peuvent utiliser :Descriptif J2 (Granny) - copyright NOAA

  • - Le sexe de l’animal.
  • - La forme du nez.
  • - La répartition des tâches et leurs différents tons.
  • - La taille et le poids de l’animal.
  • - La forme des nageoires (dorsales, caudales et pectorales).
  • - La présence éventuelle de cicatrices.

Toutes ces données couplées à des zones géographiques renseignent sur l’individu rencontré. Déjà en 1930, des photos ont permis de mettre en avant la présence de motifs uniques et d’une cicatrice spécifique sur l’aileron de Granny, venant confirmer qu’elle habite nos océans depuis plus de 100 ans !



Cette matriarche nous apporte la plus belle preuve que rien ne convient mieux aux orques que la liberté de leurs océans.

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Granny en liberté (crédits photos Captain Pidcock)



Actualisation : née vers 1911, Granny s'est éteinte à l'âge de 105 ans, fin 2016. 


Source NOAA : « National Oceanic and Atmospheric Administration (USA) » / Science et avenir du 28.07.15 / Science recorder du 14.05.2014

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