Captivité des mammifères marins : des conditions contre-nature !

Par Virginie Sowinski, le lundi 17/08/2015 à 08h00

Le 15 août, près de 500 manifestants et des associations de protection animale comme Sea Shepherd, la Fondation Brigitte Bardot ou Animalter se sont rassemblés devant le parc Marineland d’Antibes sur l’appel du collectif Sans Voix PACA. Objet de protestation ? Un appel à la libération des mammifères marins détenus au sein de la structure. Loin des rires et des spectacles, Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France, nous explique pourquoi la captivité de ces espèces est, malgré les soins qui leur sont apportés, incompatible à leur bien-être.

Manifestation du 15 août 2015. © Soigner son Animal

Manifestation du 15 août 2015. © Soigner son Animal


« La captivité tue », « Mourir = leur seul espoir de liberté », « libérez les cétacés », « il n’y a pas de beauté à la liberté volée » étaient, entre autres, les slogans que l’on pouvait voir et entendre le samedi 15 août devant le parc Marineland d’Antibes. Des revendications parfois incomprises, notamment lorsqu’il s’agit d’animaux nés en captivité, nourris et soignés.


Pourtant, l’accès aux soins et à la nourriture n’est pas seul gage du bien-être d’un animal. Le respect des besoins physiologiques des espèces est primoridal. L’article R413-19 du code de l’environnement précise ainsi que la détention doit se dérouler « dans des conditions visant à satisfaire les besoins biologiques et de conservation des différentes espèces, en prévoyant, notamment, un aménagement adapté des enclos en fonction de chaque espèce ».

Or, les cétacés sont des mammifères sociaux vivant en familles hiérarchisées. Chaque individu appartient à un groupe bien spécifique et chaque groupe possède son propre langage*, par écholocation. En captivité, les familles sont éclatées, les orques réunies au sein d’un même bassin demeurent des individus isolés aux codes différents, ce qui occasionne parfois des attaques et blessures.

Les bassins non plus ne sont pas adaptés. Les parois renvoient les ondes sonores émises par les cétacés, ce qui fait l’effet « d’une pièce tapissée de miroirs qui leur renverraient sans cesse leur reflet », explique Lamya Essemlali, Présidente de l’association Sea Shepherd France. De plus, « les mammifères marins parcourent des centaines de kilomètres par jour en mer et passent moins de 20 % de leur temps à la surface. On comprend alors facilement qu’un bassin de 12 mètres de profondeur sur 64 mètres de long n’est pas du tout adapté. », poursuit-elle.

Un constat appuyé par une étude parue en 2007 : des chercheurs ont alors démontré l’importance des comportements sociaux, des déplacements et de la recherche de nourriture chez l’orque. Des paramètres qui auraient eu une incidence sur l’évolution de la structure génétique de l’espèce. **

Les conditions de détention des mammifères marins, même nés en captivité, ne peuvent donc pas répondre à leurs besoins biologiques. Pire encore, leur espérance de vie est écourtée de plus de moitié par rapport à celle observée dans la nature, passant de 50 ans pour les mâles et 90 ans pour les femelles, à respectivement 20 et 35 ans. Des arguments qui ont conduit douze pays européens, dont l’Autriche, la Hongrie, le Luxembourg ou encore la Pologne, à fermer et interdire les delphinariums.

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Éduquer, c’est sensibiliser

Les parcs ont une obligation de « promotion de l'éducation et de la sensibilisation du public en ce qui concerne la conservation biologique, notamment par la fourniture de renseignements sur les espèces exposées et leurs habitats naturels » (Art. R413-19 code de l’environnement).

Nombreux sont donc les parents qui emmènent leurs enfants dans ces structures pour leur montrer les animaux.

Cependant, « la majorité des gens n’ont pas conscience de la détresse des animaux des parcs. Dans le cas des dauphins, leur faciès joue contre eux : ils ont toujours l’air de sourire et ils jouent au ballon, sautent dans les cerceaux. Par anthropomorphisme, cela nous renvoie une image de bonheur, alors qu’en fait ils sont entraînés pour. C’est du non-stop et c’est très triste », confie Lamya Essemlali.

Éduquer, c’est donc avant tout présenter l’animal dans son milieu d’origine et sensibiliser à la préservation de l’espèce dans son intégrité. L’étude de la vie animale ne peut être faite que dans des conditions naturelles, les comportements étant largement biaisés en captivité.


Vous souhaitez que vos enfants aient la chance d’approcher des mammifères marins ?

- Contactez l’association SOS Grand Bleu et partez à la découverte des espèces marines sur un voilier en Méditerranée.

- Adhérez à l’association Cetus Méditerranée et faites un stage en mer.

- Faire une sortie en mer avec l'association Al Lark (Ille-et-Vilaine - 35).


Depuis la sortie de Blackfish, la fréquentation des delphinariums a chuté, notamment aux États-Unis où le film a été largement relayé. En France, où le déploiement de ce long-métrage a été limité, la prise de conscience semble plus longue. Toutefois, l’espoir demeure : les campagnes de sensibilisation font évoluer les mentalités en faveur de la libération animale. Cela prend du temps, mais le changement est inexorable.


Sea Shepherd France


* - Garrett H., Do orcas use symbols ?, Orca Network, 2002

   - Krützen, Michael, Janet Mann, Michael R. Heithaus, Richard C. Connor, Lars Bejder, and William B. Sherwin (2005). Cultural transmission of tool use in bottlenose dolphins. PNAS, June 21, 2005, vol. 102, no. 25, 8939-8943.

** Hoelzel AR1, Hey J, Dahlheim ME, Nicholson C, Burkanov V, Black N., Evolution of population structure in a highly social top predator, the killer whale, Mol Biol Evol. 2007 Jun;24(6):1407-15. Epub 2007 Mar 30.


Avec l'aimable participation de Lamya Essemlali