Associations en péril: cette aide d’urgence, c’est pour quand ?

Par Virginie Sowinski et N.B, le lundi 29/06/2020 à 08h00

Le déconfinement n’a pas été synonyme de retour à la normale pour les associations de protection animale. Depuis plusieurs semaines, Ethics for Animals relaie l’appel à l’aide des refuges pour obtenir un fonds d’urgence qui les aiderait à surmonter la crise financière qui les opprime. Focus sur une mission de sauvetage en cours.


Ils sont sur plusieurs fronts et comptent bien obtenir ce fonds d’urgence. Depuis plusieurs semaines, l’association Ethics For Animals, en collaboration avec One Voice, l’Arche des Associations et le Collectif Chat stérilisation 100 % obligatoire, tentent par divers moyens de faire entendre le signal d’alarme lancé par de nombreuses associations en France.

« De nombreuses associations sont venues vers nous pour témoigner de leur situation : elles sont dans l’embarras financier et se sentent oubliées par le Gouvernement alors qu’elles réalisent un travail d’intérêt général. Étranglées par le manque de financements, beaucoup sont sur le point de fermer. » nous explique Christophe Arvis, Président de l’association Ethics For Animals.

À ce jour, au moins 760 refuges autonomes et 3.218 associations indépendantes pourraient être en très grande difficulté, certaines menaçant de mettre la clé sous la porte, laissant des dettes, des bénévoles en détresse et des animaux sans solution. Pire encore, la perte d’un grand nombre d’associations et refuges rendrait compliqué, voire impossible, l’accueil des centaines de milliers d’animaux pris en charge chaque année par ces petites structures.

Pour interpeler le gouvernement, Ethics For Animals et ses partenaires de sauvetage ont d’abord sensibilisé l’opinion publique en lançant une pétition qui comptabilise à ce jour plus de 90.000 signatures.

47 personnalités à l’instar d’Eddy Mitchell, François Cluzet, Michel Drucker, Alex Goude ou Arielle Dombasle ont ensuite cosigné une lettre ouverte et certains ont même pris la parole dans les médias pour soutenir les associations en danger et demander un fonds d’urgence de 15 millions d’euros au ministère de l’Agriculture.

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Conscients de la catastrophe que pourrait représenter la fermeture massive de refuges, des soutiens issus du milieu associatif ont à leur tour pris personnellement la parole pour demander un fonds d’urgence, via des vidéos circulant sur les réseaux sociaux.

Le 8 juin, ce sont 20 députés qui ont rejoint le mouvement et se sont ainsi rassemblés derrière la parlementaire Samantha Cazebonne en envoyant un courrier directement au ministre de l’Agriculture.

Enfin, le 27 juin, un ultime S.O.S a été publié dans une tribune sur le site du Journal Du Dimanche, alors que les députés préparent la soumission au vote d’un amendement parlementaire demandant un fonds d’urgence pour sauver les associations de protection animale.

Malgré cet engouement général, l’octroi d’un fonds d’urgence n’a pas encore été validé par le ministère.  


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Les associations de protection animale françaises en perdition

Mais quel mal ronge les associations de protection animale de l’Hexagone ? Très certainement la méconnaissance de leur éclatement structurel, les nouvelles contraintes liées au Covid-19 limitant leur capacité à trouver des sources de financement et peut-être aussi un manque de reconnaissance de leur travail.


A réception de la lettre signée par les parlementaires, le ministre de l’Agriculture aurait indiqué à un confrère journaliste avoir suffisamment fait pendant le confinement en donnant la possibilité à la SPA de procéder aux adoptions.

Or, la SPA, si elle est connue et fait un travail respectable, représente entre 7 et 8 % des refuges en France, alors que l’on dénombre 775 structures. De plus, si les refuges ont pu reprendre leurs adoptions, les associations (n’ayant pas de chenils et travaillant par exemple avec des familles d’accueil, ou celles prenant soin des chats libres) n’ont pas eu ce traitement de faveur.

Malgré la « saison des chatons », les associations sont ainsi restées impuissantes et n’ont pas pu assurer leurs campagnes de stérilisation, avec de lourdes conséquences sur les populations de chats errants et sur leur travail. Les collectes alimentaires habituellement menées dans les grandes surfaces ont été annulées à cause du Covid-19, tout comme les vide-greniers ou foires lors desquels les associations peuvent habituellement recevoir les dons qui leur permettent de nourrir et soigner leurs animaux.

Cette année, ces refuges et associations qui fonctionnaient déjà avec peu de moyens se retrouvent accablés par l’impossibilité de trouver des financements et le devoir d’assumer une charge de travail toujours plus importante.


Mis au fait de cette situation, le ministère de l’Agriculture a demandé à Ethics For Animals de fournir un rapport avec des données chiffrées. En 8 seulement 8 jours, l’organisation a pu s’appuyer sur les bilans de 135 associations pour témoigner de la réalité du terrain.

Ainsi, il est apparu qu’entre 2019 et 2020, les associations ont accusé une baisse de leurs ressources de 32,65 % (soit une chute d’environ 1 million d’euro) pour une augmentation de leur déficit de 58,42 % (plus de 1,2 million d’euros).

Si ces associations venaient à fermer, ce serait plusieurs centaines de milliers d’animaux abandonnés par an qui ne pourraient être pris en charge. Plus encore, on oublie trop souvent les bénévoles, les salariés et les milliers d’emplois indirects créés par ce tissu associatif si utile et si fragile. Par exemple, sur les 135 refuges étudiés, ce sont 3.393.430 € de frais vétérinaires qui ont été générés entre janvier et mai 2020, soit plus de 565.000 € revenant à l’État par le biais de la TVA en moins d’un semestre.

Si on multiplie par le nombre d’associations et refuges indépendants en France, ces chiffres pourraient être multipliés par 29.



Mercredi, l’amendement parlementaire déposé par la députée Samantha Cazebonne devrait être voté à la 3e loi rectificative des finances. Il faut néanmoins encore l’accord du ministère de l’Agriculture, car seul un amendement gouvernemental pourrait débloquer un fonds d’urgence. Les associations de protection animale françaises retiennent leur dernier souffle.


Source : Ethics For Animals

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