Les animaux qui parcourent de grandes distances dans la nature sont inadaptés à la captivité

Par Virginie Sowinski, le jeudi 13/12/2018 à 18h00

Une étude (1) a cherché à comprendre pourquoi certaines espèces en captivité prospéraient alors que d’autres dépérissaient. Résultat : certaines espèces, habituées à parcourir de longues distances à l’état sauvage, ne devraient tout simplement pas être détenues.

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Santé fragile, difficultés à se reproduire, comportements stéréotypés, durée de vie écourtée, mortalité néonatale, etc. Certaines espèces animales paient plus cher que d’autres leur captivité.  C’est notamment le cas des ours polaires, des tigres ou des orques. Pourquoi, alors que d’autres comme les lémuriens semblent pouvoir y prospérer, ces animaux n’arrivent-ils pas à trouver leur équilibre en captivité ?

En 2003, des chercheurs ont étudié cette question (1) en ciblant les différences entre les carnivores terrestres captifs. Ils ont alors analysé les comportements de 35 espèces de carnivores, en se focalisant sur la mortalité néonatale (souvent le fait du désintérêt de la mère) et sur le « pacing », ces aller-retour incessants, manifestation la plus courante chez les carnivores en captivité, représentant 97 % des comportements stéréotypés observés chez ces espèces.

La mortalité néonatale a été corrélée avec la taille de l’enclos, une donnée spécifique à la captivité puisqu’à l’état sauvage, la mortalité des petits ne semble pas être en lien avec la taille du territoire. Pour les animaux détenus, plus l’espace était petit et plus la mortalité néonatale était élevée, tout comme les comportements stéréotypés.

De plus, les individus psychologiquement dysfonctionnels ou stressés étaient surtout ceux qui dans le milieu naturel évoluaient sur un vaste territoire.


« L’enclos d’un ours polaire représente en surface 1/1.000.000e du territoire minimum que cet animal arpente dans son milieu naturel. »

Les scientifiques en ont déduit que détenir des animaux qui parcouraient de longues distances ou dont le territoire était très étendu dans le milieu naturel leur occasionnait stress et frustration (2). Des recherches antérieures ont par ailleurs démontré que la frustration pouvait altérer le développement des zones cérébrales responsables du séquençage comportemental, augmentant les attitudes « inappropriées » (impulsivité, agressivité), réduisant la capacité à adopter des comportements plus flexibles (3) et induisant des gestes stéréotypés (associés chez l’Homme à un trouble psychiatrique, neurologique ou du développement) (4) .

Certaines espèces ne devraient tout simplement pas être maintenues en captivité, telle est la conclusion de cette étude. Pour les espèces qui semblent plus adaptées, il est conseillé de revoir la taille des enclos à la hausse et d’enrichir le milieu pour éviter l’ennui. Une étude plus récente a aussi souligné l’intérêt d’un espace naturalisé pour améliorer le bien-être des animaux captifs (5) et une dernière a alerté sur notre façon d’envisager le bien-être animal : et si l’on se trompait ? Car, un animal qui ne montre pas de trouble ou de signe visible de mal-être n’est peut-être pas heureux pour autant (6).



Source et références : 

(1) Clubb, R., & Mason, G. (2003). Captivity effects on wide-ranging carnivores. Nature, 425(6957), 473–474. doi:10.1038/425473a

(2) Mason, G. J., Cooper, J., & Clarebrough, C. (2001). Frustrations of fur-farmed mink. Nature, 410(6824), 35–36. doi:10.1038/35065157

(3) Robbins, T. W., Everitt, B. J., Marston, H. M., Wilkinson, J., Jones, G. H., & Page, K. J. (1989). Comparative effects of ibotenic acid- and quisqualic acid-induced lesions of the substantia innominata on attentional function in the rat: further implications for the role of the cholinergic neurons of the nucleus basalis in cognitive processes. Behavioural Brain Research, 35(3), 221–240. doi:10.1016/s0166-4328(89)80143-3

(4)  Powell, S. B., Newman, H. A., Pendergast, J. F., & Lewis, M. H. (1999). A Rodent Model of Spontaneous Stereotypy. Physiology & Behavior, 66(2), 355–363. doi:10.1016/s0031-9384(98)00303-5

(5) Fàbregas, M. C., Guillén‐Salazar, F. and Garcés‐Narro, C. (2012), Do naturalistic enclosures provide suitable environments for zoo animals?. Zoo Biol., 31: 362-373. doi:10.1002/zoo.20404

(6) Melfi, V. A. (2009). There are big gaps in our knowledge, and thus approach, to zoo animal welfare: a case for evidence-based zoo animal management. Zoo Biology, n/a–n/a. doi:10.1002/zoo.20288

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