Animal hoarding : ces sauvetages d'animaux qui virent au cauchemar

Par Virginie Sowinski, le lundi 19/11/2018 à 21h27

Il y a ceux qui maltraitent et ceux qui sauvent. L’attribution des rôles semble bien délimitée. Pourtant, il y a une autre catégorie de personnes, ceux que l’on ne soupçonne pas forcément au premier abord : ils sauvent des animaux sans être dans la capacité de s’en occuper, menant parfois à des situations catastrophiques pour les animaux. Ce sont les Animal Hoarding ou les personnes atteintes du syndrome de Noé.


Certaines personnes font plus de mal que de bien aux animaux, même avec les meilleures intentions. C’est le cas des hoarding, des personnes qui prennent plus d’animaux qu’elles ne peuvent en assumer et qui se retrouvent submergées par les frais et la gestion d’un grand nombre d’individus.

Chevaux, chats, chiens (malgré la limite fixée à 9 sans infrastructure adaptée), NAC, etc. Tous les animaux sont concernés.

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Comment en vient-on à l’animal hoarding ?

Généralement, ces animaux se trouvent à l’origine en situation de détresse, sur le point d’être euthanasiés ou envoyés à la boucherie, sortis d’élevages insalubres, de situations extrêmes. La personne atteinte du syndrome de Noé, aime dire qu’elle « sauve » des vies et ne sait pas dire non lorsque l’occasion se présente. Et avec les réseaux sociaux et les groupes dédiés, l’occasion se présente fréquemment.

Lorsque les autorités ou les associations arrivent à saisir des animaux détenus par une hoarding, ils se trouvent souvent dans des espaces petits et insalubres, non nettoyés. Mâles et femelles ne sont pas toujours séparés, ce qui entraîne des portées non voulues et ils ne sont pas toujours nourris comme ils le devraient.

Il peut être difficile d’identifier ces personnes qui semblent tant investies que l’on ne s’imagine pas qu’elles font plus de mal que de bien. Pouvant être considéré comme une maladie mentale, le syndrome de Noé fait l’objet de recherches, comme en atteste l’HARC (Hoarding of Animals Research Consortium).


Qui sont les Animal Hoarding ?

Vétérinaires et psychologues ont cerné 3 types de profils correspondant à des personnes atteintes du syndrome de Noé.


Profil 1 : Celui qui n’y arrive plus. Quand il a commencé, il arrivait parfaitement à gérer tous ses animaux. Cependant, un changement dans sa vie (divorce, décès d’un proche, perte d’un emploi, etc.) ou une difficulté financière ne lui permet plus d’assumer.  La situation se dégrade progressivement. Ce profil a l’avantage de pouvoir prendre conscience plus facilement que les autres de la réalité de sa situation. Même si la personne aime ses animaux et ne veut pas les voir placés ailleurs, elle accepte plus volontiers l’aide extérieure, pour le bien de ses protégés.


Profil 2 : Le sauveur. Il n’a pas les moyens d’assurer les soins quotidiens de tous les animaux qu’il prend. Cependant, il ne sait pas dire non et continue malgré ses difficultés à accepter des sauvetages. Ils ont tendance à penser qu’ils sont les seuls à pouvoir sauver et prendre soin de ces animaux rescapés.

Ces profils continuent de prendre des animaux, même s’ils ont fait l’objet de saisies par les autorités et les associations, ou, pour des cas plus extrêmes, la vie sans leurs animaux les pousse à mettre fin à leurs jours (1).


Profil 3 : Celui qui cumule avec une pathologie mentale. Le 3e profil est le plus lourd, car le comportement de hoarding est associé à un trouble de la personnalité. Il n’est pas connecté à la réalité. Un tel type d’individus ne s’aperçoit même pas des cadavres sur sa propriété, de l’état des animaux survivants, ou de leur besoin de soins et de nourriture.  Cette personne est souvent en situation de déni, pense que ses connaissances sont supérieures à celles des autres et prend toujours plus d’animaux. L’état de faiblesse des animaux et leur environnement peuvent être à l’origine de maladies infectieuses.

Ce profil est pathologique et aussi associé à d’autres signes comme la violence domestique, la maltraitance d’enfants et un manque d’hygiène personnelle. Aux États-Unis, un programme de formation des vétérinaires a d’ailleurs été mis en place pour apprendre à reconnaître les cas de maltraitance infantile lors de hoarding.

Les chercheurs ont également fait ressortir d’autres troubles mentaux pouvant être observés lors de syndrome de Noé : troubles de la personnalité, de l’humeur, troubles anxieux, dépressifs et dans des cas plus rares obsessionnels compulsifs.


Comment reconnaître les signes d’un animal hoarding ?

Les signes les plus évidents sont les animaux mourant de faim, les blessés, les cadavres. Cependant, d’autres signes plus subtils peuvent vous alerter.

Pour les chevaux, un voisin peut cesser de nettoyer le crottin des paddocks ou le faire de moins en moins. Il peut aussi subdiviser les prés en des parcelles de plus en plus petites pour mettre de plus en plus de chevaux. Le maréchal peut être contacté de moins en moins souvent. L’état des pieds se dégrade. Les équidés sont peu nourris, les abreuvoirs sont vides ou sales.

Pour les animaux domestiques, c’est plus difficile. Cependant, les extérieurs peuvent être jonchés d’excréments, le nombre d’animaux peut être deviné par le bruit généré, l’odeur dans certains cas. La personne refuse de faire entrer les gens chez elle, ne veut pas que l’on voie son lieu de vie.

Généralement, elle a tendance à s’isoler socialement, est sur la défensive lorsqu’on la questionne.


Si vous soupçonnez un cas d’animal hoarding, n’agissez pas seul. Signalez le cas à la gendarmerie, puis à une association de protection animale. Enfin, certains vieux chevaux peuvent être maigres et être signalés à tort. Pour être sûr de ne pas faire d’erreur, regardez si l’animal a à manger, de l’eau, si son enclos semble négligé. S’il n’est pas seul, vérifiez l’état de ses compagnons de pré. Et s’il n’y a pas de doute, alors foncez.



(1) Témoignage du Dr Jennifer Williams, vétérinaire (États-Unis).

Source : The Horse, Guide to equine health care

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