Les éléphants ont-ils encore leur place dans les cirques et spectacles ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 18/06/2018 à 08h00

Le monde du cirque est en train de se réinventer. Alors que 80 % de la population française est sensible à la cause animale, les spectacles comportant des animaux sauvages sont décriés. En quoi ces numéros sont-ils contre nature ? Focus sur l’impact qu’ont ces spectacles sur la santé des éléphants.

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Ils s’asseyent, se mettent debout sur des tabourets, font des révérences. Le public applaudit, fasciné, insouciant. Pourtant, ceux chez qui ce spectacle suscite l’admiration ne connaissent pas l’envers du décor. Savent-ils que les numéros qu’ils observent sont source de douleur ?


Risques de rupture des parois abdominales

La littérature scientifique se penche depuis de nombreuses années sur l’impact de l’activité imposée par l’Homme aux éléphants dans les spectacles.

Dès 1989, une étude a pointé du doigt les risques graves encourus lorsque l’éléphant s’asseyait. Une position qui n’est pas naturelle dans cette espèce et qui peut conduire à une rupture des parois abdominales avec déversement des organes : une hernie. Si les organes subissent un pincement, ils peuvent se nécroser et c’est la mort de l’animal concerné.

Cette réalité est connue et pousse les dompteurs à faire déféquer les éléphants avant les représentations pour limiter la pression et les risques associés (1).


Lésions articulaires, tendineuses, ligamentaires

La rupture des parois abdominales n'est pas la seule menace qui plane au-dessus du pachyderme : toute position non naturelle peut provoquer des seimes (fissure des ongles), des atteintes tendineuses, ligamentaires et articulaires (2).

Ainsi, l’anatomie des éléphants répartit 40 % du poids de l’animal sur les membres postérieurs. Lorsque l’on impose à l’animal de se mettre debout, la totalité du poids appuie sur les pattes arrière et impacte les articulations du genou. Le risque de déchirure tendineuse ou ligamentaire est réel, et reconnu par les dompteurs eux-mêmes (3). Par ailleurs, malgré sa masse imposante, l’éléphant est un animal proportionnellement peu musclé (4) : dans ces exercices non appropriés, le muscle ne protège en rien les autres structures, directement impactées.


Crevasses et abcès des pieds

Enfin, on observe des répercussions sur les structures du pied de l’éléphant. Cet organe supporte mal la captivité : il est destiné à marcher longuement sur des sols semi-arides et est doté de capteurs sensoriels très fins capables de détecter à distance les orages, les tremblements de terre, les tsunamis ou les appels des congénères.
L’éléphant souffre alors de seimes des ongles, de fissures de la sole (plante du pied) ou des pourtours de l’ongle. Ces craquelures entraînent ensuite des abcès (5).


Difficile de parler de bien-être pour un animal dont les conditions de détention ne permettent pas d’assurer sa bonne santé. Cependant, d’autres paramètres doivent encore être pris en considération pour comprendre ce que vivent vraiment les éléphants : leur capture, les méthodes de dressage qu’ils subissent, les conditions de détention à l’origine de troubles du comportement (balancement), etc. Parce que le malheur ne se limite pas à une mauvaise santé.





La vie des animaux dans les cirques. © MagicJack Production - Youtube



Sources et références :

  • (1) KUNTZE A. 1989. Work-related illnesses: hernia perinealis, bursitis praepatellaris, and tyloma olecrani in female circus elephants. Verh. Ber. Erkrg. Zootiere.
  • (2) SCHWAMMER H., PECHLANER H., GSANDTER H., B. KRAMMERSTATTE. 1996. Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienna
  • (3) WEISSENGRUBER G.E., FUSS F.K., EGGER G., StANKE G., Hittmair K.M. und G. Forstenpointner. 2006a. The elephant knee joint: morphological and biochemical considerations. J. Anat.: 59-72.
  • (4) KURT F. 2008. Von Athleten mit beschränkter Leistung und Dresseuren mit schrankenlosem Ehrgeiz. Elefanten-Schutz Europa e.V. Das Elefanten Magazin 14: 17-19. (Athletes with limited performance and Dresseurs with boundless ambition. Elephant Conservation Europe e.V. The Elephant Magazine.)
  • (5) WEISSENGRUBER G.E., EGGER G.F., HUTCHINSON J.R. GROENEWALD H.B., ELSÄSSER L., FAMINI D. Und G.FORSTENPOINTNER. 2006b. The structure of the cushions in the feet of African elephants (Loxodonta africana). J. Anat. 2009: 781-792.
  • (6) “Comments to elephants performing in circuses”, Dr Marion Garaï

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