Mais que veulent vraiment les Anticaptivité ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 04/06/2018 à 10h53

On les voit partout : en flocage sur les voitures, en happening sur le bord de mer, en manifestations devant le Marineland d’Antibes. Les « Anticaps’ », comme ils se surnomment, multiplient les actions pour dénoncer la captivité des mammifères marins. Mais qui sont-ils et que veulent-ils vraiment ?Corinne Bouvot, membre active de la première heure et co-initiatrice des actions citoyennes anticaptivité de 2017 nous répond.


Image titleHappening géant à Nice pour sensibiliser le public au sort des mammifères marins captifs. © DavOnesca Actipics


Qui sont les « Anticaptivité » ?

Les « Anticaptivité » sont des personnes qui manifestent leur position en faveur de la réhabilitation en milieu naturel des mammifères marins maintenus captifs (orques, dauphins, otaries et ours polaires). Ces personnes sont de profils variés et c’est ce qui fait la force du mouvement : il est complet. On assiste à une mobilisation à la fois de grosses associations comme C’est Assez, d’organisations locales, de collectifs comme les Sans Voix Paca ou encore de personnes personnellement engagées, sans étiquette, qui mènent des initiatives citoyennes. Ces actions sont relayées sur les réseaux sociaux avec beaucoup d’engouement, comme pour les happenings géants ou pour la campagne de flocage de véhicules. L’année dernière, près de 600 voitures de sympathisants ont circulé dans toute la France avec des stickers « Non à la captivité ».

Image titleHappening géant à Nice. © DavOnesca Actipics



Depuis quand le mouvement Anticaptivité existe-t-il ?

Il y a toujours eu des voix pour s’élever contre la captivité des mammifères marins, notamment des orques et des dauphins. En 2012, le Collectif animalier 06 avait d’ailleurs fait un premier rassemblement, mais c’est vraiment en 2013 que les consciences se sont massivement mobilisées avec la sortie du documentaire Blackfish. La même année, le collectif citoyen « Sans Voix Paca » a vu le jour et les manifestations ont commencé. En un an, le mouvement a pris de l’envergure et depuis septembre 2014, nous organisons une manifestation mensuelle devant le parc. Au début, nous étions 19 sur le rond-point, devant Marineland. Maintenant nous sommes entre 60 et 120 selon les événements. 



On pourrait penser que le mouvement est local, est-ce le cas ?

Nous sommes très actifs en région Paca, à proximité du Marineland d’Antibes, mais nous recevons des marques de soutien de toute la France. Par ailleurs, le mouvement Anticaptivité est loin d’être une revendication isolée. Il s’inscrit dans une démarche internationale et une évolution des mentalités à grande échelle : l’Inde, le Chili, le Costa Rica et 12 pays européens ont déjà interdit les delphinariums sur leur territoire. En mai 2018, c’est la ville de Barcelone qui a interdit la captivité des dauphins sur son sol.

Cet appel à la liberté mondial concerne les animaux sauvages en général et touche aussi le monde du cirque. Récemment, le célèbre cirque Bouglione a annoncé la fin des spectacles comportant des animaux sauvages, parce que 80 % des Français étaient sensibles à la cause animale.

C’est très positif pour nous, ça montre qu’il y a une vraie prise de conscience du public et qu’elle a des conséquences.

Image titleLes voix s'élèvent sur toute la planète pour dénoncer la captivité, notamment des mammifères marins. ©EmptyTheTanks


Pascal Picot, Directeur général du parc Marineland d’Antibes, a répondu au journal Le Parisien (article du 16/04/2018), qui parlait d’« Anti-Marineland », en disant « pour eux, quoi qu’on fasse, c’est jamais bien (sic). Ce qu’ils veulent, c’est qu’on ferme ». Que voulez-vous vraiment ?

Tout d’abord, nous ne sommes pas « Anti-Marineland », nous voulons simplement l’arrêt de l’exploitation animale. C’est une évidence, on arrive vers la fin, il y a un vrai changement des mentalités. Mais, on n’a jamais voulu que ça ferme ou qu’il y ait du chômage. On aimerait une réorganisation de Marineland, pourquoi pas une transformation en parc aquatique avec des jeux pour les humains. Les bassins sont petits pour une vie d’orque, mais immenses pour aménager un espace de baignade pour les touristes. Il y a du potentiel pour faire quelque chose de bien, sans exploiter d’animaux.

Notre objectif est de sensibiliser un maximum de personnes pour diminuer la fréquentation de ceux qui viennent pour les animaux et pousser ainsi le parc à changer de stratégie commerciale. Leur dernière attraction en 5D (Cinéma Adventure 5D, NDLR) va dans ce sens et on trouve que c’est très bien. On ne peut que les encourager à continuer dans cette voie.


Allez-vous poursuivre vos actions ?

Bien sûr ! L’échec récent de l’arrêté Royal, qui prévoyait la fin de l’exploitation des orques et dauphins à moyen terme, nous motive un peu plus. On ne lâchera rien ! Nous allons poursuivre le tractage, les happenings, les manifestations. Le groupe Facebook pour la campagne « Non à la captivité 2018 » rassemble déjà plus de 1.700 membres et nous lançons un modèle de t-shirt reprenant le même visuel que ceux des stickers de voitures.

Nous allons diversifier les actions pour sensibiliser le plus grand nombre. Objectif : être le plus visible possible, par tous.

Par ailleurs, le 8 juillet un événement d’ampleur est d’ores et déjà prévu. Le Collectif Sans Voix Paca et l’association C’est Assez organisent une grande manifestation devant le parc. Le 11 août, c’est une « Nuit debout » qui a été planifiée.

Des rendez-vous où chacun est invité à faire entendre sa voix en faveur de ceux qui n’en ont pas.

Image titleCliquez sur l'image pour en savoir plus sur cet événement



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