Bio équin H : quelles explications pour le vaccin qui aurait tué 16 chevaux ?

Par Virginie Sowinski, le jeudi 23/11/2017 à 15h00

En octobre, un cheval est décédé d’un choc anaphylactique, deux minutes après avoir reçu un rappel de vaccin contre la rhinopneumonie, le Bio Équin H. Une histoire à la fois triste et choquante qui a déclenché l’alerte sur les réseaux sociaux. Quels sont réellement les risques et en quoi ce vaccin peut-il être dangereux ? Enquête.


Il s’appelait Fakir et il est mort en 2 minutes sous les yeux du vétérinaire, impuissant. Caroline, sa propriétaire, était absente au moment des faits, qui se sont déroulés au cours d’une visite de routine.

Fakir n’est pourtant pas le seul à avoir succombé à une réaction allergique violente à la suite de l’administration du vaccin Bio Équin H, puisque 16 cas ont été signalés depuis début 2016. Une date qui correspond à l’importation de lots depuis l’étranger, pour pallier une rupture de stock des produits français. Néanmoins, pour Sophie PAUL-JEANJEAN, docteur vétérinaire et responsable technique équin aux laboratoires Boehringer Engelheim France (Mérial), « les produits français et les produits importés contiennent le même herpès virus inactivé : si ce n’est pas la même production, c’est le même antigène. Les lots importés sont par ailleurs des produits européens, validés par l’Agence du médicament et disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) avec réglementation ».   

Quelle différence alors entre les produits français et ceux importés ? La réponse pourrait se trouver dans les excipients, ces produits non constitutifs du principe actif, utilisés notamment pour améliorer la conservation du vaccin.


Image titleFakir, décédé d'un choc anaphylactique en octobre 2017. ©Caroline B., DR


La sensibilité du cheval, autre facteur en cause

Le choc anaphylactique est une réaction allergique violente conduisant la plupart du temps à la mort. Ce choc n’est pas systématique et est la conséquence d’un produit allergisant combiné à une sensibilité accrue d’un sujet.

Dans le cas présent, aucun point commun ne semble lier les victimes, toutes d’âge, de races, de poids différents. Et si le laboratoire Boehringer Engelheim étudie chacun des signalements qui lui sont rapportés, aucun gène ne semble à ce jour avoir été identifié pour expliquer cette sensibilité de certains chevaux. De ce fait, aucune mise en garde particulière n’a été émise pour alerter les vétérinaires et propriétaires, autres que les bonnes pratiques habituelles de vaccination :

  • - Une bonne conservation en chaîne du froid avant administration.
  • - L’assurance que le produit a une température comprise entre 15 ° et 25 ° au moment de l’injection.
  • - La bonne surveillance des dates de péremption.
  • - L’administration recommandée en intramusculaire et sous aucune autre forme.         

 

Des effets graves jugés très rares

L’importation concerne 230.000 produits et les incidents qui y sont liés représentent 0,7 décès sur 10.000. Une incidence « très rare », insuffisante pour déclencher une enquête de la part de la pharmacovigilance de l’Anses(1). Par ailleurs, selon ce même organisme, les chiffres sont si faibles qu’ils ne sont pas plus inquiétants que pour tout autre produit.

Cependant, les chiffres se basent sur le rapport entre le nombre de décès et le nombre de produits importés (utilisés ou pas), et non sur la relation entre le nombre de décès et le nombre de produits d’importation injectés. De même, ce chiffre des effets indésirables graves ne tient compte que des décès, et ne semble pas intégrer les manifestations qui n’auraient pas été fatales.

Le pourcentage d’effets indésirables graves estimé à moins de 0,01 % pourrait donc, avec ces paramètres, différer.

D’après le laboratoire Boehringer Engelheim, les trois quarts des vaccins auraient déjà été vendus. Il resterait donc environ 57.500 vaccins importés en circulation.

Si le rapport d’incidence est conservé pour ces 57.500 doses restantes, 5 à 6 chevaux pourraient encore, statistiquement, être victimes d’un choc anaphylactique mortel. 


Par précaution et même si le produit est considéré comme réglementaire, les propriétaires de chevaux peuvent demander directement au laboratoire la provenance du vaccin en leur possession, avant injection, grâce au numéro de lot de ce dernier. En cas de vaccin importé, les personnes auraient ainsi la possibilité de faire un choix éclairé : vacciner ou reporter l’acte.




  • (1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. 
  • (2) Chiffres et propos recueillis directement auprès de l'organisme de pharmacovigilance et du laboratoire Boehringer Engelheim. 

Ces articles pourraient également vous intéresser