Le Conseil de l’Ordre des vétérinaires s’exprime officiellement contre la corrida

Par Virginie Sowinski, le mercredi 05/10/2016 à 08h00

Il y a maintenant un an, le Covac (Collectif des vétérinaires pour l’abolition de la corrida) avait saisi le Conseil de l’Ordre pour clarifier la position des vétérinaires face à la corrida : si ce dernier n’a pas voulu émettre de jugement sur ses confrères, il a néanmoins pris position contre la corrida dans une réponse officielle apportée récemment.

Le Conseil de l'Ordre contre la corrida. © D.OCHOA DE OLZA/SIPA© D.OCHOA DE OLZA/SIPA


Un vétérinaire favorable à la corrida « porterait préjudice à la profession », selon le Covac, Collectif des vétérinaires pour l’abolition de la corrida. Face à cette affirmation, le Conseil de l’Ordre est resté pondéré, pour s’exprimer avec objectivité.

Toutefois, la missive n’est pas restée sans réponse puisque le Conseil a consenti à « prendre position sur la souffrance ressentie par les animaux lors de corridas en général et sur la question de la caution que les vétérinaires peuvent ou ne peuvent pas apporter à un tel spectacle. »


Corrida et bien-être animal

Avec les nouveaux statuts des animaux, considérés comme des êtres sensibles, le rôle du vétérinaire a évolué un peu plus vers la fonction de « sentinelle du bien-être animal », devenant ainsi unrempart contre la maltraitance.

Or, la corrida est-elle compatible avec un quelconque respect du bien-être animal que devrait défendre le vétérinaire ? Pour le Conseil, « les spectacles taurins sanglants, entraînant, par des plaies profondes sciemment provoquées, des souffrances animales foncièrement évitables et conduisant à la mise à mort d’animaux tenus dans un espace clos et sans possibilité de fuite, dans le seul but d’un divertissement, ne sont aucunement compatibles avec le respect du bien-être animal. »

Pour aller plus loin, le passe-droit pénal conféré à la corrida dans certaines régions alors que la pratique est interdite sur le reste du territoire serait pour l’Ordre la confirmation qu’il s’agit bien de sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux.


La position du vétérinaire au sujet de la corrida

Le Conseil de l’Ordre ne peut se permettre d’émettre un jugement de valeur sur la vie privée ou de s’opposer à la liberté d’association des vétérinaires (en référence à l’Association des vétérinaires taurins français, NDLR).

Néanmoins, du fait du code de déontologie et du rôle de « sentinelle du bien-être animal », la place du vétérinaire dans la corrida ou le point de vue qui pourrait être émis à ce sujet ne saurait être éludé.

Le Conseil de l’Ordre se positionne alors clairement en soulignant que « tous les vétérinaires vont devoir, dans le cadre du code de mars 2015, s’interroger sur leur position de vétérinaire, professionnel de santé reconnu du bien-être animal, face à diverses activités humaines susceptibles de lui porter atteinte, la corrida constituant manifestement un des cas les plus marquants ».


Par ailleurs, si légalement le Conseil de l’Ordre n’a pas vocation à interdire la libre opinion des vétérinaires, et que par cela il ne peut pas juger un vétérinaire qui serait intimement favorable à la corrida, il invite les professionnels de santé concernés à se remettre en question, car « à terme, cette disposition (l’article R242-48 du Code de déontologie relatif à l’intervention du vétérinaire en présence d’un animal en souffrance) ne peut pas rester sans conséquence sur le questionnement éthique de chaque vétérinaire et va placer les confrères impliqués dans la tauromachie devant un conflit intime tout à fait naturel qu’en tout cas ils ne pourront pas esquiver ».

Pour affirmer sa position, le Conseil rappelle que si son intervention n’est pas possible dans le cadre de la vie privée, elle le sera pour toute prise de position publique, « dès lors que les confrères interviennent publiquement en qualité de vétérinaires, le code de déontologie est là pour leur rappeler qu’ils doivent s’abstenir, même en dehors de l’exercice de la profession, de tout acte de nature à porter atteinte à la dignité de celle-ci. La loi elle-même ajoute l’honneur ».


Par son intervention, le Conseil de l’Ordre s’oppose clairement à la corrida, pratique jugée contraire au bien-être animal et à l’éthique. Il énonce ainsi explicitement les obligations auxquelles sont tenus les professionnels de la santé animale : une prise de position d’une autorité légitime forcément bénéfique, alors que la présence d’un vétérinaire est obligatoire lors de chaque spectacle taurin.


Source : Ordre national des vétérinaires