Attaque de pitbull : le drame qui relance le débat sur les chiens dits dangereux

Par Virginie Sowinski, le jeudi 16/06/2016 à 08h00

Depuis le 7 juin, plusieurs attaques de chiens dangereux, notamment de race pitbull, ont été recensées au Canada. L’attaque la plus violente a eu lieu le 7 juin et a entraîné la mort d’une femme de 55 ans, à Montréal. Un événement tragique qui relance le débat sur la détention et la gestion des chiens dits dangereux.  

Attaque de pitbull : quelle position pour les chiens dits dangereux

Le Canada est sous le choc après la mort d’une femme de 55 ans qui aurait succombé aux multiples morsures du chien d’un voisin, de race pitbull. L’animal, déjà connu pour avoir mordu à deux reprises se serait sauvé de chez lui puis aurait pénétré dans le jardin de la victime avant de l’attaquer. Les secours n’ont d’ailleurs pas pu prendre en charge tout de suite la victime, l’animal restant très menaçant. Il a dû être abattu par les forces de l’ordre à leur arrivée.

Le propriétaire de l’animal est sous le choc, d’autant plus que pour le dresser, il avait « trouvé plusieurs trucs qu’il a mis en pratique, comme le faire marcher à une fréquence régulière, lui donner des gâteries quand il faisait quelque chose de bien, arrêter de déménager aussi souvent, avoir un mode de vie plus stable et le masser plus souvent » explique son avocate.* Des mesures vraisemblablement insuffisantes.

Au Canada, la gestion des chiens dangereux varie selon les villes et les arrondissements, mais la tendance est à l’interdiction pure et simple des chiens dits dangereux. En Ontario, les pitbulls sont déjà interdits depuis 2005, un bannissement qui pourrait être étendu à d’autres villes comme Québec ou Lévis et à tous les chiens dangereux, quel que soit leur type.

À qui la faute ?

Le pitbull (comme les autres races de 1re et de 2e catégorie) n’est pas un chien plus méchant qu’un autre. C’est cependant un chien plus puissant et dont le risque de dommages est plus important qu’un caniche s’il vient à attaquer. Le problème d’un tel chien, c’est bien souvent son maître. Les cas de chiens agressifs touchent toutes les races et sont souvent la conséquence d’un manque d’éducation, d’un problème de socialisation, d’anxiété. Des troubles qui pourraient être évités avec un meilleur cadre légal, une interdiction de reproduction des animaux dangereux et une formation systématique de tous les propriétaires.

Ces derniers doivent avoir conscience qu’un chien, quel qu’il soit, n’est pas un jouet. Il a des besoins et répond à des codes propres à son espèce. L’éducation de l’animal se fait alors en se mettant à son niveau, en étudiant et en réagissant en fonction de ce que son comportement nécessite. Quand on prend la responsabilité d’un chien, il ne s’agit pas de remplacer un enfant, une alarme anticambriolage, un accessoire de mode, etc. 
Si le chien est détenu pour de mauvaises raisons et sans respecter sa nature, les risques sont accrus.

Par ailleurs, la moindre marque d’agressivité doit pousser les maîtres à consulter un vétérinaire et un comportementaliste.

Chien agressifTout chien présentant un comportement agressif devrait être montré à un vétérinaire et un comportementaliste.


La réglementation en France

En France, la détention d’un chien de catégorie (1 et 2, de race ou de type) est désormais soumise à une formation obligatoire du propriétaire, dispensée pendant une journée complète par un éducateur agréé. Elle aboutit à la délivrance d’un certificat d’aptitude. Les propriétaires doivent également en parallèle demander un permis de détention (un pour chaque animal) à leur mairie via un formulaire Cerfa (n° 13997*01).


Si ce permis n’a pas de durée de validation, il peut être retiré au moindre manquement aux règles :

  • - le chien doit être à jour de tous ses vaccins, rage comprise ;
  • - le propriétaire doit pouvoir présenter un justificatif d’identification de l’animal ou de pedigree pour les chiens de 2e catégorie ;
  • - il doit être en possession de son certificat d’aptitude délivré au cours de la formation, d’une attestation d’assurance de responsabilité civile et d’une attestation de stérilisation pour les chiens de 1re catégorie.


Un propriétaire qui ne pourrait présenter ces justificatifs serait passible d’une amende de 450 euros.

La détention sans permis peut quant à elle conduire à une amende de 750 euros, puis de 3750 euros et jusqu’à 3 mois de prison pour le propriétaire qui n’aurait pas régularisé sa situation sous un mois. Il lui serait alors interdit de posséder un animal.

Le chien doit quant à lui suivre une évaluation comportementale menée par un vétérinaire. Ce dernier évaluera le degré de dangerosité du chien et en déterminera la fréquence de contrôle (renouvellement tous les ans à tous les 3 ans).

Par ailleurs, en France, la détention d’un chien de catégorie est interdite aux mineurs, personnes sous tutelle ou déjà condamnées pour des crimes et délits.


Un ensemble de sécurités qui, à notre sens, devrait être élargi à l’ensemble des races de chiens et complété d’une évaluation comportementale des propriétaires pour les races pouvant représenter un danger. Une sécurité supplémentaire qui serait moins stigmatisante et éviterait que les maîtres malveillants se tournent vers d’autres races ou croisements potentiellement dangereux, mais moins encadrés. La dangerosité d’un animal relève plus souvent de la négligence ou de mauvaises intentions des propriétaires que d’un trouble relatif à une race en particulier.


* Journal de Montréal

Sources : services-public.fr / Dr vétérinaire Paul Boutet pour Radio-Canada / Journal de Montréal