Éthologie : les juments en gestation peuvent-elles provoquer leur fausse couche ?

Par Virginie Sowinski, le mercredi 25/05/2016 à 08h00

L’éthologie (dans le sens de l’étude du comportement naturel de l’animal et non en référence à une pratique équestre) apporte aujourd’hui un éclairage nouveau sur le déroulement de la gestation chez la jument et ses éventuelles interruptions. Une équipe de chercheurs a ainsi observé que certaines femelles pourraient, consciemment ou inconsciemment, provoquer un avortement lorsque l’environnement présente un danger pour le poulain à venir.

Un environnement stressant peut conduire à l'avortement de la jument

Des chercheurs de l’Institut des sciences animales de Prague ont étudié l’occurrence des fausses couches auprès de 81 poulinières, puis de 77 autres juments fécondées par insémination artificielle.

Il semblerait que selon l’environnement qui leur est fourni pendant la gestation, la probabilité de perdre le fœtus peut varier. Par ailleurs, les juments expérimentées et ayant eu plusieurs poulains viables seraient moins sujettes aux fausses couches que les jeunes soumises aux mêmes conditions. 

Ainsi, une jument pleine laissée sans étalon dans son paddock, mais à proximité d’un mâle qui ne serait pas le géniteur, verrait son risque de fausse couche augmenter (54 %) par rapport à une cohabitation avec un hongre (22 % si la jument a été fécondée dans un autre élevage, 12 % en cas d’insémination). À l’opposé, aucun avortement n’a été recensé pour les juments cohabitant tout au long de leur gestation avec le mâle géniteur.

L'hypothèse soulevée par les scientifiques est que les fausses couches pourraient être déclenchées consciemment ou inconsciemment consécutivement à un stress et pourraient être un mécanisme de défense pour prévenir un potentiel infanticide de la part des mâles alentours.


La jument en gestation dans la nature

Dans la nature, les juments se déplacent en troupeau dirigé pas un étalon. Il est le père des poulains et son rôle est de protéger ses juments et sa progéniture. À la naissance, un poulain qui ne serait pas le petit du dominant en place pourrait être tué par le mâle, ce qui rend à nouveau la jument disponible pour assurer sa descendance.

Pour éviter que les poulains nés à terme soient ainsi mis à mort, les juments auraient pu mettre en place un système de défense pour stopper la gestation et ne pas risquer l’infanticide.

Une jument domestique répondrait au même instinct. Le schéma de protection naturelle n’étant pas respecté si elle est inséminée ou fécondée dans un autre élevage puis ramenée dans le sien, elle peut sentir une menace pour elle et son petit vis-à-vis des autres mâles vivant sur place.


Note pour les éleveurs

Il est préférable de mettre les femelles pleines dans les mêmes espaces que l’étalon à l’origine de la fécondation. Cela respecte la nature même du cheval et cela rassure la jument en gestation.

Si ce n’est pas possible, évitez que la femelle ait un contact (physique, visuel, olfactif) avec un mâle qui serait de l’autre côté d’une clôture ou laissez-la avec un hongre sans aucune séparation.


Cette étude parue en novembre 2015 nous montre en un certain sens le fossé qui demeure parfois entre ce qui nous semble juste et ce qui l’est vraiment. Certains éleveurs dressent des fils entre les mâles et les femelles dans le but de protéger ces dernières, sans savoir que finalement cela augmente les risques plus que ça ne les diminue.



Source : Bartoš L, Bartošová J, Pluháček J, Pregnancy disruption in artificially inseminated domestic horse mares as a counterstrategy against potential infanticide, J Anim Sci. 2015 Nov;93(11):5465-8. doi: 10.2527/jas.2015-9384.