Moisissures et mycotoxines dans le foin : risques et gestes préventifs pour le cheval

Par Virginie Sowinski, le mardi 12/01/2016 à 08h00

Les fourrages sont des aliments indispensables à la nutrition et à la bonne santé des équidés. Cependant, le foin contient toujours plus ou moins de moisissures qui pour la plupart disparaissent lors du séchage. L’intendance et le conditionnement doivent être ensuite suivis pour éviter les « moisissures de stockage », comme Aspergillus, qui peuvent causer des maladies fongiques (Aspergillose) ou produire des mycotoxines, dangereuses pour la santé.

Cheval, foin moisi et mycotoxines

En 1989, l’ONU a évalué que près de 25 % de la production céréalière mondiale était contaminée par des mycotoxines. Il s’agit d’éléments toxiques produits par les champignons et moisissures. Or, des moisissures, le foin en contient. La contamination débute dès la pousse de la plante par les spores détenues dans le sol, et les conditions climatiques ont une incidence sur le développement des champignons et mycotoxines. Cependant, le séchage du foin élimine généralement ces moisissures antérieures à la récolte (mais pas les mycotoxines) et les risques proviennent surtout des conditions de traitement du foin (récolte, séchage, manipulation et stockage) qui favorisent l’apparition de moisissures comme Penicillium, Aspergillus ou Stachybotris. Un foin dont le taux d’humidité est supérieur à 14 % ou qui aurait pris l’humidité après séchage a plus de risques d’entraîner une prolifération de moisissures.


En 2010, une étude allemande menée sur les aliments pour chevaux a révélé que la quasi-totalité des échantillons était contaminée par au moins une mycotoxine, même si généralement, les taux demeuraient inférieurs au seuil de toxicité. *


Quel effet ont les mycotoxines sur la santé du cheval ?

On dénombre plus de 400 mycotoxines différentes avec des effets divers sur la santé des chevaux, mais elles auraient notamment une incidence sur les épisodes de coliques chez le cheval. Voici les effets des mycotoxines les plus fréquemment rencontrées :


  • - Les aflatoxines pourraient être responsables d’une baisse du système immunitaire (augmentation des infections) et d’une insuffisance hépatique, marquée par un manque d’appétit, une perte d’état, des saignements digestifs, des mouvements incontrôlés (ataxie) ou des tremblements. Ces mycotoxines seraient suspectées dans la maladie respiratoire chronique du cheval.
  • - Les ochratoxines attaquent le système rénal et le système immunitaire.
  • - Les fuminisines sont les mycotoxines les plus répandues, et elles seraient responsables de troubles hépatiques et de la leuco-encéphalomalacie, qui se traduit par une paralysie de la langue, d’une cécité (perte de la vue), d’une ataxie.
  • - Le zéaralénone est responsable de kystes ovariens et de baisse de la fertilité. L’ergovaline prolonge la gestation et peut être source d’avortements et de mauvaise croissance fœtale.
  • - Le lolitrem atteint le système neurologique avec des tremblements, de l’ataxie, etc.
  • - La slaframine se rencontre notamment dans le trèfle. Le cheval bave, cesse de se nourrir, ses yeux coulent et il peut souffrir de diarrhées. La mort peut survenir.
  • - La Safratoxine est une mycotoxine très dangereuse pouvant causer la mort. Elle se traduit par une nécrose des lèvres, une conjonctivite et des troubles respiratoires et de la coagulation.


Prévenir, c’est guérir

Il n’existe pas de traitement lors de cas d’intoxication aux mycotoxines. La prévention demeure le meilleur moyen de protéger son cheval et doit être mise en place dès la culture des fourrages :

- Stocker le foin et les grains à l’abri de l’humidité, idéalement aussi dans les prés (foin distribué à couvert).

- Pour le foin préfané (emballé dans du plastique), il convient de le consommer rapidement après ouverture (maximum 5 jours).

- Si les chevaux sont à l’écurie, maintenir une bonne aération des box pour limiter l’humidité et la prolifération des moisissures.

- Enlever le foin moisi.

- Si les prés sont contaminés par de la fétuque élevée, il convient d’en retirer les juments pleines environ 90 jours avant le poulinage.


Si vous produisez votre foin :


  • Travailler avec un matériel et des lieux de stockage propres.
  • Ne pas attendre l’automne pour récolter, car le temps doux et humide favorise le développement des moisissures et mycotoxines.
  • Couper l’herbe assez haute pour éviter la présence de terre.
  • Labourer après la moisson. Ne pas labourer est un facteur à risques, car les restes de végétaux demeurent en surface.
  • Revenir à des méthodes de culture plus ancestrales, sans fongicides et avec une meilleure rotation des champs.
  • Faites sécher rapidement le foin.

  • Une intoxication aux mycotoxines est difficile à diagnostiquer, mais les conséquences pour le cheval atteint peuvent être graves. Il convient donc d’appliquer certaines précautions dans la culture (ou le choix pour les acheteurs de fourrages) et le stockage du foin pour éviter toute contamination.


    * Liesener K et Coll., Mycotoxins in horse feed. Mycotoxin Res. 2010;26(1):23-30


    Source : Pratique Vétérinaire Équine n°187

    Ces articles pourraient également vous intéresser