Euthanasie de son animal : la comprendre pour mieux l'accepter

Par Virginie Sowinski, le mercredi 06/01/2016 à 08h00

L’euthanasie est l’acte vétérinaire le plus redouté des propriétaires, mais aussi des praticiens. Selon les cas, c’est un poids ou un soulagement, mais à chaque fois c’est une décision difficile à prendre. Savez-vous quand l’euthanasie peut être envisagée ? Comment elle se déroule ? Nous vous apportons quelques éléments de réponse.

euthanasie animal

Chaque année en France, près de 50.000 chiens et chats sont euthanasiés *. Il s’agit d’animaux pour lesquels un vétérinaire met en œuvre un protocole qui leur permet de mourir dans de bonnes conditions. L’euthanasie, à l’inverse de la mise à mort (corrida, abattoir, laboratoire d’expérimentation), ne peut ainsi être pratiquée que par un docteur en médecine vétérinaire.


L’euthanasie est-elle douloureuse ?

L’euthanasie est une anesthésie par intraveineuse, par six fois surdosée. L’animal s’endort et le cœur ralentit jusqu’à l’arrêt cardiaque, en 30 secondes environ.

Ce n’est pas douloureux, mais il arrive que l’animal soit stressé. Le vétérinaire peut dans ce cas-là administrer un calmant. Sur la table avec des caresses ou dans les bras du propriétaire, l’animal se détend alors et c’est à ce moment-là que la forte dose anesthésique est injectée pour un départ accompagné et en douceur.

Les vétérinaires ne sont pas formés pour soutenir les propriétaires dans leur deuil. Cependant, ils font en sorte de prendre ce paramètre en compte dans l’euthanasie : ils sont prévenants et proposent généralement un temps de recueil aux maîtres.


Les vétérinaires ne sont pas formés à cet aspect social. Certains craquent en cachette. De mon côté, si le propriétaire choisit l’euthanasie d’un animal souffrant, j’accompagne et je déculpabilise dans la prise de décision », nous confie Eric Jouanen, vétérinaire chiens et chats.


Les différents cas d’euthanasie

- La plupart du temps, l’euthanasie est recommandée pour abréger les souffrances d’un animal. Ainsi, les vétérinaires avouent l’évoquer dans 99 % des cas de douleur incontrôlable. Si cela paraît logique, cette situation n’est pas la seule qui entraîne une euthanasie et les critères décisionnels ne sont pas si clairs que cela. Parfois, il s’agit aussi d’une limite économique : le traitement de l’animal nécessite l’intervention d’un spécialiste, d’un matériel pointu et difficile d’accès. Si des soins appropriés existent, le propriétaire ne peut pas toujours les assumer et le vétérinaire n’a pas la possibilité de les réaliser à ses frais.

- L’euthanasie peut aussi être actée dans le cas de chiens dangereux et mordeurs, une demande formulée par le maire ou par le propriétaire. Dans le cas d’une demande de la mairie, un vétérinaire agréé réalise une évaluation comportementale et c’est au responsable de la commune où vit l’animal de décider de l’euthanasie en fonction des résultats. Lorsque la demande provient d’un particulier, le praticien peut se retrouver face à un dilemme, mais c’est la responsabilité qui l’aide à agir. Par exemple, si un maître venait demander l’euthanasie d’un chien visiblement agressif et que le vétérinaire refusait, il en serait de sa responsabilité si l’animal laissé libre attaquait par la suite une personne. Si le propriétaire ne peut pas financièrement assumer les frais d’un éducateur, si les associations ne veulent pas prendre en charge l’animal, alors le vétérinaire ne peut pas prendre la responsabilité de laisser partir un chien qui puisse représenter un danger. Une situation souvent incomprise par le public.

- Enfin, certains maîtres peu scrupuleux demandent ce que l’on appelle des euthanasies de convenance. « Une fois, un homme m’a appelé pour « faire piquer un animal », son chien de 10 ans, parce qu’il en avait marre des contraintes. Je l’ai envoyé sur les roses. Cependant, et c’est mon constat personnel, je trouve que ce type de demandes est moins fréquent qu’avant », poursuit Eric Jouanen.


Vétérinaire, une position délicate

Dans une euthanasie, le vétérinaire n’est que la main : il est le bourreau, mais pas l’assassin. Il ne prend jamais la décision de l’euthanasie, il répond à celle émanant soit du propriétaire, soit du maire. Le choix est souvent fait en fonction de l’état de santé de l’animal, des possibilités de soins, des coûts, de la dangerosité. Toute décision entraîne une responsabilité et c’est cette responsabilité qui guide le praticien.
Pour le vétérinaire, l’euthanasie n’est jamais faite de gaité de coeur. C’est un acte très dur moralement qui a certainement une incidence sur le fort taux de suicide que l’on observe dans la profession.


Lors d’une euthanasie, je mets mon cerveau au placard : je prends de la distance pour être froid et faire les choses machinalement. C’est comme ça que je me protège. » nous explique Eric Jouanen.


L’euthanasie est un acte à responsabilités et parfois aussi un acte d’amour pour l’animal en souffrance. C’est une décision difficile à prendre pour le maître, délicate et triste pour le vétérinaire, mais souvent elle apparaît aussi comme la solution la plus raisonnable.  




* Chiffres du ministère de l’Agriculture


Merci au Dr Eric Jouanen pour son aimable participation.

Autre source :

Débat sur l’euthanasie rapporté en vidéo par Cédric Sueur.

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