Bien-être animal : les indicateurs d’un cheval bien traité

Par Virginie Sowinski, le mardi 29/12/2015 à 08h00

Le bien-être animal est devenu un objectif prioritaire au niveau mondial, européen et national. Des critères d’évaluation ont été définis pour lutter contre la maltraitance et favoriser de meilleures conditions de vie pour les chevaux domestiques.

Évaluer un cheval maltraité

En 2015, un rapport de Eurogroup4animals transmis au Parlement européen faisait l’état des différentes situations portant atteinte au bien-être des chevaux en Europe :

- le manque d’espace, le confinement en box et l’absence d’interactions sociales.

- Le manque de connaissances des propriétaires de chevaux.

- Les méthodes utilisées pour faire travailler le cheval (entraînement, compétition, apprentissage).

- L’équipement utilisé.

- Les conditions de la filière boucherie.

- L’accès aux soins vétérinaires et de maréchalerie.

Avec l’aide de trente-neuf universités et instituts, la communauté européenne a tenté d’établir une liste de critères universels au bien-être des équidés, via un projet baptisé « Welfare Quality Assessment ». Des principes qui méritent encore d’être approfondis avec un protocole en cours, l’ « Animal Welfare Indicators Project », qui, quant à lui, devrait aider à identifier la douleur chez le cheval grâce à ses mimiques faciales. 


Les critères de bientraitance chez le cheval :

  • - Il ne doit pas souffrir de faim ou de soif prolongées, évaluées grâce à l’état corporel de l’animal (notes de maigreur à obésité).
  • - Il doit bénéficier d’un couchage confortable, c’est-à-dire qui n’entraîne pas de blessure comme des escarres ou autres plaies.
  • - Il doit bénéficier d’un « confort thermique », notamment dans les températures extrêmes. En hiver, on note souvent une surprotection des chevaux face au froid.
  • - Il doit pouvoir se déplacer librement. Dans le cas du cheval d’écurie, il est primordial de lui octroyer un temps d’activité libre ou sportif quotidien. L’activité libre est à favoriser.
  • - Il doit être en bonne santé, sans maladie ni blessure et ne doit pas être en souffrance.
  • - Il doit pouvoir exprimer les comportements naturels de son espèce, y compris les comportements sociaux (interaction avec d’autres chevaux).
  • - En toute situation, il doit être manipulé en douceur.
  • - Il doit manifester des émotions positives (sécurité, confiance, satisfaction) et non des émotions négatives (peur, apathie, frustrations notamment révélées par les tics à l’ours ou tics à l’appui).


Maltraitance animale, qui peut l’évaluer ?

La volonté qu’ont les politiques d’améliorer le bien-être animal est une avancée réelle, mais qui peut l’appliquer sur le terrain ? La profession vétérinaire est au cœur de cette surveillance sur le bien-être des équidés. Ainsi, des formations ont été mises en place pour aider les praticiens dans leur évaluation des maltraitances actives ou passives observées chez les chevaux. Ils travaillent ensuite avec les associations de protection animale et en collaboration avec les directions départementales de protection des populations pour mettre au jour et combattre la maltraitance. Par ailleurs, il est délicat pour un vétérinaire d’intervenir à la suite d’un signalement de particulier.

C’est pour cela qu’il est préférable, lorsque vous constatez une maltraitance, de vous rapprocher d’une association de protection animale qui jouera les intermédiaires entre vous et les professionnels agréés en matière de bien-être animal.


La Suisse, un exemple à suivre

En Europe, la Suisse est en avance sur sa politique de traitement des chevaux. Ainsi, il est obligatoire pour tout propriétaire d'équidés d’avoir suivi une formation lui apportant les connaissances indispensables aux besoins et aux soins des chevaux. Les conditions de détention sont également bien mieux réglementées que dans les autres pays : les animaux doivent au moins être détenus par deux pour satisfaire leurs besoins sociaux, avec des échanges avec d’autres congénères. Les sorties quotidiennes sont obligatoires dans des prés de tailles minimum réglementées. Les chevaux « doivent pouvoir se mouvoir librement en plein air, en décidant eux-mêmes de leur allure, de leur direction et de leur vitesse de déplacement sans être entravés ». Des sorties qui doivent se faire « tous les jours et par tous les temps ».

Par ailleurs, éperons et cravaches sont interdits, ainsi que la caudectomie (raccourcissement de la queue), la coupe des vibrisses (poils sensoriels du pourtour de la bouche), les « ferrages nuisibles et la position non naturelle des sabots », ou encore le maintien de l’encolure en hyperflexion.


La notion de bien-être chez le cheval évolue grâce aux apports des études scientifiques et à la participation active des vétérinaires, quitte à remettre en question ce que nous pensions acquis dans nos pratiques équestres. Il est temps de faire passer les besoins fondamentaux du cheval au premier plan et de laisser de côté notre subjectivité : ni projection anthropomorphique, ni poursuite de résultats.



Source : Pratique Vétérinaire Équine n°188

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