Rassurer le cheval craintif, une mauvaise idée ?

Par Virginie Sowinski, le samedi 12/12/2015 à 08h00

Quel propriétaire n’a jamais essayé de rassurer un cheval nerveux en lui parlant d’une voix apaisante ou en lui caressant l’encolure ? Un réflexe qui part d’un bon sentiment, mais qui n’est pas toujours une bonne idée. Apprenez à juger les situations pour lesquelles il est préférable de ne pas intervenir.

Rassurer le cheval stressé

Il est logique pour le propriétaire de vouloir rassurer un animal anxieux, et de l’aider à affronter une situation stressante. Cependant, la bonne volonté peut dans certains cas être une mauvaise idée et avoir l’effet contraire de celui escompté.

C’est souvent le cas lorsque la personne qui se veut rassurante est elle-même angoissée. En voulant accompagner son cheval par des caresses, elle lui transmet alors son propre stress et accentue les comportements négatifs.

Par ailleurs, certains chevaux qui sont facilement craintifs au quotidien valorisent peu le contact social. Ce dernier peut même devenir pour eux une source de stress supplémentaire. Il est donc primordial d’observer les réactions du cheval : si la tension est croissante malgré les efforts d’apaisement des personnes en présence, c’est que les caresses sont une stimulation de plus au stress déjà ressenti.


Ne surprotégez pas le cheval craintif

Dans les cas de stress faible à modéré, il peut être bénéfique de laisser le cheval appréhender la source et gérer par lui-même les émotions ressenties. Même domestiqué, le cheval reste une proie : il a besoin de ressentir la peur et de l’évaluer pour pouvoir faire face à d’autres situations similaires. C’est un apprentissage pour sa protection.

De plus, il arrive que les chevaux rassurés par leur propriétaire au moindre stress développent un lien très fort avec ce dernier. Il devient le signal de sécurité pour le cheval : en sa présence, l’équidé ne craint aucun danger, mais lorsque celui-ci disparaît de son champ de vision, même quelques minutes, l’animal devient anxieux.


Les gestes qui rassurent

Il est important de prendre connaissance des points précédents pour avoir une bonne approche du cheval anxieux. Cependant, cela ne signifie pas qu’il est déconseillé d’apaiser un individu nerveux. Comment procéder ?

Vous pouvez chercher à calmer le cheval par la voix, en utilisant un timbre posé et apaisant. Vous pouvez aussi le caresser ou lui gratter le garrot, méthode qui semble être particulièrement efficace.


Une étude de 2015 a mis en évidence que gratouiller le garrot du cheval pendant une minute avait plus d’effet sur la détente du cheval que les caresses et autres démonstrations au niveau de l’encolure. »*


Avoir les bons gestes avec son cheval anxieux est avant tout une question d’écoute, d’observation et de respect de la nature profonde de l’animal. En tant que proie, le stress est naturel chez les équidés. Il faut donc le rassurer lorsque le cheval en montre le besoin, sans chercher à inhiber complètement sa peur. Pour son bien, il faut savoir être présent dans une juste mesure.



* Thorbergson, Z. (2015), Physiological and behavioral responses of horses to wither scratching and patting the neck when under saddle. International Society of Equitation Science Conference Proceedings, Abstract 16.


Source et références : 

- The Horse - Guide to Equine Health Care

- Lyons, D.M., Parker, K.J., Katz, M., and Schatzberg, A.F. (2009), Developmental cascades linking stress inoculation, arousal regulation, and resilience. Frontiers in Behavioral Neuroscience 3, doi: 10.3389/neuro.08.032.2009

- Christianson, J.P., Fernando, A.B.P., Kazama, A.M., Javanovic, T., Ostroff, L.E., and Sangha, S. (2012), Inhibition of fear by learned safety signals: A mini symposium review. The Journal of Neuroscience 32: 14118-14124.

- McGreevy, P., Henshall, C., Starling, M., McLean, A., and Boakes, R. (2014), The importance of safety signals in animal handling and training. Journal of Veterinary Behavior 9, 382-387.

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