Vasectomie ou stérilisation traditionnelle, quelle méthode pour les chats des rues ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 17/06/2019 à 12h40

Alors que la stérilisation par castration et ovario-hystérectomie est la méthode privilégiée de contrôle des chats errants, de nouvelles voix s’élèvent en faveur d’alternatives conservant le fonctionnement hormonal des animaux (grâce à la vasectomie chez le mâle et l’ablation de l’utérus sans ovariectomie chez la femelle). Une étude de 2013 a comparé l’efficacité de différents plans de contrôle de population de chats libres. Résultats.


C’est en 2013 qu’a été publiée une étude de recherche par simulation mathématique évaluant l’efficacité de 3 méthodes de contrôle des populations de chats errants : l’euthanasie, la stérilisation traditionnelle avec relâcher et la vasectomie/hystérectomie avec relâcher (TVHR).

Que ce soit par des campagnes de vasectomie/hystérectomie, stérilisation traditionnelle ou euthanasie, il faudrait 5,4 ans pour voir un effet sur la réduction des populations de chats errants.

La simulation logicielle a montré qu’en dessous de 19 % de chats capturés par an, aucune des méthodes n’était efficace. Par contre, avec un taux de capture supérieur à 97 % par an, c’est l’euthanasie qui serait la plus efficace. Entre ces deux valeurs, la vasectomie/hystérectomie (TVHR) obtiendrait les meilleurs résultats, suivie par la stérilisation traditionnelle.

On pourrait s’arrêter sur ce constat. Néanmoins, c’est le détail de cette étude qui nous en dit plus sur la nature de l’efficacité du contrôle des populations de félins des rues.

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Vasectomie/hystérectomie : être conscient des conséquences

Par « contrôle des populations », on entend une réduction à une élimination du nombre de chats errants. Avec cette définition, on pourrait penser que l’euthanasie serait la méthode la plus radicale. Cependant, en dessous d’un certain pourcentage de capture par an, l’euthanasie est inefficace, les chats continuant de se reproduire et de reconquérir le territoire de ceux ayant été tués.


Si on compare alors les deux méthodes empêchant les animaux de se multiplier, il semble que la TVHR soit la plus appropriée. Les animaux sont maintenus en vie et relâchés, ils conservent leurs comportements naturels, ne peuvent pas se reproduire. Les mâles continuent de défendre leur territoire et les rapports sexuels non fécondants provoquent une pseudo-gestation, ce qui empêcherait les femelles n’ayant pas encore subi d’hystérectomie d’être en chaleur pendant 45 jours.


Ce fonctionnement de groupe est-il la clé de l’efficacité de la vasectomie/hystérectomie sur le contrôle des populations ?

Pour les chercheurs, la grande différence entre la TVHR et la stérilisation traditionnelle réside dans le taux de survie des chats des rues : la vasectomie/hystérectomie ne permet pas d’éviter la transmission de MST, ni les infections. Les femelles sont toujours soumises au stress des cycles hormonaux. En d’autres termes, la TVHR n’améliore pas le bien-être et le taux de survie des chats.

La stérilisation traditionnelle, pour sa part, permet d’éviter les infections et améliore ainsi le taux de survie des animaux des rues, qu’ils soient adultes ou juvéniles.


On estime ainsi que dans les populations où les chats conservent leurs comportements hormonaux, seuls 32 % des chatons vivent jusqu’à 6 mois. Les chatons sont 75 % à atteindre cet âge lorsque la population est stérilisée.

Il est difficile de réellement comparer l’efficacité des deux méthodes d’un point de vue chirurgical, car ce sont les conséquences des deux actes qui sont diamétralement opposées. On ne peut pas dire que la vasectomie soit plus efficace que la stérilisation traditionnelle sur le contrôle des populations, car ce qui la rend plus effective à terme, c’est le fait qu’elle combine les bienfaits de la stérilisation avec une hausse de la mortalité des chats errants.

La vasectomie ne permet pas de diminuer l'incidence des bagarres, blessures, infections et autres maladiesLa TVHR ne permet pas de diminuer l'incidence des bagarres, blessures, infections et autres maladies.


Choisir la solution la plus éthique

Quelle serait alors la meilleure solution pour les chats des rues ? Interrogé sur les résultats de cette étude, le Dr Christophe Blanckaert, vétérinaire travaillant depuis de nombreuses années sur le terrain avec des associations (SPA, L’École du Chat) nous apporte son point de vue.

Plusieurs paramètres semblent pouvoir être améliorés dans cette recherche (qui demeure une simulation).

« La maturité sexuelle supposée me semble tardive. Je pense que les femelles peuvent reproduire dès 7 mois et les mâles dès 5 à 8 mois (et non 319 jours = 10.5 mois). La modélisation ne tient pas compte du moment de la stérilisation (avant ou après la portée), ni de la taille des portées. De plus, les abandons sauvages qui viennent réalimenter les populations ne sont pas pris en considération. Pourtant, on y est confronté dans la vraie vie... Cela fausse le calcul », nous explique le Dr Blanckaert.  

Mais, ce qui peut être le plus gênant reste le manque d’égard pour l’aspect sanitaire des animaux, voire même un regard critique sur l’amélioration de la longévité des chats vivants.

L’augmentation du risque de bagarres, de blessures et de maladies n’est pas du tout évaluée, mais plus que cela encore, le bien-être des animaux des rues est assimilé à une contre-productivité. Seule une réduction, voire une élimination à long terme, de la population des chats est jugée ici efficace. « Les arguments de "réduction", de disparition de colonies, ne sont pas compatibles avec la protection animale »,alerte le Dr Blanckaert.

Et par ailleurs, comment appliquer une politique de protection animale avec une vision négative du bien-être animal ?

« Je retiens de cet article synthétique que quelle que soit la méthode, l'impact est d'autant plus grand qu'on intervient précocement, sur une large population, par des campagnes longues et répétées et qui prennent en charge au moins les 3/4 des sujets de la colonie, sinon plus. Enfin, je retiens que la stérilisation traditionnelle est vectrice de longévité et de bien-être sanitaire, et ce même si le comportement sexuel naturel n’est pas respecté », conclut le Dr Blanckaert.


La méthode de TVHR peut être appropriée dans des cas particuliers, sur des colonies de chats sauvages isolées dans des zones préservées par exemple, car son efficacité a été évaluée selon les critères d’une réduction de la population des chats et de leur impact sur la faune sauvage. Cependant, la TVHR ne semble pas concorder avec un besoin de contrôle des populations dans un état sanitaire optimal ni correspondre aux attentes des communes en termes de réduction des nuisances (marquages, miaulements de femelles en chaleurs, bagarres).



Source : McCarthy, R. J., Levine, S. H., & Reed, J. M. (2013). Estimation of effectiveness of three methods of feral cat population control by use of a simulation model. Journal of the American Veterinary Medical Association, 243(4), 502–511. doi:10.2460/javma.243.4.502

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