Chevaux et poneys sont-ils égaux face à la maladie ? Réponses

Par Virginie Sowinski, le mardi 21/05/2019 à 21h44

Une étude de 2019, publiée dans Plos One, a révélé un élément génétique qui pourrait nous aider à comprendre pourquoi les chevaux seraient plus facilement sujets à certaines maladies que les poneys. La réponse se trouve dans les acides gras contenus dans les tissus.


De précédentes recherches avaient déjà soulevé une différence entre les chevaux et les poneys. Ces derniers seraient plus sujets à l’hyperlipidémie que les chevaux, même sous un apport énergétique moindre, car ils souffriraient d’une perturbation dans la libération des acides gras non estérifiés (1). Néanmoins, même en sachant que les acides gras pouvaient jouer un rôle dans certaines atteintes inflammatoires ou métaboliques (2), leur nature (omega-3, omega-6 ou omega-9) dans les tissus adipeux, le foie et le plasma n’avait encore jamais été analysée.

Des chercheurs ont donc comparé les acides gras contenus dans le foie, les tissus adipeux et le plasma de chevaux pur-sang et de poneys shetland, placés dans des conditions analogues, avec une alimentation identique (3). Bilan : les résultats des deux groupes étaient différents. Les chevaux présentaient dans le foie et les tissus adipeux des teneurs en acides gras polyinsaturés n-6 (omega-6) supérieures à celles des poneys. À l’opposé, les teneurs en acides gras polyinsaturés n-3 et n-9 (omega-3 et -9) étaient faibles chez les chevaux.

Des différences probablement génétiques ou métaboliques, dans l’assimilation, l'utilisation ou le stockage des acides gras polyinsaturés.

Les chevaux et les poneys sont différents d'un point de vue métabolique


Quel lien entre les acides gras et la sensibilité à certaines maladies ?

Alors que certaines études ont montré le rôle des omega-3 dans les réponses anti-inflammatoires, les omega-6 à l’inverse favoriseraient les réponses inflammatoires (4).

Parmi les acides gras polyinsaturés n-6, certains sont plus problématiques que d’autres, comme l’acide arachidonique que l’on retrouve dans les membranes des phospholipides notamment présents dans le foie. Cet omega-6 est susceptible de créer un environnement pro-inflammatoire, pro-allergique et pro-tumoral (5). Plus encore que les différents acides gras retrouvés dans l’organisme, ce sont donc les détails de leur nature qui peuvent aider à apporter une évaluation plus précise des risques face à certaines maladies.

Si les omega-6 ont leur part de responsabilité dans la prédisposition des chevaux aux réactions inflammatoires, ces acides gras polyinsaturés auraient aussi un rôle dans les troubles de la régulation métabolique (6, 7, 8).

Un équilibre de l’apport nutritionnel entre omega-3 et omega-6 serait donc d’autant plus important chez les équidés souffrant de maladies inflammatoires chroniques, comme les fourbures endocriniennes. Un lien qui a été démontré chez l’Homme dans le cas de maladies inflammatoires dues à l’obésité ou un trouble de régulation de l’insuline (7, 9, 10).


On peut poser l'hypothèse que les teneurs en omega-3, -6 et -9 dans les tissus peuvent varier en fonction des races, au-delà des deux groupes testés dans le panel. Néanmoins, ces éléments sont essentiels. D’une part, ils nous aident à comprendre pourquoi tous les chevaux ne sont pas égaux face à certaines affections, mais aussi, ces données ouvrent la voie à des pistes de recherche et de soutien au traitement de pathologies comme le syndrome métabolique équin. De nouvelles recherches pourraient alors apporter plus de précisions sur les teneurs en omega-3 et omega-6 des tissus adipeux et hépatiques de chevaux malades, pour adapter l’alimentation individuelle et obtenir un rapport optimal des AGPI n-3 et n-6 à la fois dans les tissus et dans l’alimentation.


Sources et références :

  • (1) Breidenbach A, Fuhrmann H, Deegen E, Lindholm A, Sallmann HP. Studies on equine lipid metabolism —2. Lipolytic activities of plasma and tissue lipases in large horses and ponies. J Vet Med Ser A. 1999;46: 39–48
  • (2) Adolph S, Fuhrmann H, Schumann J. Unsaturated fatty acids promote the phagocytosis of Pseudomonas aeruginosa and Rhodococcus equi by RAW264.7 macrophages. Curr Microbiol. 2012; 65: 649– 655. https://doi.org/10.1007/s00284-012-0207-3 PMID: 22903555
  • (3) Adolph, Stephanie et al. “Lipid classes in adipose tissues and liver differ between Shetland ponies and Warmblood horses.” PloS one vol. 14,3 e0207568. 21 Mar. 2019, doi:10.1371/journal.pone.0207568
  • (4) Rodrigues HG, Sato FT, Curi R, Vinolo MAR. Fatty acids as modulators of neutrophil recruitment, function and survival. Eur J Pharmacol. 2016;785: 50–58. 10.1016/j.ejphar.2015.03.098
  • (5) Calder PC. Functional roles of fatty acids and their effects on human health. J Parenter Enteral Nutr. 2015;39: 18S–32S
  • (6) Calder PC. Mechanisms of action of (n-3) fatty acids. J Nutr. 2012;142: 592S–599S. 10.3945/jn.111.155259
  • (7) Simopoulos A. An increase in the omega-6/omega-3 fatty acid ratio increases the risk for obesity. Nutrients. 2016;8: 128 10.3390/nu8030128
  • (8) Calder PC. Omega-3 fatty acids and inflammatory processes. Nutrients. 2010;2: 355–374. 10.3390/nu2030355
  • (9) Lands B, Bibus D, Stark KD. Dynamic interactions of n-3 and n-6 fatty acid nutrients. Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids (PLEFA). 2017. 10.1016/j.plefa.2017.01.012
  • (10) Liu H-Q, Qiu Y, Mu Y, Zhang X-J, Liu L, Hou X-H, et al. A high ratio of dietary n-3/n-6 polyunsaturated fatty acids improves obesity-linked inflammation and insulin resistance through suppressing activation of TLR4 in SD rats. Nutr Res. 2013;33: 849–858. 10.1016/j.nutres.2013.07.004


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