Fourbure : est-ce le signe d’un SME ou d’une maladie de Cushing chez le cheval ?

Par Virginie Sowinski, le jeudi 25/04/2019 à 21h58

On estime que 90 % des fourbures constatées en pratique vétérinaire sont en lien avec un Syndrome métabolique équin ou un PPID (dysfonctionnement de la pars intermedia de l'hypophyse, aussi connu sous le nom de maladie de Cushing). Ces maladies endocriniennes nécessitent une prise en charge thérapeutique et il est donc nécessaire d’une part que les propriétaires reconnaissent les signes d’une fourbure et d’autre part que des tests soient mis en œuvre pour en préciser l’origine.

Une étude anglaise a révélé que si tous les cas de fourbure signalés par les propriétaires étaient effectivement diagnostiqués par le vétérinaire, 45 % des fourbures diagnostiquées par les praticiens n’avaient pas été identifiées préalablement par les propriétaires.

SME ou PPID : un dépistage en cas de fourbure


Comment reconnaître une fourbure ?

Le cheval fourbu souffre d’une inflammation des tissus mous du pied. Une atteinte douloureuse qui modifie son comportement. Il se tient campé et a du mal à se déplacer. Les pieds sont anormalement chauds et le cheval est souvent apathique. Il arrive que certains chevaux se couchent, quand ils ont très mal ou dans le but de se soulager, lorsqu’ils supportent la douleur depuis un certain temps.


Quels sont les tests pour diagnostiquer une fourbure en lien avec une maladie endocrinienne ?

Lors d’une fourbure, il serait utile de mener en premier lieu 2 catégories de tests : l’hyperinsulinémie et l’insulino-résistance.


  • 1) Les tests d’hyperinsulinémie sont simples à réaliser et permettent d’évaluer le risque de fourbure endocrinienne grâce une mesure du glucose oral (OGT). L’insuline basale peut être quantifiée chez un cheval au foin, qui n’aurait pas consommé de grains dans les 4 heures précédant le test. Enfin, un OGT (test de glucose oral) pourrait être aussi mené après un repas test de glucose (pour obtenir des résultats semblables à ceux relevés lorsque l’on met un cheval au pré au printemps).
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  • 2) La résistance à l’insuline est un bon indicateur de l’amélioration de l’état de santé du cheval fourbu. C’est donc un élément à surveiller dans le suivi de l’animal. Pour cela, deux tests existent : la réponse à l’insuline et le test de l’insuline-glucose.



Syndrome métabolique équin ou maladie de Cushing ?

Lorsque l’on démontre une résistance à l’insuline dans les cas de fourbure, cela sous-entend la présence d’une maladie, SME ou PPID, qu’il faut alors diagnostiquer pour mettre en place un traitement ciblé et adapté.


L’évaluation de l’obésité (pour le Syndrome métabolique équin) ne passe pas seulement par l’état corporel du cheval. En effet, l’obésité correspond à un excès de graisse corporelle présentant un risque pour la santé. Pour évaluer l’obésité d’un cheval qui a fait une fourbure, il convient d’analyser le taux d’adiponectine, qui apparaît très bas chez les chevaux qui sont touchés par la maladie. Un critère d’évaluation fiable, puisqu’il n’est pas induit par l’alimentation, les saisons, le sexe ou l’âge.

On estime qu’un cheval est obèse et souffre de Syndrome métabolique équin lorsque la quantité d’adiponectine dans le sang est inférieure à 3,2 g/ml. Un paramètre à suivre régulièrement une fois le traitement et des conseils de gestion mis en place, puisqu’il varie à la hausse lorsque les pratiques ont un impact positif sur le cheval.


Le dysfonctionnement de la pars intermedia de l'hypophyse (PPID), ou maladie de Cushing, est quant à elle une affection que l’on rencontre surtout chez les chevaux âgés, mais qui touche aussi les jeunes. C’est pour cela que des tests devraient systématiquement être effectués dans les cas de fourbure, sur les chevaux de tous profils.

Pour dépister cette maladie, il faut effectuer une mesure du taux d’ACTH, mais attention, l’interprétation qui doit en être faite dépend des saisons, puisque l’activité de l’hypophyse serait en hausse en été et en automne.


Ainsi, pour un cheval en bonne santé, les résultats de l’ACTH ne devraient pas dépasser le seuil de 29 pg/ml entre novembre et juillet, et de 47 pg/ml entre août et octobre.
Les mesures peuvent aussi être faussées chez les chevaux souffrants ou stressés.


Cependant, cet outil n’est pas toujours fiable et des vérifications régulières paraissent nécessaires : une étude de 2018* a révélé que si 64 % des poneys du panel avaient un taux d’ACTH supérieur au seuil maximal en automne, ils revenaient d’eux-mêmes à des taux normaux, sans traitement, au printemps qui suivait. Une révélation qui pousse à la prudence avec le traitement au pergolide pour les chevaux diagnostiqués en automne. En effet, une baisse du taux entre les deux périodes pourrait être attribuée, à tort, à l’effet du médicament.

Enfin, un autre test diagnostic existe, mais il n’est pas disponible en France : une stimulation grâce à la libération de la thyrotropine (TRH), une hormone qui fait grimper le niveau d’ACTH plasmatique au-delà de 110 pg/ml lorsque le cheval est atteint de PPID.



En cas de fourbure, il est essentiel d’en identifier l’origine pour une meilleure gestion préventive et pour traiter efficacement les maladies qui pourraient en être la cause.


Source : La Semaine Vétérinaire n° 1804 et n°1805.

* Knowles, E. J., Moreton‐Clack, M. C., Shaw, S. , Harris, P. A., Elliott, J. and Menzies‐Gow, N. J. (2018), Plasma adrenocorticotropic hormone (ACTH) concentrations in ponies measured by two different assays suggests seasonal cross‐reactivity or interference. Equine Vet J, 50: 672-677. doi:10.1111/evj.12797

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