Comment réduire le stress du cheval ? Oubliez les caresses !

Par Virginie Sowinski, le mardi 22/01/2019 à 22h22

La caresse est le geste le plus courant qu’ont les humains pour signifier leur affection envers un animal, ou pour le rassurer. En ce qui concerne le cheval, cela ne serait pas le plus approprié.

Que faites-vous pour rassurer votre cheval ? Flatter ou tapoter l’encolure de l’équidé est souvent ce que répondent les propriétaires de chevaux ou les cavaliers. Pourtant, une étude de 2016 (1) semble indiquer que ce n’est pas le plus apprécié.

Image title


Réduire le stress pendant la monte

Ne négligeons pas le stress que provoque la monte chez le cheval, car une tension permanente dans le travail du cheval monté peut être à l’origine de maladies, de comportements stéréotypés et d’attitudes conflictuelles envers l’humain (2).

Or, c’est un fait, l’équitation induit du stress chez l’équidé et plusieurs explications peuvent être avancées :

  • - Un équipement inadapté ou mal ajusté, ainsi qu’une mauvaise position du cavalier peuvent être source de douleur et donc d’un stress physique et psychique.
  • - L’équitation expose le cheval, qui est une proie, à des situations lors desquelles il ne peut pas se défendre, ou des lieux dans lesquels il ne s’aventurerait pas de lui-même, le rendant vulnérable (3).

Pour baisser ce stress, il est souvent recommandé de caresser l’encolure ou de la tapoter, bien que ces méthodes n’aient rien d’éthologique (il n’y a rien de comparable au naturel dans le comportement des chevaux entre eux).


Le meilleur moyen de rassurer un cheval, c’est de le gratouiller.

Si la caresse et la tape amicale n’ont pas d’équivalent chez les équidés, les chercheurs se sont penchés sur le grooming, ce comportement social lors duquel les chevaux se grattent mutuellement le dos/garrot avec les dents.

Et si l’Homme se mettait à la place du cheval ? Les gratouilles imitant le grooming et pratiquées sur le cheval non monté diminueraient le rythme cardiaque des équidés et les détendraient (4). Certains animaux rendraient même cette forme de toilettage à l’humain qui le leur ferait (5).

Mais c’est en 2016 que les chercheurs ont souhaité comparer l’effet des caresses et celui du grooming pratiqué par l’Homme sur l’état d’anxiété du cheval. Pour l’étude (1), 18 chevaux montés ont été soumis à 3 types de contact :

  • - Contrôle : Après l’exercice, le cavalier reste immobile sur le cheval pendant 1 minute, sans avoir de geste envers lui.
  • - Caresse : Après l’exercice, le cavalier caresse son cheval pendant 1 minute sur le côté droit de l’encolure.
  • - Grooming : Après l’exercice, le cavalier gratouille son cheval pendant 1 minute sur la zone du garrot.


Image titleGrooming entre chevaux.


Les scientifiques ont ensuite analysé le changement de fréquence cardiaque et les comportements du cheval (une liste a été dressée sur la base de précédentes études pour identifier les comportements positifs ou négatifs).

Il y a peu de manifestations d’agitation chez les chevaux lorsqu’ils bénéficient du grooming de la part du cavalier et ils restent plus longtemps tête basse, avec un abaissement plus prononcé en dessous de la ligne du garrot. Des démonstrations qui aident à conclure que le grooming effectué par le cavalier au niveau du garrot est un geste qui relaxe le cheval et fait diminuer son stress.

A contrario, avec les caresses ou la méthode contrôle, les chevaux avaient tendance à garder les oreilles en arrière et à tirer sur les rênes.

Et c’est là que c’est le plus étonnant : les chevaux agitaient leur queue et tenaient difficilement l’arrêt (animaux qui avancent sans en avoir reçu la demande) lorsque le cavalier les caressait, des attitudes moins souvent observées pour l’étape contrôle.

Or, ces comportements ont déjà été notés dans la littérature scientifique comme des indicateurs de réponse à des situations négatives et pourraient être associés à de l’évitement.

On peut donc poser l’hypothèse que les caresses ne sont pas tant appréciées que ce que l’on pensait par le cheval, même si cela mériterait d’être plus amplement étudié.

Concernant le changement de rythme cardiaque, il n’a pas été significatif dans l’expérience. D’autres études avaient pourtant souligné une différence (6, 7), cependant, la durée d’observation était portée à 3 minutes, laissant peut-être plus de temps à l’organisme pour faire varier ces paramètres physiologiques.


Ces premiers résultats mériteraient de plus amples recherches, mais ils peuvent donner lieu à de nouvelles pratiques pour rassurer le cheval monté. Selon cette étude, il serait donc préférable de répéter de petits temps de pause pendant les séances, durant lesquelles le cavalier gratouillerait au moins une minute sa monture dans la région du garrot. Des gestes simples qui pourraient réduire le stress généré par l’activité.




Source et références :

  • (1) Thorbergson, Z. W., Nielsen, S. G., Beaulieu, R. J., & Doyle, R. E. (2016). Physiological and Behavioral Responses of Horses to Wither Scratching and Patting the Neck When Under Saddle. Journal of Applied Animal Welfare Science, 19(3), 245–259.doi:10.1080/10888705.2015.1130630
  • (2) McLean, A., & McLean, M. (2008). Academic horse training: Equitation science in practice. Clonbinane, Australia: Australian Equine Behaviour Center.
  • (3) Schmidt, A., Aurich, J., Möstl, E., Müller, J., & Aurich, C. (2010). Changes in cortisol release and heart rate and heart rate variability during the initial training of 3-year-old sport horses. Hormones and Behavior, 58, 628–636. doi:10.1016/j. yhbeh.2010.06.011
  • (4) McBride, S. D., Hemming, A., & Robinson, K. (2004). A preliminary study on the effect of massage to reduce stress in the horse. Journal of Equine Veterinary Science, 24, 76–81. doi:10.1016/j.jevs.2004.01.005
  • (5) McGreevy, P., & McLean, A. (2010). Equitation science. Oxford, UK: Wiley-Blackwell.
  • (6) Feh, C., & De Mazières, J. (1993). Grooming at a preferred site reduces heart rate in horses. Animal Behaviour, 46, 1191–1194. doi:10.1006/anbe.1993.1309
  • (7) Normando, S., Haverbeke, A., Meers, L., Ödbreg, F. O., & Ibañez Talegón, M. (2002). Heart rate reduction by grooming in horses (Equus caballus). Havemeyer Workshop on Horse Behavior and Welfare, Holar, Iceland, 23–26.

Ces articles pourraient également vous intéresser