Attention : l'excès prolongé de fer dans l'alimentation peut être fatal aux chevaux.

Par Virginie Sowinski, le jeudi 22/11/2018 à 23h30

Une étude de 2018 (1) alerte sur la consommation excessive de fer sur le long terme pour la santé du cheval. Alors que jusqu’à présent la surconsommation de fer n’avait pas été jugée toxique, les derniers éléments tendraient à démontrer qu’elle serait responsable d’hémochromatose et d’insuffisance hépatique, deux maladies pouvant être fatales.


En 2001, une étude expérimentale menée sur 8 semaines avait conclu que la surconsommation de fer, si elle augmentait les concentrations hépatiques et sériques de fer, ne causait pas de lésions sur les tissus hépatiques (2). Cependant, cette étude n’a été conduite que très peu de temps et l’on sait que l’excédent en fer ne peut être éliminé de l’organisme du cheval. Il agirait ainsi comme oxydant, endommageant les cellules et les organes (3).

Sa surconsommation aurait d’ailleurs aussi un effet sur la sensibilité aux infections, car les bactéries ont besoin d’un apport en fer pour proliférer. Chez l’Homme, elle est notamment associée à la néoplasie, à la cardiomyopathie, à l’hépatite C, à l’arthropathie, à l’hyperpigmentation et aux troubles endocriniens (4).

Malgré les résultats publiés en 2001, il demeurerait donc plausible que l’apport excessif en fer puisse avoir un impact sur le métabolisme du cheval.

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La surconsommation de fer, nocive à long terme

En 2018, une nouvelle étude (1) est venue remettre en question les certitudes émises 17 années plus tôt. Basée sur 7 ans de recherche, elle conclurait que l’excès de fer serait toxique à long terme pour la santé du cheval, provoquant des affections telles que l’hémochromatose ou l’insuffisance hépatique.

En 2011, un cheval est diagnostiqué avec une insuffisance hépatique et une hémochromatose, d’origine inconnue. Quelque temps plus tard, c’est 9 autres chevaux de la même écurie qui présentent les mêmes atteintes. De plus amples recherches aux fermes avoisinantes portent ce chiffre à 21 chevaux et un âne, soit 22 équidés.

Des analyses sanguines et une biopsie ont été effectuées pour comprendre l'origine de ces maladies.


Bilan : la saturation en transferrine (protéine transportant le fer dans l’organisme) était supérieure à 80 % chez tous les animaux.

Les concentrations de gamma glutamyl transférases (ou gamma GT), enzymes hépatiques, étaient plus élevées que la normale chez 14 des 15 équidés testés.

Une biopsie du foie a été faite sur 12 des équidés. Tous les échantillons montraient des signes d’hépatite ou de fibrose et une accumulation d’hémosidérine (stockage insoluble du fer) était observable. Une accumulation présente aussi dans les autres organes (pancréas, reins, rate, ganglions, etc.).


L’eau et l’alimentation en cause

En parallèle des examens menés sur les chevaux, l’eau disponible et l’herbe ont aussi fait l’objet d’analyses. Tous les échantillons d’eau prélevés présentaient une augmentation de la teneur en fer, variant entre 0,74 et 72,5 mg Fe / L. Une concentration jugée inappropriée comme eau de boisson pour les animaux (le maximum étant de 0,3 mg / L) (5).

La teneur en fer de l'herbe était légèrement supérieure à la norme, de 227 mg / kg (au lieu de 215 mg / kg). Un écart faible qui n'a pas permis d'incriminer l'herbe, propre à la consommation des animaux. 


Sur les 22 équidés, 13 ont survécu et, parmi eux, 6 ont conservé des taux de transferrine très élevés même 8 à 30 mois après le diagnostic. La consommation excessive de fer sur le long terme (9 années dans le cas présent) est toxique pour les équidés, qui souffrent alors d’atteinte hépatique. Une situation fatale si la maladie n’est pas prise suffisamment tôt. Hélas, l’hémochromatose s’installe lentement et la maladie est souvent déjà grave lorsque les signes sont vraiment visibles. Il peut donc être recommandé de faire analyser l’eau et de prêter attention à la teneur en fer des aliments pour s’assurer que les taux ne dépassent pas les seuils journaliers conseillés.


Source et références :

  • (1) Theelen, M. J. P., Beukers, M., Grinwis, G. C. M., & Sloet van Oldruitenborgh-Oosterbaan, M. M. (2018). Chronic iron overload causing haemochromatosis and hepatopathy in 21 horses and one donkey. Equine Veterinary Journal. doi:10.1111/evj.13029
  • (2) Pearson, E.G. and Andreasen, C.B. (2001) Effect of oral administration of excessive in adult ponies. J. Am. Vet. Med. Assoc. 218 , 400 -404.
  • (3) Lawen, A. and Lane, D.J.R. (2013) Mammalian iron homeostasis in health and disease: Uptake, storage, transport, and molecular mechanisms of action. Antioxidants and Redox Signaling 18 , 2473 -2507
  • (4) Siddique, A. and Kowdley, K.V. (2012) Review article: The iron overload syndromes. Alimentary Pharmacology and Therapeutics. 35 , 876 -893.
  • (5) EPA (US Environmental Protection Agency). (2009) National Primary Drinking Water Regulations.

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