Régulation de l'insuline et alimentation : quel fourrage pour les chevaux atteints de SME ?

Par Virginie Sowinski, le dimanche 14/10/2018 à 08h00

Les maladies endocriniennes comme le syndrome métabolique équin touchent de nombreux chevaux. L’alimentation est un paramètre important pour résoudre ce dérèglement qui se manifeste notamment par à une résistance à l’insuline et une hyperinsulinémie. Une étude de 2018 (1) se penche sur la réponse à l’insuline provoquée par la consommation de différents types de fourrages par des poneys.

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Les chevaux en surpoids ou les poneys sont les individus les plus à risques de souffrir d’un trouble de la régulation de l’insuline (2) et il en résulte souvent des crises de fourbure (3, 4). Quelle alimentation pour ces profils sensibles ou déjà touchés par la maladie ? De précédentes études ont montré que des fourrages préfanés à faible teneur en NSC (hydrates de carbone non structuraux) obtenaient une réponse à l’insuline plus basse chez des chevaux atteints de myopathie à stockage de polysaccharides (PSSM) (5) et il a aussi été démontré qu’une telle alimentation sur le long terme avait un impact positif sur la sensibilité à l’insuline (6, 7).

Ces avantages viendraient-ils du fourrage préfané ? Pas forcément, car plutôt que le type de conservation utilisé, c’est bien la teneur en NSC qui semblerait avoir un effet. Ainsi, du foin préfané avec un taux de NSC équivalent au foin sec serait tout aussi inadapté (1).

Le but est donc de fournir aux chevaux souffrant d’hyperinsulinémie et résistants à l’insuline une source d’alimentation réduite en hydrates de carbone non structuraux.


Le foin trempé, l’alimentation la plus adaptée ?

Nourrir les poneys présentant un trouble de la régulation de l’insuline avec du foin trempé est une recommandation émise dans une étude de 2010 sur le syndrome métabolique équin (8).

L’explication de cet avantage nutritif serait que le trempage du foin fait baisser le taux des hydrates de carbone solubles à l’eau (WSC), qui composent, avec l’amidon, les NSC (9, 10, 11). L’idéal serait donc un foin comprenant un taux de NSC entre 4 % et 10 % (14).

Le foin trempé pourrait également être moins agréable en bouche, ce qui affecterait les réflexes neuroendocriniens du système digestif lorsque le cheval prend le foin et le mâche, avec un impact sur la fonction sécrétoire du tractus digestif, la motilité intestinale, l’absorption des hydrates de carbone et la sécrétion de l’insuline (12). Par effet inverse, c’est aussi l’appétence pour le foin sec et le préfané, plus riches, qui pousserait les chevaux à en consommer plus (12, 13). Pour fournir une quantité de calories égale en fonction des fourrages, il faudrait donner 12,7 % de foin trempé en plus ou 5,9 % de foin sec en plus, par rapport au préfané (1).

« Pour obtenir un foin à faible teneur en NSC, il faudrait le faire tremper au moins 3 heures dans une eau fraîche, à environ 8°. Il convient d’éviter les températures plus élevées, qui favorisent le développement de micro-organismes » (13, 14)


Le foin trempé a apporté des preuves de son efficacité dans l’alimentation de chevaux présentant un trouble de la régulation de l’insuline, comme avec un SME, grâce à une réponse glycémique et insulinémique inférieure au foin non trempé (à quantité égale de matière sèche). Cependant, tout autre foin dont le taux de NSC est compris entre 4 % et 10 % peut être aussi efficace. Pour cela, il peut être nécessaire de faire analyser le fourrage au moment de déterminer l’alimentation du cheval sensible.

Par ailleurs, si le foin trempé présente des avantages pour le cheval atteint d’un syndrome métabolique équin ou toute autre pathologie en lien avec une sensibilité à l’insuline, d’autres paramètres méritent encore d’être étudiés, comme l’éthanol ou les acides gras volatils produits lors de la fermentation (12).


Sources et références :

  • (1) H.B. Carslake, C.McG. Argo, G.L. Pinchbeck, A.H.A. Dugdale, C.M. McGowan, Insulinaemic and glycaemic responses to three forages in ponies, The Veterinary Journal, Volume 235,2018,Pages 83-89.
  • (2) N. Frank, E.M. Tadros, Insulin dysregulation, Equine Veterinary Journal, 46 (2014), pp. 103-112
  • (3) N.J. Menzies-Gow, P.A. Harris, J. Elliott, Prospective cohort study evaluating risk factors for the development of pasture-associated laminitis in the United Kingdom, Equine Veterinary Journal, 49 (2017), pp. 300-306
  • (4) D.M. Walsh, C.M. McGowan, T. McGowan, S. Lamb, B. Schanbacher, N.J. Place, Correlation of plasma insulin concentration with laminitis score in a field study of equine Cushing’s disease and equine metabolic syndrome, Journal of Equine Veterinary Science, 29 (2009), pp. 87-94
  • (5) L. Borgia, S. Valberg, M. McCue, K. Watts, J. Pagan, Glycaemic and insulinaemic responses to feeding hay with different non-structural carbohydrate content in control and polysaccharide storage myopathy-affected horses, Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition, 95 (2011), pp. 798-807
  • (6) R.A. Morgan, J.A. Keen, C.M. McGowan, Treatment of equine metabolic syndrome: a clinical case series, Equine Veterinary Journal, 48 (2016), pp. 422-426
  • (7) C.M. McGowan, A.H. Dugdale, G.L. Pinchbeck, C.M. Argo, Dietary restriction in combination with a nutraceutical supplement for the management of equine metabolic syndrome in horses, The Veterinary Journal, 196 (2013), pp. 153-159
  • (8) N. Frank, R.J. Geor, S.R. Bailey, A.E. Durham, P.J. Johnson, Equine metabolic syndrome, Journal of Veterinary Internal Medicine, 24 (2010), pp. 467-475
  • (9) A.C. Longland, C. Barfoot, P.A. Harris, Effects of soaking on the water-soluble carbohydrate and crude protein content of hay, Veterinary Record, 168 (2011), p. 618
  • (10) S.J. Mack, A.H. Dugdale, C.M. Argo, R.A. Morgan, C.M. McGowan, Impact of water-soaking on the nutrient composition of UK hays, Veterinary Record, 174 (2014), p. 452
  • (11) C.M. Argo, A.H. Dugdale, C.M. McGowan, Considerations for the use of restricted, soaked grass hay diets to promote weight loss in the management of equine metabolic syndrome and obesity, The Veterinary Journal, 206 (2015), pp. 170-177
  • (12) C.E. Müller, P. Udén, Preference of horses for grass conserved as hay, haylage or silage, Animal Feed Science and Technology, 132 (2007), pp. 66-78
  • (13) L. Borgia, S. Valberg, M. McCue, K. Watts, J. Pagan, Glycaemic and insulinaemic responses to feeding hay with different non-structural carbohydrate content in control and polysaccharide storage myopathy-affected horses, Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition, 95 (2011), pp. 798-807
  • (14) A.C. Longland, C. Barfoot, P.A. Harris, Effect of period, water temperature and agitation on loss of water-soluble carbohydrates and protein from grass hay: implications for equine feeding management, Veterinary Record, 174 (2014), p. 68

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