Parage pieds nus : intérêt réel ou effet de mode ?

Par Virginie Sowinski, le mardi 02/10/2018 à 22h00

De plus en plus de propriétaires de chevaux sont convaincus par le parage pied nu alors que d’autres, professionnels compris, restent sceptiques et y voient surtout un effet de mode. Le parage pied nu a-t-il un intérêt réel ou surfe-t-il sur un engouement passager ? Réponses.


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La littérature scientifique s’est peu intéressée au pied nu, alors que notre culture équestre occidentale a intégré le fer comme un support pour le sabot depuis bientôt deux millénaires.

Dans une étude de 2011 (1), des chercheurs se sont penchés sur la possibilité pour des chevaux travaillés régulièrement de rester pieds nus, sans aucune protection. Quels résultats ?

En utilisant une technique de parage pied nu sur une période de 16 mois (roll de la pince, abaissement des talons, etc.), l’angle du talon est augmenté de 9° en moyenne, limitant le risque de blessures associées aux talons fuyants (2) alors que la longueur de la paroi a été raccourcie et son inclinaison diminuée. On sait par ailleurs que la déformation de la paroi est inversement corrélée à l’inclinaison de cette dernière (3). La différence entre l’angulation de la boîte cornée et celle en talons, qui a chuté de 13,8° à 7,2°, a été interprétée comme un des effets bénéfiques du parage pied nu sur la structure du pied du cheval.


Un pied qui s’adapte, un pied qui fonctionne

Le pied mis nu se modifie, s’adapte à une nouvelle répartition du poids. Alors que le sabot ferré voit toute la charge se concentrer sur la paroi, cette même charge est répartie sur la fourchette et les talons (4). La surface du pied s’élargit (à ne pas confondre avec l’évasement que l’on retrouve chez les chevaux dont les pieds sont peu entretenus) et les structures internes se transforment. Ainsi, les chercheurs de l’étude de 2011 se sont rendu compte qu’en 12 mois de parage, la fourchette (ou plus précisément le coussinet plantaire, sous la fourchette, si l'on s'en réfère à une étude antérieure (12)) passait d’une composition de tissus graisseux et myxoïdes à une structure plus compacte et fibrocartilagineuse.

Un élément tendrait à prouver que c’est justement l’aspect que devrait avoir une fourchette saine :  l’aggrécanase-1. Il s’agit d’une enzyme que l’on retrouve dans les cartilages et les tissus qui doivent supporter une compression, une contrainte mécanique. Or, on constate la présence de l’aggrécanase-1 dans les lamelles à l’intérieur du pied du cheval. On peut donc en conclure que la fonction des lamelles est d’amortir la pression exercée sur le pied et non de suspendre P3 (5). Cette même phalange est d’ailleurs apparue avec un angle augmenté de 1,53° lorsque le pied a été remis en fonction (1).

Cette modification de l’angle de P3, combinée à un élargissement de la surface de pied en contact avec le sol et un durcissement des structures internes contribuent à la bonne santé du pied. De plus, ce dernier paramètre pourrait être une solution à prendre en compte dans le cas de descente distale.

Une amélioration de la vascularisation du pied permettrait aussi une meilleure diffusion de l’énergie générée lors de l’impact avec le sol (6). Cette distribution d’énergie se ferait grâce à un mécanisme hémodynamique (circulation du flux sanguin dans le pied) suscité par le contact de la fourchette avec le sol (7). La fourchette joue également un rôle important dans l’absorption du choc (8). Le pied se dilate et se déforme ainsi naturellement au moment de la phase d’appui au sol alors que la ferrure empêche ce processus (6, 9).


Les limites du parage pied nu

Le parage pied nu, s’il est bien réalisé, peut avoir des effets très bénéfiques sur le pied du cheval. Néanmoins, certaines des méthodes de parage qui ont été utilisés ont donné lieu à des effets néfastes à court terme en raison soit une élimination excessive des tissus de la paroi, de la sole ou de la fourchette ou par un parage ne respectant pas les angles naturels du sabot et de P3 (10).

Les changements pratiqués sur le pied au fil des mois permettent une adaptation progressive des tissus internes ainsi que des structures tendineuses et ligamentaires qui soutiennent les articulations interphalangiennes proximales et distales.

Il est donc important d’avoir une approche graduelle pour éviter les changements pathologiques dans ces structures (11)


Parfois considéré comme un effet de mode, le parage pied nu a pourtant un intérêt réel pour la santé du cheval. Bien effectué, il permet de redonner sa fonctionnalité au sabot en respectant la biomécanique de l’équidé.


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Sources :

  • (1) Clayton, H. , Gray, S. , Kaiser, L. and Bowker, R. (2011), Effects of barefoot trimming on hoof morphology. Australian Veterinary Journal, 89: 305-311. doi:10.1111/j.1751-0813.2011.00806.x
  • (2) Balch OK, Helman RG, Collier MA. Underrun heels and toe‐grab length as possible risk factors for catastrophic musculoskeletal injuries in Oklahoma racehorses. Proc Am Assoc Equine Pract2001;47:334-338.
  • (3) McClinchey HL, Thomason JJ, Jofriet JC. Isolating the effects of equine hoof shape measurements on capsule strain with finite element analysis. Vet Comp Orthop Traumatol 2003;16:67–75.
  • (4) Bowker RM. Contrasting structural morphologies of ‘good’ and ‘bad’ footed horses. Proc Am Assoc Equine Pract 2003;49:186–209.
  • (5) Black SJ. What do molecular and gene approaches tell us? In: Proceedings of the 5th International Conference on Laminitis and Diseases of the Foot; West Palm Beach, FL, 2009.
  • (6) Roepstorff L, Johnston C, Drevemo S. In vivo and in vitro heel expansion in relation to shoeing and frog pressure. Equine Vet J Suppl 2001;33:54–57.
  • (7) Bowker RM, Van Wulfen KK, Springer SE, Linder KE. Functional anatomy of the cartilage of the distal phalanx and digital cushion in the equine foot and a hemodynamic flow hypothesis of energy dissipation. Am J Vet Res 1998;59:961–996.
  • (8) Back W. The role of the hoof and shoeing. In: Back W, Clayton H, editors. Equine locomotion. WB Saunders, London, 2001:135–166.
  • (9) Van Heel MCV, Barneveld A, van Weeren PR, Back W. Dynamic pressure measurements for the detailed study of hoof balance: the effect of trimming. Equine vet J 2004;36:778–782.
  • (10) Jackson J. In: Natural Horse: Foundations for Natural Horsemanship, 2nd edn. Star Ridge Publications, 1997:8.
  • (11) Bushe T, Turner TA, Poulos PW, Harwell, NM. The effect of hoof angle on coffin, pastern and fetlock joint angles. Proc Am Assoc Equine Pract 1987;33:729–738.
  • (12) Egerbacher, M. , Helmreich, M. , Probst, A. , König, H. and Böck, P. (2005), Digital Cushions in Horses Comprise Coarse Connective Tissue, Myxoid Tissue, and Cartilage but Only Little Unilocular Fat Tissue. Anatomia, Histologia, Embryologia, 34: 112-116. doi:10.1111/j.1439-0264.2004.00581.x (Merci à M. Xavier Méal pour sa précision et l'apport de cette nouvelle référence).

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