La muserolle, un élément mal compris qui peut faire souffrir le cheval

Par Virginie Sowinski, le dimanche 16/09/2018 à 14h55

La muserolle est-elle un outil secondaire ? Ce n’est que récemment que la recherche scientifique s’est penchée sur la bonne utilisation de cette partie du filet et sur l’impact qu’elle pouvait avoir sur la santé du cheval. Les résultats sont plus que surprenants.

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Comment ajustez-vous votre muserolle ? L’idée commune est de laisser un espacement de deux doigts entre la tête du cheval et la muserolle, lorsqu’on l’attache. Une étude de 2017 (1) a souhaité vérifier la bonne application de cette règle et a pu se rendre compte, en suivant 750 chevaux, qu’elle n’était pas respectée : 44 % des chevaux avaient une muserolle ajustée à même la peau (à 0 doigt), alors que seulement 7 % des montures avaient une muserolle disposant d’une attache lâche de 2 doigts.


Quel effet cela a-t-il sur la santé de l’animal ?

Une muserolle trop serrée est pratique pour contrôler le cheval, car elle augmente sa sensibilité au mors (2). Hélas, elle provoque aussi des blessures de la commissure des lèvres. Pour exemple, il suffirait de desserrer la muserolle à la française de 1 cm (soit passer de moins de 2 doigts à 2 doigts, ou de deux doigts à plus lâche encore) pour réduire la prévalence de lésions de 34 % (15).

Cet accessoire de bride empêche en outre le cheval d’exprimer un comportement oral naturel comme le léchage ou le bâillement, ou encore d’ouvrir la bouche (3). Ouvrir la bouche est pourtant une attitude qui peut être une réponse à une tension excessive sur les rênes ou l’expression d’une gêne (4), mais elle est pénalisée en compétition de dressage, car considérée comme une défense. La muserolle (souvent croisée dans cette discipline) élimine alors le problème du cavalier sans pour autant prêter attention à celui du cheval. Ce manque de considération pour le bien-être animal est connu des vétérinaires, et a déjà été dénoncé (5-6).

Mais cela ne s’arrête pas là.  Une muserolle mal ajustée serait également à l’origine d’ulcérations de la bouche (l’intérieur de la joue appuyant sur les dents et les surdents éventuelles) (7), et serait suspectée de provoquer une déformation de l’os nasal (8), d’engendrer des difficultés respiratoires lorsqu’elle est en place (9), ainsi qu’une augmentation du rythme cardiaque (3).

Elle serait aussi source de stress : ainsi, deux études ont pointé du doigt l’augmentation de la température oculaire lorsque la muserolle est trop serrée. Or, cette augmentation thermique est corrélée avec une hausse du taux de cortisol, hormone du stress (3-10). Cela aurait encore une incidence sur le système vasculaire du cheval, une muserolle trop serrée diminuant la température de la peau sur la zone, et pouvant aider à conclure à une occlusion vasculaire partielle (10).

Et quel effet cela pourrait-il avoir sur le cerveau ? La pression exercée par la muserolle a été évaluée entre 200 et 400 mm Hg (8), une intensité qui, chez l'Homme, est associée à des lésions nerveuses et à d'autres complications (11). Par exemple, une mauvaise utilisation d’un garrot peut entraîner des dommages aux neurones après une compression à 50 mmHg en deux heures, avec plus de dégâts à des pressions plus élevées (12). Des éléments dont il faudrait tenir compte par précaution, même si des études spécifiques au cheval mériteraient d’être menées pour confirmer ces craintes.


Quelle muserolle utiliser ?

Plus la muserolle est positionnée basse sur la tête du cheval et plus elle exerce une pression accrue, car les structures osseuses sont moins larges et les muscles y sont moins développés (13). Par ailleurs, plus la muserolle est fine et plus elle est inconfortable (8). Des éléments qui tendent à favoriser l’utilisation d’une muserolle française ou d’un caveçon, plus larges et portés haut, par rapport à une muserolle allemande ou croisée. Attention toutefois, il serait tentant pour les cavaliers utilisant une bride avec mors de se passer de muserolle. Pourtant, en enlevant la muserolle, on multiplie par 2,49 la prévalence de lésions buccales par rapport à une bride équipée d’une muserolle haute (15).


Comment ajuster une muserolle ?

Des chercheurs ont mis au point un testeur électronique basé sur la force exercée sur les différents tissus (mous et osseux) pour déterminer un ajustement optimal de la muserolle (14). Néanmoins, on peut améliorer la technique de mesure à 2 doigts. Il suffit de définir une unité de mesure plus fiable et une zone sur laquelle la prendre.

Pour l’endroit de la mesure, on préfèrera le plan nasal frontal en raison des repères clairs disponibles (sa forme est de géométrie stable). Enfin, plutôt que de parler en doigts, on peut estimer que la bonne tenue de la muserolle se situe avec un écart d’environ 3 cm entre la muserolle et l’os nasal (15).


Plus la science se penche sur notre lien au cheval, plus elle nous donne les outils pour changer et nous améliorer. La remise en question ne doit pas être prise comme une attaque personnelle, mais comme un cadeau offert : le changement demande du courage, mais il est essentiel pour une relation équilibrée et sans souffrance pour l’animal.


Sources et références : 

(1) Doherty O, Casey V, McGreevy P, Arkins S (2017) Noseband Use in Equestrian Sports – An International Study. PLoS ONE 12(1): e0169060. doi:10.1371/journal.pone.0169060

(2) Randle H, McGreevy P. The effect of noseband tightness on rein tension in the ridden horse. Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research. 2013; 8:e18–e19.

(3) Fenner K, Yoon S, White P, Starling M, McGreevy P (2016) The Effect of Noseband Tightening on Horses’ Behavior, Eye Temperature, and Cardiac Responses. PLOS ONE 11(5):n e0154179. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0154179

(4) Christensen JW, Zharkikh TL, Antoine A & Malmkvist J. Rein tension acceptance in young horses in a voluntary test situation. Equine Vet J. 2011; 43:223–8. doi: 10.1111/j.2042-3306.2010.00151.x PMID: 21592219

(5) Mclean AN, McGreevy PD. Horse-training techniques that may defy the principles of learning theory and compromise welfare. Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research. 2010 ; 5:187–195

(6) McGreevy PD. Right under our noses. Equine Veterinary Education. 2015; 27(10):503–504.

(7) Tell A, Egenvall A, Lundstro ̈m T, Wattle O. The prevalence of oral ulceration in Swedish horses when ridden with bit and bridle and when unridden. The Veterinary Journal. 2008; 178:405–410. doi: 10.1016/ j.tvjl.2008.09.020 PMID: 19027332)

(8) Casey, Vincent et al., A preliminary report on estimating the pressures exerted by a crank noseband in the horse,  Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research , 2013, Volume 8 , Issue 6 , 479 – 484

(9) Kapitzke G. Bit and the Reins: Developing Good Contact and Sensitive hands. London, J. A. Allen; 2004

(10) McGreevy, Paul et al., The effect of double bridles and jaw-clamping crank nosebands on temperature of eyes and facial skin of horses, Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research , 2012, Volume 7 , Issue 3 , 142 – 148

(11) Hagenouw R, Bridenbough P. Tourniquet Pain—A Volunteer Study. Anesthesia & Analgesia. 1986; 65

(12) Rydevik B & Lundborg G. Permeability of Intraneural Microvessels and Perineurium Following Acute, Graded Experimental Nerve Compression. Scandinavian Journal of Plastic and Reconstructive Surgery and Hand Surgery. 1977; 11:179–187.

(13) Goody P. Horse Anatomy. A Practical Approach to Equine Structure. London, Allen, J.A.; 2004.

(14) Doherty O, Conway T, Conway R, Murray G, Casey V (2017) An Objective Measure of Noseband Tightness and Its Measurement Using a Novel Digital Tightness Gauge. PLoS ONE 12(1): e0168996. doi:10.1371/journal.pone.0168996

(15) Uldahl, M. and Clayton, H. M. (2018), Lesions associated with the use of bits, nosebands, spurs and whips in Danish competition horses. Equine Vet J. . doi:10.1111/evj.12827)

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