Peut-on utiliser l'homéopathie pour soigner son animal ?

Par Virginie Sowinski, le dimanche 09/09/2018 à 08h00

L’homéopathie semble prise entre deux feux. D’un côté, l’antibiorésistance, cet enjeu de santé publique qui anime la médecine humaine et animale et dans lequel elle doit avoir sa carte à jouer ; et de l’autre, un débat houleux sur son efficacité. Si nous avons déjà fait le point sur ce dernier volet, le Dr Marie-Noëlle Issautier, vétérinaire compétente en homéopathie et auteure d’une dizaine d’ouvrages sur le sujet, nous éclaire à présent sur son utilisation chez les animaux.

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L’homéopathie est utilisée en pratique vétérinaire depuis sa création, au XIXe siècle, sans créer le débat virulent auquel on assiste en médecine humaine.

« Le débat que l’on rencontre en médecine humaine est vieux de deux cents ans et ne touche pas les vétérinaires, qui cherchent avant tout l’efficacité dans une médecine d’urgence. Les vétérinaires ont donc tiré des leçons des retours de terrain et ils ont écrémé pour continuer d’utiliser ce qui fonctionnait », nous explique le Dr Issautier.

L’homéopathie est particulièrement appréciée en pratique rurale et équine : pas d’effets secondaires et pas de résidus dans l’organisme (1), ce sont les avantages qui font le succès de cette thérapeutique auprès des éleveurs.



Comment fonctionne l’homéopathie sur les animaux ?

Le principe général de l’homéopathie fonctionne sur l’individualisation du traitement, considérant la manifestation des symptômes et le profil des patients. Il en va de même pour les animaux, chez qui cette personnalisation se fait naturellement : le Yorkshire n’a pas le même tempérament que le lévrier ; le cheval, hypersensible, ne se soigne pas comme une vache.

À force de pratique, certains remèdes se façonnent. C’est par exemple le cas de ®Traumadesyl, une préparation homéopathique pour la douleur chez le cheval. Si les vétérinaires avaient l’habitude de donner Arnica Montana aux bovins, ils se sont rendu compte que cela ne convenait pas complètement au cheval. Ils l’ont donc combiné à d’autres principes homéopathiques, dont Hypericum perforatum, pour agir contre la douleur hypersensible de l’équidé.

Chez ce dernier, les pathologies les plus fréquemment traitées en homéopathie sont l'arthrite, le headshaking, la fourbure, la bronchopneumopathie chronique obstructive, la dermite estivale, la dermatite, la sarcoïdose et le syndrome de Cushing. (2)


« L’homéopathie fonctionne quand elle est utilisée avec intelligence : plus c’est pris tôt et plus on a de résultats. On ne devrait pas comparer cette pratique avec l’allopathie, car ce sont deux outils différents. On peut d’ailleurs très bien utiliser les deux en même temps : l’allopathie aura une action sur les bactéries quand l’homéopathie relancera l’immunité pour favoriser le processus de guérison »., décrypte le Dr Issautier.


Quelles sont les réussites de l’homéopathie observées chez l’animal ?

Si une méta-analyse de 2015 demeure pondérée dans son jugement final en raison du nombre limité d’études « constituant des preuves fiables » (3), des analyses plus récentes sont prometteuses, parfois même saluées dans la presse vétérinaire (4-5). Ces recherches citées dans les magazines professionnels datent de 2016 et s’intéressent à la mammite chez la vache. Elles tendent à démontrer que l’homéopathie serait efficace dans le traitement de cette affection, dans 56 % des cas, contre 74 % pour les antibiotiques. Dans cette étude, le taux de guérison subclinique est égal pour l’un ou l’autre des traitements.

Et cette réussite démontrée de l’homéopathie n’est pas un cas isolé. En 2012 déjà, une étude sur les volailles révélait qu’une utilisation du principe Thymuline 5 CH augmentait les défenses immunitaires des volailles, en améliorant leur taux de survie et leur productivité (6)

Enfin, une étude publiée en 2018 souligne une efficacité de l’ordre de 50 % pour ®Dia100, une préparation homéopathique utilisée lors de diarrhées chez le veau. À ces résultats s’ajoutent une diminution significative du nombre de bactéries pathogènes dans les fèces et une amélioration de l’absorption des nutriments. Le remède homéopathique apporte, en l’état, une réponse positive pour une maladie fréquente du veau, potentiellement mortelle. (7)

Des analyses basées sur des collectes de données de vétérinaires ont aussi été réalisées : des praticiens ont noté l’évolution de leurs patients (principalement des animaux de compagnie, chiens, chats, NAC, et aussi des chevaux) au fil des rendez-vous, en fonction des traitements donnés. Sur 747 animaux suivis, 79,8 % de ceux prenant un produit homéopathique ont montré une amélioration de leur état, avec des résultats particulièrement probants dans les cas d’arthrose et d’épilepsie chez les chiens ou encore de dermatite atopique, de gingivite ou d’hyperthyroïdie chez les chats (8).


Quel avenir pour l’homéopathie ?

Face à l’antibiorésistance, L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) souhaite se pencher sur l’efficacité des traitements alternatifs, en leur donnant un cadre juridique. Même si l’homéopathie n’est pas explicitement citée, c’est une bonne nouvelle pour l’avenir des thérapies dites alternatives dont elle fait partie.

En effet, cela oblige une remise en question des protocoles de recherche souvent inadaptés aux pratiques non conventionnelles. L’efficacité de ces dernières, moindre comparativement à celle des antibiotiques, suggère que « cette situation constitue un défi important pour la recherche expérimentale, qui doit adapter ses protocoles à la mise en évidence d’effets de faible intensité. » (9)

Une fois les protocoles adaptés, l’homéopathie pourrait alors être étudiée pour ce qu’elle est en mettant, peut-être, fin au débat centenaire qu’elle suscite sur son efficacité.


« Beaucoup disent ne pas croire en l’efficacité de l’homéopathie, mais ce n’est pas un problème de croyance, c’est un manque de connaissance », conclut le Dr Issautier. En science, il n’y a pas de place pour les croyances, il y en a pour les hypothèses. En ce qui concerne l’homéopathie, l’hypothèse est toujours posée, aux études à venir de l’infirmer ou de la confirmer. Et en attendant, l’homéopathie continue d’apporter son soutien à la médecine conventionnelle, avec des éléments de réussite chez l’animal, sans effets secondaires indésirables… Alors, pourquoi s’en priver ?



(1) Actuellement, tous les médicaments homéopathiques sont en annexe 2 de la réglementation européenne de LMR (limite maximale de résidus), fixée à 2CH (dilution à 10-4)
(2) Mathie, RT., Baitson, ES., Hansen, L., Elliott, MF., Hoare, J., (2010), Homeopathic prescribing for chronic conditions in equine veterinary practice in the UK, Veterinary Record 166, 234-237.
(3) Mathie RT, Clausen J., Veterinary homeopathy: meta-analysis of randomised placebo-controlled trials, Homeopathy. 2015 Jan;104(1):3-8. doi: 10.1016/j.homp.2014.11.001. Epub 2014 Dec 17.
(4) Le Guénic M. et coll. Utilisation d’alternatives aux antibiotiques par des éleveurs laitiers en Bretagne et éléments d’évaluation de leur efficacité. (5) Renc. Rech. Rumin. 2015;22:162p., Grès M. Utilisation de médecines alternatives par les éleveurs bretons de bovins laitiers et éléments d’évaluation de leur efficacité. Thèse de doctorat vétérinaire, faculté de médecine, Nantes 2014:111p.
(6) César Sato, Veranice Galha Listar, Leoni Villano Bonamin, Development of broiler chickens after treatment with thymulin 5cH: a zoo technical approach, Homeopathy, Volume 101, Issue 1, 2012, Pages 68-73, ISSN 1475-4916
(7) Bruno F. Fortuoso, Andreia Volpato, Luana Rampazzo, Patrícia Glombowsky, Luiz Gustavo Griss, Gabriela M. Galli, Lenita M. Stefani, Matheus D. Baldissera, Emanuel B. Ferreira, Gustavo Machado, Aleksandro S. da Silva, Homeopathic treatment as an alternative prophylactic to minimize bacterial infection and prevent neonatal diarrhea in calves, Microbial Pathogenesis, Volume 114, 2018, Pages 95-98, ISSN 0882-4010
(8) R.T. Mathie, L. Hansen, M.F. Elliott, J. Hoare, Outcomes from homeopathic prescribing in veterinary practice: a prospective, research-targeted, pilot study, Homeopathy, Volume 96, Issue 1, 2007, Pages 27-34, ISSN 1475-4916.
(9) La Semaine Vétérinaire n°1762

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