Mort de l'animal de la famille : comment accompagner le deuil des enfants ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 28/05/2018 à 15h21

L’animal fait partie de la famille, mais il vit souvent moins longtemps que les autres membres qui la composent. Chaque personne vit son deuil à sa façon. Mais comment les enfants vivent-ils la mort de leur compagnon ? Comment les accompagner dans leur deuil ? Réponses.

Image title© Soigner Son Animal DR.


« Je voulais que Vénus reste avec nous toute la vie, parce que moi je l’aime à Vénus ». C’est en entendant un enfant parler de la perte de son chien que l’on se rend compte que l’accompagnement du deuil d’un enfant ne peut être géré comme celui d’un adulte.


La vision de la mort diffère selon l’âge des enfants

Quel que soit l’âge de l’enfant, les réactions de son entourage l’aident à comprendre qu’il s’agit de quelque chose de grave sans forcément arriver à cerner pourquoi.

En dessous de 5 ans, la vie et la mort sont deux états similaires, et comme dans un jeu, celui qui meurt peut se réveiller. À partir de 5 ans, la vie et la mort sont bien dissociées, mais la dimension irréversible de la mort n’est toujours pas comprise. C’est à partir de 10 ans environ que l’enfant a conscience de la perte permanente.

Pour l’adolescent, enfin, la mort de l’animal de compagnie peut être une véritable déchirure : l’animal a peut-être grandi avec lui et c’est un allié qui ne juge jamais.

Attention, ce n’est pas parce que l’enfant ne pleure pas qu’il n’éprouve pas de chagrin. Il vit sa peine différemment, ne le dénigrez pas. La tristesse peut aussi se manifester sous forme de crises de colère, d’agressivité, de changement d'humeur ou de désobéissance et mettre plusieurs jours à se manifester. 

De même, si la mort du poisson rouge passe inaperçue pour le cercle familial, ce n’est pas forcément de cas de l’enfant, qui aura besoin d'un soutien. Les parents doivent donc rester vigilants et à l’écoute.


Quelles réactions l’adulte doit-il adopter face à l’enfant ?

Même si c’est un passage difficile, il est très important de ne rien cacher. Le mensonge est à éviter à tout prix. Cette épreuve l’aide à se construire, aussi dure soit-elle. Il est donc nécessaire de parler de la mort de l’animal et de l’aider à s’exprimer sur le sujet s’il le souhaite. Parler de la mort, c’est écouter et c’est aussi choisir les bons mots.
Chez les jeunes enfants, ne dites pas « il s’est endormi pour toujours », mais bien « il est mort ». Il est indispensable que le parent aborde la mort en la séparant bien d’un état de sommeil, au risque de créer des angoisses au moment de l’endormissement.

Ne vous limitez pas non plus à « il est mort parce qu’il était malade », car les enfants sont souvent malades et nos bambins ne comprennent pas forcément que la maladie qui a emporté leur compagnon n’est pas celle qui les cloue au lit avec 39 de fièvre. Préférez « il avait une maladie très grave que les médicaments ne pouvaient pas soigner ».

Enfin, plus la question du décès est ouverte, plus l’enfant trouvera ses réponses et pourra gérer ses angoisses. 

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Quelles astuces pour accompagner le deuil ?

Pour concrétiser la douleur et aider l’enfant dans son processus de deuil, il ne faut pas hésiter à mettre en place des rituels funéraires. Si cela est possible (petits animaux), vous pouvez enterrer le corps en présence de votre enfant, ou si cela n’est pas faisable, faire de même avec un objet ayant appartenu à l’animal, ou ses cendres.

D’autres variantes sont également envisageables, comme demander à l’enfant de faire un dessin représentant l’animal ou leur relation, planter une fleur pour lui rendre hommage, faire une petite tombe que l’enfant pourra décorer et sur laquelle il pourra se rendre par la suite, etc.


Je fabrique des ailes...pour aller voir Vénus dans le ciel »

Il arrive, selon les familles, que l’on dise qu’après sa mort l’animal est « monté au ciel ». Il est important de ne pas éluder la mort en amont dans cette explication et de conserver un raisonnement clair sur ce qu’il est arrivé à son compagnon.

Autre anecdote : une assistante maternelle en école avait précisé à un enfant attristé « regarde dans le ciel et trouve l’étoile la plus brillante, c’est ton ami qui est là-haut ».

Il s’agit quoi qu’il arrive de maintenir dans le concret un élément qui ne fait plus partie du visible.


Par ailleurs, laissez le temps à l’enfant de cicatriser. Ne prenez pas un nouvel animal tout de suite : il ne doit pas être là pour remplacer le précédent, il ne sera jamais le précédent et votre enfant saura faire la différence.


Le deuil est un moment douloureux pour toute la famille, enfants comme adultes. Dès lors que l'on adopte, que l’on aime, l'épreuve est inévitable. Cet article rend hommage à Vénus, qui nous a quittés le 22 mai 2018 à l’âge de 15 ans et à tous ceux qui, comme elle, ont laissé un vide dans le cœur des membres de leur famille en les laissant derrière eux.


Sources : 


- GAGNON A.C. et SALOMON A. (2001) La mort des animaux familiers : résultats d’une enquête menée auprès de 473 vétérinaires et 115 propriétaires. PMCAC, 36, 695-705.

- Thèse vétérinaire du Dr Laure Le Bail, École vétérinaire de Maisons-Alfort, 2003. 

- "Sacha et Gribouille", Hors-série de La Semaine Vétérinaire n°1655 - 18 décembre 2015.

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