SME, Cushing du cheval, fourbure… Et si on avait trouvé l'origine du problème ?

Par Virginie Sowinski, le mardi 08/05/2018 à 22h27

Le syndrome métabolique équin, le syndrome de Cushing, la fourbure : ces pathologies font de plus en plus parler d’elles. Très certainement multifactorielles, elles seraient en partie liées à une alimentation trop riche. Des études ont révélé un changement du métabolisme des chevaux en fonction des saisons et de l’âge, ce qui pourrait expliquer certaines sensibilités. Explications.

Syndrome de Cushing, SME, fourbure...une explication

Pour survivre à l’hiver, le cheval a mis en place une stratégie basée sur l’économie d’énergie et sur l’optimisation des ressources en temps de restriction.

Ainsi, on observe naturellement une augmentation du taux d’insuline (1), qui permet l’absorption et la bonne assimilation des glucides. Certaines études font également état d’une augmentation de la production de cortisol (2) (hyperglycémiant). On peut supposer qu’il s’agit là d’un moyen de tirer un maximum d’énergie d’une alimentation normalement moins riche pendant la saison froide.

D'autres paramètres changent également, les besoins énergétiques étant modulés de manière à correspondre à un apport énergétique diminué (3) : le cheval limite son activité, sa dépense d’énergie (d'environ 26 % (4)), son rythme cardiaque et également sa température (en moyenne de 0,7°), notamment la nuit (5).


Pourquoi ne faut-il pas suralimenter les chevaux en hiver ?

En hiver, les chevaux perdent naturellement du poids (4), mais il est humain de s’en inquiéter et de vouloir maintenir l’état du cheval en augmentant l’alimentation. Or, alors que la production de cortisol et d’insuline semble plus élevée en période hivernale, une suralimentation pourrait provoquer un excès de glucose dans l’organisme. Comme une réaction en chaîne, cela pourrait alors entraîner une insulinorésistance et un risque plus élevé à long terme d’hyperglycémie chronique, à savoir le Syndrome Métabolique Équin, équivalent du diabète de type 2 que l’on rencontre chez l’humain.

Chez les chevaux plus âgés, la résistance à l’insuline couplée à une augmentation des taux d’ACTH en hiver (6) pourrait également participer sur le long terme au développement d’un dysfonctionnement de la pars intermedia de la glande pituitaire, communément appelé Syndrome de Cushing. Il est intéressant de préciser que les taux d’ACTH augmenteraient à mesure que la luminosité diminue, à partir du solstice d’été (7).

La fourbure est aussi concernée et une alimentation riche en hiver pourrait expliquer la sensibilité des pieds de certains chevaux en fin de saison, avant même une mise à l’herbe printanière.


Selon une étude, la perte de poids moyenne d’un équidé en hiver et en condition semi-naturelle est estimée à 18,3 % de sa masse globale, à 6,2 points près en fonction des individus (4). Il serait donc plus judicieux de faire appel à un vétérinaire avant l’hiver afin de faire un bilan de santé personnalisé de l’animal et d’évaluer son IMC (Indice de masse corporelle), pour savoir si la perte de poids envisagée est acceptable ou si un plan d’alimentation spécifique est nécessaire.


Sources et références :

(1) Beythien E, Wulf M, Ille N, Aurich J, Aurich C., Effects of sex, pregnancy and season on insulin secretion and carbohydrate metabolism in horses., Anim Reprod Sci. 2017 Sep;184:86-93. doi: 10.1016/j.anireprosci.2017.07.002. Epub 2017 Jul 6.

(2) Aurich J , Wulf M , Ille N, Erber R , von Lewinski M, Palme R, Aurich C., Effects of season, age, sex, and housing on salivary cortisol concentrations in horses., Domest Anim Endocrinol. 2015 Jul;52:11-6. doi: 10.1016/j.domaniend.2015.01.003. Epub 2015 Jan 21.

(3) Kienzle, E., Coenen, M. and Zeyner, A. (2010). Maintenance metabolisable energy requirements in horses. Übersicht Tierernährung 38, 33-54

(4) Lea Brinkmann, Martina Gerken, Catherine Hambly, John R. Speakman, Alexander Riek, Saving energy during hard times: energetic adaptations of Shetland pony mares, Journal of Experimental Biology 2014 217: 4320-4327; doi: 10.1242/jeb.111815

(5) l Brinkmann, L., Gerken, M. and Riek, A., (2012). Adaptation strategies to seasonal changes in environmental conditions of a domesticated horse breed, the Shetland pony (Equus ferus caballus). J. Exp. Biol. 215, 1061-1068.

(6) Schreiber CM, Stewart AJ, Kwessi E, Behrend EN, Wright JC, Kemppainen RJ, Busch KA., Seasonal variation in results of diagnostic tests for pituitary pars intermedia dysfunction in older, clinically normal geldings., J Am Vet Med Assoc. 2012 Jul 15;241(2):241-8. doi: 10.2460/javma.241.2.241)

(7)  Beech J, Boston RC, McFarlane D, Lindborg S., Evaluation of plasma ACTH, alpha-melanocyte-stimulating hormone, and insulin concentrations during various photoperiods in clinically normal horses and ponies and those with pituitary pars intermedia dysfunction., J Am Vet Med Assoc. 2009 Sep 15;235(6):715-22. doi: 10.2460/javma.235.6.715.

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