Il fait une crise de coliques…Et si c'était autre chose ?

Par Virginie Sowinski, le lundi 09/04/2018 à 13h58

La crise de coliques est une menace qui plane au-dessus de tout propriétaire d’équidé, car c’est une maladie fréquente, mortelle et pour laquelle il faut agir très rapidement. Saviez-vous cependant que d’autres maladies peuvent avoir les mêmes symptômes qu’une crise de coliques ? Gardez-les en tête pour un éventuel diagnostic différentiel.

Des maladies qui ressemblent à une crise de coliques

Votre cheval est agité, il regarde ses flancs avec les oreilles en arrière, il se roule, transpire, reste couché, ne mange plus… L’alerte est donnée, ces symptômes sont bien connus.  

Dans la majorité des cas, de tels signes cliniques sont effectivement liés à un cheval en coliques. Mais parfois, c’est autre chose. Et ne pas considérer cette hypothèse peut être lourd de conséquences.

Alors, si ce n’est pas une crise de coliques, de quoi peut bien souffrir votre cheval ?

La crise de coliques est une affection digestive occasionnant de vives douleurs abdominales. Les signes observables sont d’ailleurs associés à cette douleur et toute autre maladie qui provoquerait une souffrance intense pourrait donner l’impression qu’il s’agit d’une crise de coliques.


Affections rénales ou urinaires

Si la crise n’est pas liée à une affection digestive, il se peut qu’elle soit due à un trouble urinaire ou rénal :

  • - Des calculs urinaires ou rénaux peuvent être à l’origine d’une douleur intense. L’animal se regarde les flancs, s’étire, essaye d’uriner fréquemment, arrête de s’alimenter.
  • - La rupture de vessie chez le poulain ;
  • - Une tumeur de l’urètre ;
  • - Une insuffisance rénale chronique. Le cheval peut également avoir un œdème, c’est-à-dire qu’on peut constater comme un gonflement sous le ventre.
  • - Une tumeur surrénale causant des saignements autour du rein.

Votre cheval boit-il plus que d’ordinaire ? Urine-t-il plus ? Avait-il déjà commencé à perdre du poids avant la crise ? Y a-t-il du sang dans les urines ?

Ces informations peuvent aider le vétérinaire à envisager ou non cette piste et à l’approfondir à l’aide d’analyses ou de palpation de la vessie.


Affections hépatiques

Des maladies affectant le foie peuvent aussi être à l’origine de signes de douleur s’apparentant à une crise de coliques :

  • - Encéphalopathie hépatique (aggravation d’une cirrhose du foie) ;
  • - Calculs biliaires ;
  • - Plus rarement une torsion d’un lobe hépatique.

Il est plus difficile d’envisager la piste du foie sans analyses et échographies. On peut toutefois s’interroger si on note une couleur jaune du blanc de l’œil (jaunisse) ou si le cheval est particulièrement apathique, somnolent, ou appuie sa tête contre un mur ou dans un angle.


Affections musculaires ou osseuses

  • - La rhabdomyolyse est une maladie lors de laquelle les cellules musculaires se détruisent rapidement, libérant une toxine dans l’organisme, la myoglobine. Cette dernière peut alors entraîner une insuffisance rénale.
  • - La myosite, qui est une inflammation des tissus musculaires qui survient lorsque le cheval est immobilisé après une sollicitation musculaire brutale, ou parfois après injection d’un anti-inflammatoire à base de flunixine méglumine.
  • - Paralysie périodique hyperkaliémique, maladie génétique héréditaire ;
  • - Fracture pelvienne.


Affections respiratoires

Les maladies respiratoires le plus souvent confondues avec une crise de coliques sont les maladies pleurales, c’est-à-dire relatives à la plèvre, cette membrane recouvrant les poumons :

  • - Une pleuropneumonie
  • - Fracture de la cage thoracique (souvent chez le poulain)

Un cheval atteint de ces affections se tiendra debout avec les coudes écartés du corps. Une position qui doit alerter. Il évitera également de tourner court, chose difficile s’il est maintenu en box.

Une tumeur pulmonaire ou encore une hernie peuvent aussi déclencher des signes évocateurs d’une crise de coliques.


Affections neurologiques

Le tétanos, la maladie du neurone moteur, la rage, sont des maladies neurologiques affectant le comportement du cheval, qui est plus faible, ne s’alimente plus ou peu, se couche, transpire, perd en motricité (parésie, ataxie).
Le botulisme est la maladie ressemblant le plus à une crise de coliques. La seule façon de la différencier est d’observer le rythme cardiaque, élevé, qui chute brusquement lorsque le cheval se couche. Par ailleurs, d’ordinaire, le cheval ne se roule pas.

Essayez de faire relever votre cheval couché. S’il n’y arrive pas, alors l’hypothèse d’une affection neurologique est à favoriser.


Affections de l’appareil reproducteur

Chez les étalons, on peut confondre une crise de coliques avec une torsion des testicules, une hernie inguinale. Chez la jument, une simple ovulation peut être mise en cause, mais aussi une métrorragie, une torsion de l’utérus ou encore une tumeur utérine.

Palpation et échographie sont les moyens les plus efficaces de vérifier ces possibilités.


Cette liste n’est pas exhaustive. Certains médicaments, par exemple, peuvent également entraîner des réactions indésirables chez un cheval sensible. Toutefois, l’important est de comprendre que tout appel pour une crise de coliques n’est pas nécessairement lié à un trouble intestinal. Votre cheval souffre peut-être d’une autre maladie et l’hypothèse doit pouvoir se poser dans l’urgence, sans être éludée, pour favoriser les chances de survie de l’animal.



Source : The Horse, your guide to equine health care.

Ces articles pourraient également vous intéresser