Doit-on choisir parage ou ferrage pour son cheval ?

Par Virginie Sowinski, le jeudi 18/06/2015 à 08h11

« Pas de pied, pas de cheval ». C’est autour de ce dogme que naissent les grandes interrogations chez bon nombre de passionnés de chevaux, propriétaires et cavaliers. Parmi elles, une question fondamentale revient souvent : faut-il ou non ferrer son cheval ? Jean-Sébastien Marrocq, maréchal-ferrant et pareur pieds nus dans le Var, nous répond.

Parage ou ferrage ? © Domaine public


Parage ou ferrage, qu’en pensez-vous ?

JS. Marrocq : Parage ou ferrage, le choix dépend surtout de l’état d’esprit du propriétaire et des conditions dans lesquelles vit le cheval. Dans de nombreux cas, la ferrure apparaît comme un confort pour le cavalier et ses pratiques. Mais, l’avantage qu’a la ferrure de protéger le pied peut aussi devenir sa principale dérive. Le cheval est protégé, mais il perd en sensibilité. En balade, par exemple, le cheval ferré ressent moins le sol et est moins sûr que le cheval pieds nus.

Lors d’un effort physique, comme le saut, il va pouvoir aller au-delà de ses moyens, car il n’a plus la même écoute de son corps. C’est à ce moment-là qu’il peut se blesser. Le cheval pieds nus, lui, ne saute 1m10 que s’il a les capacités physiques pour le faire. S’il sent qu’il atteint ses limites (ligamentaires, musculaires, tendineuses, etc.), il ne le fait pas.

Enfin, les déséquilibres alimentaires ou ostéopathiques ont un impact plus visible sur les structures d’un pied sans fer. L’erreur est souvent de mettre le pied-nu en cause et de ferrer au lieu de traiter le problème à la source.



Quand conseille-t-on de ferrer ?

JS. Marrocq : On ne conseille pas de ferrer, on ferre par obligation. Le pied nu s’adapte au milieu dans lequel il évolue. Si le cheval est au pré, il va se déplacer et le pied va se renforcer. Un cheval au box, ou sur une petite parcelle, ne sollicite pas suffisamment les structures du pied. Lorsqu’il sort, il est forcément plus sensible et a mal. Pire encore si le cheval est laissé pieds nus dans un box mal entretenu : avec l’ammoniac de l’urine, la fourchette pourrit, la sole se ramollit, la paroi perd en qualité. Dans ces conditions, la ferrure s’impose.

Par contre, il n’y a pas de terrain ou de pratique qui nécessite une ferrure : tout est possible pieds-nus, à partir du moment où on laisse le temps au cheval pour s’adapter. Dans le Var, par exemple, les sols sont volcaniques, très abrasifs. Les chevaux au pré mis pieds nus réagissent souvent fort et sont très sensibles. Cependant, après deux semaines, les structures du pied se refont progressivement et le cheval réapprend à se déplacer naturellement. Il ne montre plus ni gêne ni douleur.


Parage pieds-nus. © Soigner-son-animal© Soigner son animal


Le parage serait-il donc à favoriser ?

JS. Marrocq : Tout d’abord, il est important de faire la différence entre parage et parage physiologique. Seul le second est approprié pour laisser le cheval pieds nus. La paroi est dégagée avec un chanfrein à 45 ° en périphérie, la sole est travaillée en concavité selon l’état du pied (sans que cela ne soit invasif), les barres sont taillées dans la continuité de la sole et les talons sont râpés en général 1 à 2 mm au-dessus du point le plus large du corps de la fourchette. Ces éléments sont vagues et il y a bien d’autres paramètres à prendre en compte pour équilibrer le pied nu, mais ça montre bien la complexité du mécanisme.

Ce n’est donc pas le parage, mais bien le parage physiologique qui serait à favoriser, si le cheval vit dans des conditions qui le permettent et si le propriétaire est prêt à faire certaines concessions. Le cheval ne partira pas en concours ou en balade de 4 heures juste après avoir été déferré. Si les chevaux sont poussés malgré leur sensibilité, les structures du pied n’ont pas le temps de se refaire et peuvent être endommagées. Certains mettent quelques jours, quelques semaines, voire des mois avant de pouvoir être montés comme avant. Beaucoup de propriétaires n’ont pas la patience d’attendre autant. C’est un état d’esprit, une prise de conscience. Nous, maréchaux et pareurs, nous ne sommes que des intervenants et si le propriétaire n’est pas prêt, nous ne pouvons pas faire grand-chose.


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