Combien coûte vraiment un cheval « à donner » ? Partie 2 (Chez soi)

Par Virginie Sowinski, le jeudi 22/02/2018 à 21h14

En parcourant des sites d’annonces, on peut parfois lire « Donne cheval ». Quelle aubaine de pouvoir réaliser un rêve d’enfant gratuitement ! C’est ce que certains pensent. Ils se trompent. Un cheval coûte cher, même s’il est offert. Après nous avoir éclairés sur le coût d’un cheval en pension, Juliette Guy, propriétaire de chevaux et gérante d’une pension équestre dans le Var, nous apporte des précisions sur les dépenses occasionnées pour un cheval gardé à domicile.

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Les personnes qui ont du terrain pensent souvent pouvoir limiter les frais lors de l’adoption d’un cheval. Pourtant, si on ne verse pas de pension à un tiers pour la garde de l’animal, d’autres achats font grimper la note.

Si on a le terrain…Mais rien d’autre

Tout d’abord, et même si cela paraît logique pour certains, il convient de préciser qu’un jardin avec de l’herbe ne suffit pas à l’accueil d’un cheval. On part du postulat qu’il faut 1 hectare, même si on peut agencer efficacement de plus petites parcelles tout en respectant les besoins des chevaux. Nous précisons « des » chevaux, car il s’agit d’un animal grégaire qui a besoin de vivre avec au moins un congénère pour son bien-être.

S’il n’y a pas d’installation sur place, l’investissement de départ risque d’être conséquent. Pour éviter que le cheval ne divague, des clôtures doivent être installées : 2 hauteurs de fils (3 parfois pour certains équidés fugueurs), à 60 euros la bobine de 250 m (ruban de qualité), tenus par des piquets, à 5 euros l’unité. Par exemple, pour 5000 m2, il faudrait 3 rouleaux de ruban, soit 180 euros, et 70 piquets placés tous les 4 mètres, pour 350 euros. Pour que les rubans tiennent sur les poteaux, il faut prévoir deux isolateurs sur chaque piquet, pour un coût de 2 euros l’unité. On aurait donc 140 isolateurs, pour 280 euros. L'électrificateur vaut environ 140 euros (variations selon la marque et la puissance. À ce prix-là, vous couvrez une surface jusqu'à 1 ha), et la dépense électrique à l'année aux alentours de 15 euros.

Le simple fait d’avoir délimité un espace de vie décent pour le cheval aura donc coûté approximativement 965 euros.

À cela s’ajoute le coût d’un abri, 1000 euros si on le prend en préfabriqué à monter soi-même, et 300 euros pour créer la dalle pour le stabiliser (sinon, l’hiver, vous serez dans la boue). Une démarche qui doit faire l’objet d’une demande en mairie.


Quand on a un cheval chez soi, il vaut mieux être bricoleur et bien entouré. Il faut aussi comprendre que c’est une implication de tous les jours : on doit s’en occuper par tous les temps, que l’on soit malade ou non, qu’il pleuve ou qu’il neige. Pour bon nombre de personnes, cela signifie aussi la fin des vacances, car en cas d’absence, il est difficile de demander à un tiers de venir s’en occuper. » avertit Juliette, trop consciente de l’investissement humain que cela demande.


Pour abreuver le cheval, le moins cher et le plus contraignant serait de disposer d’une grosse bassine, poubelle, bac, etc. Cette solution est économique, mais il faut surveiller constamment le niveau, nettoyer régulièrement les algues et renouveler l’eau tous les jours, voire plusieurs fois par jour par temps chaud.

Le moins contraignant au quotidien est d’installer un abreuvoir automatique. Cela coûte 70 euros, mais il faut aussi penser à la tuyauterie (60 euros pour 25 mètres de tuyaux) et aux travaux pour l’installer. C’est plus lourd en achat de matières premières et en installation, mais dès que le cheval boit et que le niveau descend, l’abreuvoir se remplit automatiquement. Dans les régions plus froides, il faut penser à bien enterrer les tuyaux : trop en surface, ils pourraient geler l’hiver, empêchant votre équidé de boire à sa soif.

En ce qui concerne l’approvisionnement en eau, il faut compter 200 euros par an et par cheval, pour 50 litres d’eau de ville par jour. Si vous possédez un puits, un forage, veillez bien à ce qu’il puisse fournir entre 50 et 100 litres par jour. Comme nous l’avions déjà évoqué dans l’article mentionnant les frais d’un animal en pension, la nourriture peut coûter 150 euros par mois en foin et 50 euros de plus en moyenne si vous supplémentez votre cheval (s’il est âgé ou s’il est monté et dépense plus d’énergie). Vous pouvez mettre directement le foin dans le pré, cependant, le cheval en gaspillera quand il le piétinera (perte d'argent) et le foin peut perdre ses qualité nutritives, voire développer des moisissures et mycotoxines s'il est laissé en contact avec la boue et sous la pluie. Le plus judicieux, c'est soit de distribuer le foin sous l'abri de l'animal, soit d'inventer un système si vous êtes bricoleur, soit d'investir (encore) dans un râtelier (entre 500 euros et 1000 euros). Le filet à foin est vivement conseillé car il permet de respecter les besoins physiologiques de l'animal : le cheval peut passer les 70 % de son temps à manger comme il le ferait dans la nature et le filet régule la quantité en obligeant le cheval à chercher la brindille, également comme il le ferait dans la nature. Pour un filet de haute qualité, qui survivra aux coups de dents, il vous en coûtera 180 euros

Plus vous achèterez le foin en quantité et moins il vous reviendra cher, il faut cependant avoir un espace couvert pour le stocker et éviter qu’il ne moisisse. Que ce soit un abri préfabriqué comme pour les chevaux ou un tunnel agricole, il faut compter 1000 euros au minimum et veiller à ce qu’il soit installé dans un endroit accessible pour les camions (pour décharger le foin). Si vous voulez une barre d’attache pour sortir votre cheval et l’attacher, il vous en coûtera environ 200 euros juste pour l’achat du bois…et 20 euros pour le licol et la longe.

Chaque accessoire supplémentaire pèsera sur votre budget, chaque accessoire en moins pèsera sur votre temps et votre confort.

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Un investissement humain considérable

Un cheval chez soi coûte peut-être moins cher qu’un cheval en pension, puisqu’une fois l’installation financée, certains frais ne réapparaissent pas. Toutefois, l’investissement humain que cela nécessite compense largement le gain financier. Ainsi, sauf si vous possédez de nombreux hectares, il faudra penser à ramasser le crottin de votre cheval. Généreux, il en produit aux alentours de 15 par jour. Des excréments dont le stockage est interdit et qu’il faut donc évacuer. Si cela paraît anodin, l’odeur et les mouches que le crottin attire peuvent être une nuisance pour le voisinage et peuvent poser un problème d’hygiène. En résultent des conflits qui se résolvent parfois devant les tribunaux. Ce travail de ramassage prend du temps et beaucoup d’énergie. On peut le faire manuellement (compter 100 euros pour un kit pelle et brouette) ou se faciliter la vie avec un tracteur, mais là encore cela a un coût : 3000 euros environ pour un petit, plus de 10.000 euros pour un gros (les prix varient en fonction des marques, tailles, occasions).


La santé, un budget à ne pas oublier

Un cheval va demander beaucoup de soins, réguliers ou ponctuels :

- Pour les soins des pieds, un maréchal-ferrant devra être contacté tous les mois et demi dans le cas d’un cheval ferré (environ 60 euros pour une ferrure 2 pieds et 90 euros pour les quatre pieds), et tous les deux ou trois mois pour un cheval paré (entre 40 et 50 euros la prestation environ).

- Un cheval doit également voir le technicien dentaire et l’ostéopathe au moins une fois par an (plus en fonction des besoins). Cela coûte environ 100 euros par intervenant.

- Le cheval doit voir régulièrement le vétérinaire, pour les vermifuges (20 euros, environ trois fois par an) et pour les vaccins (90 euros par an). Ces frais correspondent à un cheval en bonne santé. Mais, un cheval tombe malade et les frais qui en résultent sont conséquents : le moindre déplacement du vétérinaire peut se chiffrer en centaine(s) d’euros, voire milliers d’euros si une chirurgie devait être envisagée (comme dans le cas de fracture ou de coliques, fréquentes chez les équidés).

- Lors de la perte de son animal, il faut contacter la société d’équarrissage ou d’incinération. Là encore, si le prix varie selon les régions et le poids du cheval, il faudra débourser plusieurs centaines d’euros.

Dans le cas d’un cheval donné, le budget santé est à considérer soigneusement. Pourquoi la personne cède-t-elle son animal ? Est-il blessé ? Malade ? Âgé ? A-t-il des problèmes de comportement ? Chacune de ces situations peut engendrer des frais de santé imprévus et importants.


Quand on a le terrain et que l’on veut s’occuper d’un cheval, il faut compter environ 4340 euros (sans le tracteur, sans le râtelier et sans le filet à foin) pour une installation de base, 2000 euros par an d’eau et de nourriture, 750 euros de soins (sans les imprévus). Au bout de la première année, votre cheval vous aura coûté, au bas mot, 7160 euros. Installer un cheval chez soi est une énorme responsabilité qui doit être prise en conscience. Il faut vraiment agir en sachant qu’un cheval coûte de l’argent, du temps, de l’énergie. Qu’il soit acheté ou donné, chez soi ou en pension, un cheval exigera toujours un don de soi.



N.B : les prix peuvent varier d'une région à l'autre, d'une occasion à l'autre. Un bricoleur pourra faire baisser les prix en trouvant de bonnes occasions et en faisant beaucoup de choses par lui-même. Là encore, ce que vous ne mettez pas en argent, vous le mettez en investissement personnel. Il est certain par ailleurs qu'il est moins onéreux d'avoir un cheval en Ardèche que dans le Var... Mais cela aura toujours un coût conséquent. 


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