Combien coûte vraiment un cheval « à donner » ? Partie 1 (En pension)

Par Virginie Sowinski, le lundi 22/01/2018 à 07h27

En parcourant des sites d’annonces, on peut parfois lire « Donne cheval ». Quelle aubaine de pouvoir réaliser un rêve d’enfant gratuitement ! C’est ce que certains pensent. Ils se trompent. Un cheval coûte cher, même s’il est offert. Juliette Guy, propriétaire de chevaux et gérante d’une pension de propriétaires dans le Var, nous apporte quelques précisions, dans le cas d’un cheval mis en pension.

Combien coûte un cheval en pension ?

Cheval à donner, des vices cachés ?

Les acquéreurs sur le point d’acheter un cheval font souvent passer le vétérinaire, pour ce que l’on appelle la visite d’achat. Cette visite n’est pas forcément demandée par ceux qui récupèrent un animal gratuitement. Or, est-il malade? Souffre-t-il d’une ancienne blessure qui nécessiterait des soins ? Un repos prolongé ? Si la personne qui cède l’équidé ne dit pas tout, il sera difficile de demander un recours.

Il faut aussi s’interroger sur le passé de l’animal : a-t-il vécu des expériences traumatisantes qui ont eu un impact sur son comportement, ses réactions ?

Si faire un sauvetage est un très beau geste, il doit être fait en conscience et dans de bonnes conditions, au risque de faire face à des situations dangereuses pour l’humain comme pour le cheval. Soins vétérinaires, éducation, etc. l’adoption d’un cheval « à donner » peut parfois cacher certains frais. 

De plus, acquérir un cheval, c'est signer un engagement de longue durée. Un équidé ne s'arrête pas de vivre une fois qu'il n'est plus monté. Il vieillit, développe les maladies de son âge, les besoins propres à son âge, jusqu'à parfois plus de 30 ans. 


« Je reprendrais Saint-Exupéry en disant que l’on est responsable de ce que l’on apprivoise », confie Juliette Guy, gérante de la pension des Écuries du Soleil. 


Le coût d’un cheval en pension

Lorsque l’on n’a pas suffisamment de place chez soi, on est contraint de mettre l’équidé chez un tiers. La garde, dans une pension de propriétaires ou dans une structure équestre, paraît être le choix le plus judicieux. Mais combien cela coûte-t-il ?


Le premier poste de dépense est celui de l’hébergement. On compte pour une pension entre 200 et 500 euros par mois en moyenne. Les prix varient selon les prestations et les régions et il arrive de trouver des pensions moins chères dans les zones reculées, ou bien plus chères dans les zones prisées. Si ces tarifs paraissent élevés, ils amortissent les nombreux frais de fonctionnement, de charges et d’assurances que doivent les gérants.

Parfois, pour ce prix, la nourriture est comprise, parfois non (attention, il est important de demander ce que l’on entend par nourriture comprise…Le foin à volonté est conseillé). La supplémentation (granulés, compléments avec ou sans céréales) pour les chevaux qui ont une activité physique régulière est quasiment toujours en plus. Ainsi, pour un cheval mangeant entre 10 et 15 kg de foin par jour, on peut ajouter une dépense de 100 à 150 euros de foin par mois. Là encore, le prix du foin varie selon les régions, moins cher dans les alpages, plus cher dans les régions arides comme sur la côte méditerranéenne.

Pour les compléments, les prix varient du simple au double, et la supplémentation dépend de l’activité. On peut envisager 2 litres par jour pour un cheval à l’activité occasionnelle, et jusqu’à 4 litres pour un grand cheval à l’activité intense. Un sac de 20 kg (soit 40 litres environ) peut coûter entre 15 et 30 euros selon le contenu. Si on fait une moyenne entre les prix et les quantités, on peut estimer le coût mensuel approximatif à 50 euros.


Un cheval, c’est également des soins. Si l’animal est paré, il faut compter 40 euros tous les 2 à 3 mois. Un cheval pieds nus revient moins cher en frais de maréchalerie, mais il nécessite une plus grande écoute de la part de ses propriétaires (adaptation, sensibilité, alimentation, etc.). Un cheval ferré coûtera de son côté entre 60 et 90 euros tous les 1 mois et demi.
Il faut également penser au dentiste et à l’ostéopathe, à faire passer au moins une fois par an et qui coûtent respectivement entre 80 et 100 euros par séance. Un cheval monté régulièrement nécessitera sûrement plus de soins ostéopathiques qu’un cheval à l’activité modérée.


Il existe aussi des frais vétérinaires fixes comme les vermifuges à raison de 20 euros, trois fois par an, ou les vaccins, à 80 euros par an environ.


Il faut être conscient que ces frais s’entendent pour un animal qui est en parfaite santé. Le moindre déplacement du vétérinaire pour une colique (pathologie mortelle, mais fréquente) peut dépasser les 200 euros. Un cheval qui tombe malade et pour lequel il faut prévoir des analyses, des examens complémentaires, des soins, peut vite faire grimper la note à plusieurs centaines d’euros, voire milliers d’euros.

Si ce n’est pas joyeux, il faut aussi savoir qu’un équidé mort doit être pris en charge par des services compétents (incinération ou équarrissage). Le montant est variable, mais il faut compter entre 100 et 1000 euros selon la prestation, la taille du cheval et la région.


Le professionnel est là pour conseiller le propriétaire, lui évitant ainsi certaines erreurs. Mais, quoi qu'il advienne, ce dernier reste responsable de son animal », résume Juliette Guy.


Cheval au pair, demi-pension… Peut-on faire baisser les frais ?

Il est possible de limiter un peu les frais en mettant son cheval au pair ou en demi-pension. Au pair, l’animal est laissé dans un club qui assure les frais d’hébergement, de nourriture et d’entretien, en échange d’une utilisation pour le centre équestre. Ce dernier peut alors en jouir comme bon lui semble, dans les limites des capacités de l’animal.

En demi-pension, le contrat est passé avec un autre cavalier. Les frais d'entretien du cheval sont partagés.

Dans chacun des cas, les gros frais vétérinaires sont à la charge seule du propriétaire, sauf si l’autre personne liée au contrat est responsable des blessures. Encore faut-il pouvoir le prouver.

Si ce procédé semble être un bon compromis, nous ne le recommandons pas : difficile de savoir en quelle mesure l’animal est exploité, si ses limites sont bien respectées. Ce type de contrat donne souvent lieu à des litiges entre les parties.


Il est difficile de calculer avec exactitude ce que peut coûter un cheval, même si on n’a pas eu à payer son achat. Au bas mot, et si tous les soins lui sont apportés, un cheval peut coûter environ 5000 euros par an lorsqu'il est mis en pension, s’il n’a pas de problème de santé. Pour tous ceux qui sont sur le point de céder à la tentation, Juliette n’a qu’une mise en garde : « Attention, êtes-vous vraiment prêts ? »


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