Focus sur la stérilisation précoce des chiots et chatons : avantages et inconvénients

Par Virginie Sowinski, le lundi 15/01/2018 à 22h22

En Europe, la majorité des vétérinaires pratiquent la stérilisation des chiens et des chats aux alentours de 6 mois, alors qu’aux États-Unis, la stérilisation précoce pratiquée entre 6 et 14 semaines est plus largement répandue. Devons-nous avoir peur de stériliser précocement nos animaux ? Quels sont les avantages et inconvénients ? Réponses en une thèse (1).

Avantages et inconvénients de la stérilisation précoce

Stérilisation précoce, risques et avantages de l’opération

Les vétérinaires européens semblent encore réticents à stériliser les carnivores domestiques avant leurs 4 mois, sûrement par un manque d’information. Pourtant, les animaux très jeunes semblent avoir une meilleure gestion de la douleur que l’animal adulte et cicatriseraient mieux. C’est le constat d’une étude menée en 2014, qui compare la stérilisation précoce chez des chatons femelles à une intervention chirurgicale chez des individus adultes. Les interventions seraient aussi plus courtes d’en moyenne 10 %, certainement parce que chez les individus très jeunes, les ovaires sont bien apparents et il y a peu de graisse qui gêne l’intervention. L’opération en devient plus facile (2).

Pour la chirurgie chez le mâle, il faut attendre la descente des testicules.

Les complications sont rares, quel que soit l’âge de la stérilisation. Cependant, les inflammations, érythèmes, œdèmes et autres complications mineures sont plus rares chez les très jeunes animaux stérilisés (3). Il faut néanmoins apporter une attention particulière à l’anesthésie pour éviter l’hypoxie et l’hypothermie des plus jeunes. Une bonne préparation de l’opération, adaptée au profil juvénile de l’animal, suffit à ce que le risque ne soit pas plus important que lors d’une chirurgie chez un adulte.


Stérilisation précoce, quels risques sur le long terme ?

Pour certaines pathologies et atteintes, ni plus ni moins que pour une stérilisation classique : obésité, croissance des os, développement de l’urètre, dysplasie de la hanche, incontinence urinaire chez la chienne. Toutefois, il semblerait que la stérilisation précoce supprime le risque pour la chienne de développer un pyomètre et plus la stérilisation est réalisée tôt, plus les risques de développer des tumeurs mammaires est bas (constat similaire chez la chatte même si les techniques d’obtention des résultats pouvaient être améliorées).

La stérilisation précoce protègerait également des risques d’hémangiosarcome et de mastocytome chez la chienne Golden Retriever (4), mais augmenterait le risque de développer des ostéosarcomes chez le Rottweiler (5).


Pourquoi stériliser ?

La stérilisation (classique ou précoce) permet d’éviter une reproduction sauvage et lutte contre la surpopulation, qui conduit de nombreux chiens et chats à l’euthanasie. Une problématique que l’on rencontre plus chez les félins domestiques, qui sortent, se reproduisent et dont les chatons sont ensuite abandonnés. Laissés à eux-mêmes, ils deviennent un danger pour la santé publique et déséquilibrent dangereusement la faune sauvage (6).

Une fois mis en refuge, le nombre croissant des animaux oblige les structures à euthanasier massivement les animaux qu’ils ne peuvent garder. Par ailleurs, une étude de 2012 menée en Grande-Bretagne souligne que 32 % des propriétaires de chattes sont persuadés qu’il est bon pour la santé de leur animal de faire une portée avant stérilisation. Il s’agit là d’une croyance anthropomorphique, sans fondement réel, qui en plus de n’avoir aucun intérêt pour la santé de l’animal suffit à entretenir une surpopulation contre laquelle il faudrait plutôt lutter.


La stérilisation précoce présente à la fois des avantages et des inconvénients. Il convient de peser le pour et le contre : l’important est avant tout de faire un choix éclairé.



Sources et références :

(1) MONTREUIL C., Avantages et inconvénients de la stérilisation précoce chez les carnivores domestiques, thèse n°34 soutenue à VETAGRO SUP, 2016.

(2) POLSON S., TAYLOR P.M. et YATES D. Effects of age and reproductive status on postoperative pain after routine ovariohysterectomy in cats. Journal of Feline Medicine and Surgery. 2014. Vol. 16, n° 2, pp. 170 176.

(3) HOWE L.M. Questions regarding complications of early versus standard-age gonadectomies. Journal of the American Veterinary Medical Association. 1997b. Vol. 211, n° 4, pp. 408 409.

(4) COOLEY D.M., BERANEK B.C., SCHLITTLER D.L., GLICKMAN N.W., GLICKMAN L.T. et WATERS D.J. Endogenous gonadal hormone exposure and bone sarcoma risk. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention: A Publication of the American Association for Cancer Research, Cosponsored by the American Society of Preventive Oncology. 2002. Vol. 11, n° 11, pp. 1434 1440.

(5) GOGNY A. La stérilisation chirurgicale précoce ou après la puberté chez le chien : que conseiller ? Le nouveau praticien vétérinaire. 2013b. Vol. 11, n° 53, pp. 55 60.

(6) BUDKE C.M. et SLATER M.R. Utilization of Matrix Population Models to Assess a 3-Year Single Treatment Nonsurgical Contraception Program Versus Surgical Sterilization in Feral Cat Populations. Journal of Applied Animal Welfare Science. 2009. Vol. 12, n° 4, pp. 277 292.

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