Le renard, un nuisible ? Les études prouvent le contraire

Par Virginie Sowinski, le mercredi 06/12/2017 à 22h10

Deux études parues en 2017 révèlent de façon distincte que d’une part l’abattage des renards roux en France a fait augmenter le risque de maladie hépatique d’origine parasitaire et que d’autre part, loin d’être un nuisible, le renard aiderait à lutter contre la maladie de Lyme.

le renard n'est pas un nuisible !

Chaque année, 500.000 renards sont tués sur le territoire français (à l’exception de la Savoie), parce qu’ils représenteraient un risque sanitaire pour l’Homme. Pourtant, les associations de protection animale ne sont plus les seules à clamer le contraire. Des chercheurs de L’Anses, de l’Eliz et du CNRS* (1) ont souhaité étudier l’efficacité des campagnes d’abattage sur la propagation du parasite Echinococcus multilocularis, dont le renard est l’hôte, et qui causerait l’échinococcose chez l’Homme, une maladie du foie pouvant être grave.

Pour cela, une campagne d’abattage de nuit autour de Nancy a été menée pendant 4 ans. Bien que 776 renards aient été tués, ce qui est conséquent compte tenu du périmètre restreint, la population de ces animaux est restée stable au lieu de diminuer, et la prévalence d’Echinococcus multilocularis a augmenté, passant de 40 à 55 % sur la zone. Un constat qui pourrait être dû à une migration des populations voisines sur les territoires laissés vacants par les renards morts.

Des appâts avec vermifuges seraient donc un bien meilleur moyen de limiter les zoonoses par Echinococcus multilocularis que la mise à mort de ces petits canidés sauvages de type Vulpes.

Selon cette étude, le risque sanitaire pourrait être accru par l’abattage des renards, au lieu d’être diminué.


Les renards, un soutien contre la maladie de Lyme

L’incidence des maladies transmises par les tiques varie selon les régions, notamment en fonction des hôtes disponibles. Or, plusieurs études (2, 3) soutiennent que la présence du renard roux est inversement corrélée à l’incidence de la maladie de Lyme (ou Borréliose) : il limiterait en effet sa propagation en chassant les souris et campagnols, principaux porteurs. Par ailleurs, lorsque les prédateurs rôdent, les rongeurs se déplacent moins et sont ainsi moins susceptibles d’attraper des tiques. Le renard permettrait donc de réguler le nombre d’hôtes et la quantité de tiques par rongeur.


Jusqu’à présent, les goupils étaient chassés pour des raisons sanitaires sans qu’aucune preuve scientifique ne démontre l’efficacité de la méthode.Alors que le renard roux est persécuté en France et dans d’autres pays d’Europe, les dernières études en appellent à la protection de l’espèce.



Sources et références :

(1) Sébastien Comte, Gérald Umhang, Vincent Raton, Françis Raoul, Patrick Giraudoux, Benoit Combe, Franck Boué, Echinococcus multilocularis management by fox culling: An inappropriate paradigm, Preventive Veterinary Medecine, Volume 147, 1 November 2017, Pages 178-185.

(2)Hofmeester TR, Jansen PA, Wijnen HJ, et al. Cascading effects of predator activity on tick-borne disease risk. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences. 2017;284(1859):20170453. doi:10.1098/rspb.2017.0453.

(3)Levi T, Kilpatrick AM, Mangel M, Wilmers CC. 2012. Deer, predators, and the emergence of Lyme disease. Proc. Natl Acad. Sci. USA 109, 10 942–10 947.


* L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ; Entente de Lutte Interdépartementale contre les Zoonoses ; Centre National de Recherche Scientifique.

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