Race, pelage...Votre chat âgé devrait-il être surveillé pour une éventuelle hyperthyroïdie ?

Par Virginie Sowinski, le vendredi 01/12/2017 à 15h21

Une étude publiée en juin 2017 sur le Journal of Veterinary Internal Medecine (1) s’intéresse aux risques d’hyperthyroïdie du chat âgé en fonction de sa race, de sa couleur et de la longueur de ses poils. Si cela paraît insolite, les premiers résultats font d’ores et déjà apparaître des profils plus à risques que d’autres. Focus.

Si l’intitulé de l’étude peut surprendre, la façon dont elle a été menée n’en est pas moins complète et sérieuse. Pour cela, des chercheurs britanniques ont analysé les cas de 4705 chats âgés de plus de 10 ans, entre 2006 et 2014, en recoupant les données rétrospectives et épidémiologiques et en utilisant les probabilités selon la méthode d’inférence bayésienne.

On estime que l’hyperthyroïdie touche jusqu’à 10 % des chats âgés (2,3,4).

Image titleLes Siamois auraient moins de risques de souffrir d'hyperthyroïdie.


Votre chat a-t-il plus de risques de souffrir d’hyperthyroïdie ?

Cette étude a permis de déterminer quelles races de chats présentaient un risque diminué d’hyperthyroïdie. Ainsi, les Tonkinois, les Siamois, les Persans, les Abyssins, les British Shorthair, les Sacrés de Birmanie (en une moindre mesure), et les croisements à partir de pures races seraient moins susceptibles de déclarer une hyperthyroïdie à partir de 10 ans.

Les individus les plus à risques seraient les chats à poil long et les femelles, qui seraient plus touchées que les mâles.


Poil, couleur et hyperthyroïdie…Quel rapport ?

Les causes de la maladie sont mal connues et très certainement multifactorielles. Cependant, il y a une explication qui pourrait lier l’hyperthyroïdie à la couleur, la longueur du pelage ou encore la race : la tyrosine. Cet acide aminé joue à la fois sur la mélanine (pigmentation foncée des poils) et sur les hormones thyroïdiennes. Chez les Siamois, qui possèdent un gène muté, la tyrosine qui ne serait pas utilisée pour foncer la couleur du pelage (sauf aux extrémités) serait utilisée pour stimuler la production d’hormones thyroïdiennes en limitant ainsi les risques de maladie (5).

Par ailleurs, il a aussi été observé que l’apport trop faible en tyrosine dans l’alimentation ne permettait pas de maintenir une couleur noire soutenue chez le chat (6), la tyrosine étant, peut-être, mobilisée pour les hormones thyroïdiennes.

De même, on peut poser l’hypothèse que des poils plus longs nécessiteraient plus de mélanine et donc de tyrosine que pour un pelage court. Bien que moins sujets à l’hyperthyroïdie que d’autres races, les chats Sacrés de Birmanie seraient en effet moins protégés en la matière que les Siamois qui arborent pourtant une robe semblable.

Cette étude a le mérite d’identifier des populations à risques ou au contraire mieux protégées de l’hyperthyroïdie, sans apporter pour autant la preuve irréfutable d’un lien entre la couleur du pelage et la maladie. Elle sous-entend surtout que l’apport en tyrosine de l’alimentation pour chats pourrait être sous-estimé et qu’une supplémentation pourrait être envisagée, au même titre qu’une modification des recommandations actuelles concernant les apports. Une hypothèse qui mériterait d’être approfondie dans des études plus poussées sur le sujet. À suivre.  



Source et références : 

(1) Crossley, V.J., Debnath, A., Chang, Y.M., Fowkes, R.C., Elliott, J. and Syme, H.M. (2017), Breed, Coat Color, and Hair Length as Risk Factors for Hyperthyroidism in Cats. Journal of Veterinary Internal Medicine, 31: 1028–1034. doi: 10.1111/jvim.14737

(2) Scarlett JM, Moise NS, Rayl J. Feline hyperthyroidism – A descriptive and case-control study. Prev Vet Med1988;6:295–309.

(3) Birchard SJ. Thyroidectomy in the cat. Clin Tech Small Anim Pract 2006;21:29–33.

(4) Milner RJ, Channell CD, Levy JK, et al. Survival times for cats with hyperthyroidism treated with iodine 131, methimazole, or both: 167 cases (1996–2003). J Am Vet Med Assoc 2006;228:559–563.

(5)Sabatino BR, Rohrbach BW, Armstrong PJ, et al. Amino acid, iodine, selenium, and coat color status among hyperthyroid, Siamese, and age-matched control cats. J Vet Intern Med 2013;27:1049–1055.

(6)Yu S, Rogers QR, Morris JG. Effect of low levels of dietary tyrosine on the hair colour of cats. J Small Anim Pract 2001;42:176–180.

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