Attention ! Des chiens intoxiqués par des vermifuges

Par Virginie Sowinski, le mercredi 11/10/2017 à 19h13

Peu de gens le savent, mais certaines races de chiens de berger peuvent présenter une mutation du gène MDR1 les rendant sensibles à des molécules que l’on trouve notamment dans certains vermifuges. Conséquences : des chiens tombent malades après avoir pris un vermifuge et une cette intoxication peut être mortelle pour les individus concernés.

Des vermifuges qui empoisonnent certains chiens.

C’est une anomalie génétique qui coûte cher à certains chiens. Elle est méconnue du grand public et donc souvent des propriétaires, qui empoisonnent parfois leur compagnon en pensant leur apporter un soin.

Les gènes MDR (MultiDrug Resistance), isolés chez plusieurs espèces, sont responsables de la résistance à certains médicaments, en modifiant la perméabilité des cellules. Ces gènes codent pour une protéine membranaire que l’on appelle la glycoprotéine P, qui aide normalement l’évacuation des médicaments de l’organisme. Or, dans le cas des chiens de berger, il semblerait que le gène MDR1 soit défaillant chez certains sujets, entraînant de ce fait une perte de plus de 90 % de cette protéine et donc une mauvaise élimination des molécules médicamenteuses.


Ainsi, un chien dont le gène MDR1 serait muté souffrirait d’une intoxication par overdose lorsqu’il serait confronté à certaines molécules. Plusieurs médicaments sont concernés, mais le risque est accru pour les produits utilisés fréquemment et en vente libre, comme c’est le cas de certains antiparasitaires internes.


Quels chiens sont concernés ?

Le colley et le border collie sont particulièrement à risques.

Des études ont par ailleurs évalué statistiquement la fréquence de mutation du gène MDR1 chez des races précises. Ainsi, en France, 87 % des colleys seraient porteurs, contre 58 % des bergers australiens, 57 % des bergers blancs suisses et 30 % des bergers des Shetlands. La liste n'est pas exhaustive et d'autres races de chiens de berger peuvent être touchées. Demandez conseil à votre vétérinaire. 


Quels médicaments présentent un risque pour ces chiens ?

Les vétérinaires connaissent généralement la sensibilité de certaines races aux médicaments et les cas d’empoisonnement sont donc limités par leur biais.

Cependant, les molécules les plus à risques sont aussi celles que l’on retrouve dans les vermifuges, que les propriétaires donnent parfois en automédication en les pensant sans danger. C’est le cas de l’ivermectine, la doramectine, la moxidectine, la milbémycine oxime, la sélamectine ou l’émodepside. Les antidiarrhéiques à base de lopéramide sont également à proscrire.

Avis aux propriétaires de chiens de berger : ne donnez en aucun cas un vermifuge contenant ces molécules si votre chien n’a pas été dépisté au préalable chez un vétérinaire. L’émodepside nécessite une vigilance particulière, car elle peut être fournie sans ordonnance.


Quels sont les symptômes d’une intoxication ?

Les symptômes apparaissent généralement dans les 48 h suivant l’ingestion du produit. Les symptômes les plus souvent observés sont neurologiques avec une perte de contrôle des membres (ataxie), des tremblements, voire une paralysie partielle (parésie) ou totale, une perte de la vue. Le chien peut être prostré et sombrer dans le coma.
Les troubles digestifs sont également observés, avec une perte d’appétit, des vomissements, une hypersalivation.

Si l’animal a ingéré accidentellement un des produits précités, il convient de l’emmener en urgence chez le vétérinaire. Plus l’animal est pris tôt, meilleures sont ses chances. Il faut être conscient que malgré le traitement mis en place, le pronostic vital demeure réservé et le risque de mortalité élevé.  


Compte tenu du danger et de la fréquence de mutation du gène, l’éviction totale des vermifuges à risques devrait être la règle, et les propriétaires devraient bannir toute forme d’automédication par mesure de précaution. Par ailleurs, un dépistage du gène muté existe. Il s’agit d’un prélèvement de salive dont les résultats sont délivrés sous 10 jours. Une tranquillité conseillée pour un coût estimé entre 80 et 90 euros.


Source : ASV n°98 - La Semaine Vétérinaire 

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