Des indicateurs simples pour déceler le mal de dos chez le cheval

Par Virginie Sowinski, le mardi 19/09/2017 à 21h55

Des chercheurs se sont rendu compte que les chevaux adoptaient des postures diverses en fonction de leur milieu de vie et de leur activité, entendues comme étant les conséquences d’un stress physique et psychologique au travail. Des différences qui pourraient être le signal d’alarme de dorsalgies et le point de départ d’une remise en question de la gestion de leur quotidien.


Image titleLa rondeur de l'encolure (cheval 1) vs la concavité de l'encolure (cheval 2). Une encolure concave peut être considérée comme un signe de douleur. © Plos One


Dans l’hypothèse où les variations posturales étaient liées à l’activité et aux techniques d’équitation utilisées, deux groupes de chevaux ont été étudiés : des chevaux de loisir, montés occasionnellement en détente et vivant au pré et en troupeau d’une part ; des chevaux de club, vivant individuellement en box et montés de façon journalière en équitation classique d’autre part.

En 2012 (1), 18 équidés ont ainsi été manipulés par un chiropraticien au niveau du dos (données validées par un vétérinaire-ostéopathe et un autre chiropraticien) et ont subi une électromyographie de la colonne, afin d’estimer s’ils souffraient d’atteintes musculo-squelettiques.
Ces deux outils d’évaluation ont conduit à des résultats corrélés et donc cohérents sur le degré d’atteinte de différents points tout le long de la colonne.


La posture du cheval comme indicateur de douleur

Une analyse des postures a été menée conjointement à ces deux tests, sur l’observation des angles du cou. Les chevaux dont les résultats à l’électromyographie étaient les plus élevés et qui avaient été jugés comme étant affectés (de légèrement à sévèrement) à l’examen clinique montraient une concavité de l’encolure, alors que les chevaux jugés « sains » présentaient une rondeur de l’encolure.


« Autrement dit, un cheval qui aurait comme un creux à la base de l’encolure, avant le garrot, pourrait souffrir de mal de dos ».

Par ailleurs, une étude de 2011 (2) avait déjà mis en lumière la rondeur d’encolure et de dos chez les populations de chevaux vivant en extérieur, en précisant qu’en opposition, les chevaux ayant des problèmes de dos arboraient un dos plat et tendu et avaient un port de tête plus haut.


Image titleLa ligne du haut correspond aux chevaux de loisir, vivant au pré. La ligne du bas aux chevaux ayant une activité musculaire élevée et vivant au box.  © Plos One


Un quotidien à repenser

Dans l’étude de 2012, 39 % des chevaux avaient un dos sain, ces mêmes chevaux dont l’activité musculaire était faible, alors que les 50 à 55 % gravement affectés par des troubles dorsaux étaient également ceux dont l’activité musculaire était la plus élevée.

Si les postures peuvent aussi être altérées par l’âge (3), l’activité physique et les conditions de travail imposées au cheval semblent avoir un impact plus important sur les changements de postures que le vieillissement (4).

L’habitat a également sa part de responsabilité dans la variation posturale et le mal de dos chez le cheval. Dans la nature, un équidé mange 70 % de son temps. Il paît, broute de l’herbe, le cou baissé vers le sol. Il s’agit là de la position que le cheval prend naturellement la majorité de son temps (5). 

Un cheval en stalle ou en box est quant à lui le plus souvent nourri à sa hauteur (auge), voire même plus haut s’il est nourri au foin suspendu en filet. Quand il ne mange pas, il passe la tête par-dessus la porte du box. La position de l’encolure est donc la plupart du temps relevée.

Le stress peut aussi induire des tensions musculaires et donc être à l’origine de douleurs. Or, l’anxiété peut être le fruit d’une activité contraignante (une étude a démontré que les chevaux de sport étaient plus anxieux que les chevaux de loisir (6)), d’une alimentation inadaptée (7), ou d’un isolement social (cheval seul en box alors qu’il s’agit d’une espèce grégaire qui vit en troupeau) (8). Des conditions stressantes qui correspondent aux paramètres qui rendraient un cheval pessimiste, comme énoncé par le Dr Séverine Henry lors de la Journée de la recherche équine de 2016.

Enfin, d’autres facteurs peuvent aussi être source de mal de dos chez le cheval, comme une selle inadaptée (9) ou encore un cavalier trop lourd pour sa monture (10), inexpérimenté ou avec une mauvaise position (11).


Si des indices d’une dorsalgie étaient visibles sur un cheval, il faudrait bien entendu faire appel à un ostéopathe en premier recours (voire parfois aussi à un dentiste et à un maréchal-ferrant si leur intervention n’est pas faite régulièrement, une gêne aux dents ou aux pieds pouvant induire une position inhabituelle). Toutefois, la prise de conscience ne doit pas s’arrêter aux soins. Il s’agit de comprendre que c’est toute une gestion de l’animal qui peut être source de souffrance. En bon propriétaire, il convient donc d’offrir le meilleur à son cheval : une activité physique raisonnée, si possible une vie en extérieur avec au moins un congénère et une pratique responsable de l’équitation pour les cavaliers.



Sources et références :

(1) Clémence Lesimple, Carole Fureix, Emmanuel De Margerie, Emilie Sénèque, Hervé Menguy, and Martine Hausberger, Towards a Postural Indicator of Back Pain in Horses (Equus caballus), PLoS One. 2012; 7(9): e44604. Published online 2012 Sep 7. doi: 10.1371/journal.pone.0044604

(2) Fureix C, Hausberger M, Sénèque E, Morisset S, Baylac M, et al. (2011) Geometric morphometrics as a tool for improving the comparative study of behavioural postures. Naturwissenschaften 98: 583–592

(3) Caneiro JP, O’Sullivan P, Burnett A, Barach A, O’Neil D, et al. (2010) The influence of different sitting postures on head/neck posture and muscle activity. Manual Ther. 15: 54–60

(4) Jeffcott LB (1980) Disorders of the thoracolumbar spine of the horse – a survey of 443 cases. Equine Vet J 12: 197–210

(5) Kownacki M, Sasimowski E, Budzynski M, Jezierski T, Kapron M, et al. (1978) Observations of the twenty four hours rhythm of natural behavior of Polish primitive horse bred for conservation of genetic resources in a forest reserve. Genet Pol 19: 61–77

(6) Hausberger M, Bruderer C, Le Scolan N, Pierre JS (2004) Interplay between environmental and genetic factors in temperament/personality traits in horses (Equuscaballus). J. Comp. Psychol. 118: 434–446

(7) Alexandra Destrez, Pauline Grimm, Frank Cézilly, Véronique Julliand, Changes of the hindgut microbiota due to high-starch diet can be associated with behavioral stress response in horses, Physiology & Behavior, oct. 2015.

(8) Heleski CR, Shelle AC, Nielsen BD, Zanella AJ (2002) Influence of housing on weanling horse behavior and subsequent welfare. Appl Anim Behav Sci 78: 291–302

(9) Greve L, Dyson S., The horse-saddle-rider interaction., Vet J. 2013 Mar;195(3):275-81. doi: 10.1016/j.tvjl.2012.10.020. Epub 2012 Nov 21.

(10) E. Halliday, H. Randle,The horse and rider bodyweight relationship within the UK horse riding population", Journal of Veterinary Behavior, Volume 8, Issue 2, 2013.

(11) Martin P, Cheze L, Pourcelot P, Desquilbet L, Duray L, Chateau H. Effect of the rider position during rising trot on the horse׳s biomechanics (back and trunk kinematics and pressure under the saddle)., J Biomech. 2016 May 3;49(7):1027-1033. doi: 10.1016/j.jbiomech.2016.02.016. Epub 2016 Feb 15.

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