Foin, céréales, Total Horse Feed… Un regard sur l’alimentation du cheval

Par Virginie Sowinski, le jeudi 29/06/2017 à 23h32

Que mangent les chevaux ? Ceux de sport ? De club ? De particuliers ? Les convaincus diront « du foin », d’autres répondront « des granulés ». Alors, que choisir ? Quel impact sur la santé du cheval ? Quelle alimentation favoriser pour répondre à ses besoins physiologiques ? Quels compléments ? Réponses.


Le foin, la base de toute alimentation chez les équidés

Dans son milieu naturel, le cheval broute entre 16 et 18 h par jour (soit 70 % de son temps) et les herbes variées constituent son unique régime alimentaire. Un fonctionnement qui permet de fournir à son organisme l’énergie nécessaire malgré un petit estomac. Le foin est alors l’aliment de base de l’équidé domestique et il est préférable de le fournir à volonté : il apporte les fibres essentielles à la bonne digestion et à l’équilibre du microbiote intestinal, il entretient la dentition par une mastication appropriée, il contrôle le poids de l’animal (à volonté, les plus gros maigrissent et les maigres reprennent de l’état). De plus, l’estomac du cheval produit en permanence de l’acide, régulé par le foin et la production de salive que la mastication déclenche. Un cheval laissé plus de 4 heures sans manger risque alors de souffrir d’ulcères gastriques causés par une acidité excessive de l’estomac. C’est d’ailleurs le rationnement de l’alimentation, couplé à l’exercice, qui conduit 50 à 90 % des chevaux de sport (70 % pour les chevaux d’endurance, 80 à 90 % pour les chevaux de course) à souffrir d’ulcères gastriques (1).

Image titleChevaux au foin à volonté - © Muriel des Écuries du Soleil


Notre avis sur les céréales dans l’alimentation du cheval

Si le foin est l’aliment qui se rapproche le plus des besoins physiologiques du cheval, alors, pourquoi lui fournir des céréales ? Parce que ce que nous demandons aux équidés domestiques est bien différent du comportement qu’ils adopteraient d’eux-mêmes s’ils n’avaient aucune contrainte.

Ainsi, si les céréales sont souvent utilisées dans l’alimentation équine, c’est parce qu’elles permettent d’apporter une source d’énergie (glucides) pour couvrir les besoins des chevaux dont l’activité serait trop intense en temps et en effort pour puiser seulement dans les apports contenus dans le foin. Cependant, si l’utilisation des céréales satisfait le cahier des charges des propriétaires, elle n’est pas sans risques.

En effet, de plus en plus d’études mettent en évidence le risque accru de coliques relatif à la mauvaise digestibilité de l’amidon, qui favorise la prolifération de bactéries amylolytiques et l’augmentation de l’acide lactique (2).

En 2004, lors une étude comparative sur la digestibilité de plusieurs céréales (orge, avoine, maïs) et de luzerne (groupe contrôle), les chercheurs avaient même dû revoir la quantité de carbonhydrate non structuraux (glucides) à la baisse (de 0,4 % à 0,2 % du poids de l’animal) à cause de plusieurs cas de fourbures et d’une incidence trop importante du nombre de coliques gazeuses parmi les chevaux de leurs échantillons. Lors des résultats, il avait d’ailleurs été conseillé de ne pas dépasser ce seuil « pour éviter un impact négatif sur la digestibilité des nutriments et la bonne santé générale de l’équidé » (3).

Avec l’amidon, le pH de l’intestin est abaissé, le microbiote est modifié (4) fragilisant l’ensemble du système digestif, l’exposant aussi à des risques de tympanisme (résonance de l’abdomen dû à des gaz, ou une ascite), voire de déplacement du gros intestin (5).

Enfin, les risques de fourbures ou de coliques ne sont pas les seuls inconvénients relatifs à l’alimentation aux céréales, les chevaux développant plus de troubles dentaires (comme les surdents) (6) et souffrant de changements d’attitude. Une étude de 2015 (7) avait alors révélé que le déséquilibre de la population bactérienne intestinale avait un effet sur le comportement du cheval, le rendant plus anxieux, inquiet. L’alimentation à base d’orge aurait également un impact sur la hausse de l’insuline (3), elle-même significative lors de diagnostic du syndrome de Cushing (8).


Notre avis sur le Total Horse Feed, un complément sans céréales

Le Total Horse Feed est un complément alimentaire sans céréales pour les chevaux actifs, élaboré il y a 20 ans par Linda Bennis, physiologiste en nutrition du cheval de sport et diplômée de l’Université de West England. Au moment de préparer sa thèse, en Espagne, elle a été témoin des dérives dont souffraient les chevaux, nourris principalement de céréales et de luzerne de mauvaise qualité, parfois semblable à de la paille. Ne pouvant conseiller un aliment en particulier aux personnes lui demandant conseil, elle a alors mis au point son propre complément alimentaire, trouvant l’équilibre des apports grâce au recueil d’études « Nutrient Requirement of Horses » et cherchant les nutriments dans des aliments correspondant aux besoins physiologiques des chevaux. L’avantage de ce complément alimentaire réside notamment dans son faible taux de glucides et d’amidon, puisqu’il est exempt de céréales et de mélasse. L’énergie est apportée par des huiles végétales (9), même si on aurait préféré un apport en huile de lin plutôt que de tournesol qui aurait eu un meilleur rapport Omega-3 / Omega-6 (mais qui aurait sûrement augmenté le coût du produit). Bien qu’il y ait des graines de lin dans la formule, on peut donc aussi conseiller aux propriétaires qui le souhaitent de rajouter de l’huile de lin au moment de donner la ration.

Image titleAliment Total Horse Feed, les fibres hachées et en pellets sont bien visibles - © Nathalie des Écuries du Soleil


Les autres ingrédients sont intéressants, puisqu’il s’agit pour beaucoup de fibres, courtes ou en pellets. Or, elles assurent une bonne digestibilité, puisque les temps moyens de transit et de rétention des phases solides et liquides du digesta sont les mêmes avec des fibres hachées ou longues. (10) C’est surtout le temps de mastication qui diffère, mais cela n’est pas d’une grande importance, puisque le Total Horse Feed demeure un complément du foin (il ne le remplace en aucun cas). Le sélénium a par ailleurs un intérêt pour le système immunitaire (11) et la menthe des vertus antispasmodiques.

L’aliment contient du VermX® qui, s’il ne remplace pas un vermifuge traditionnel, participerait à la régulation du parasitisme intestinal grâce à un complexe de treize plantes.

Le Total Horse Feed est régulièrement amélioré, au fil des découvertes sur le système digestif, pour apporter les nutriments les plus adéquats aux équidés. Le sujet recèle encore de nombreux mystères et la formule n’est jamais arrêtée. La démarche est bonne et ce type de compléments serait à favoriser par rapport aux granulés traditionnels ou céréales, qui ont un impact négatif avéré sur la santé du cheval.


« Nous avons besoin de nous éveiller, pour le bien-être des chevaux. L’Homme doit comprendre que s’il pense à la santé du cheval avant ses propres bénéfices, alors il en retirera tous les avantages. » Linda Bennis, conférence sur le système digestif équin aux Écuries du Soleil, Gonfaron (83)


Pour la santé du cheval, son alimentation devrait être constituée de 80 à 100 % de foin de bonne qualité (mais pas trop riche), avec un supplément conseillé en minéraux. Les compléments seraient à recommander pour les animaux âgés, affaiblis ou en activité en favorisant les aliments sans céréales.



Sources :

(1) J. Nieto, Diagnosing and treating gastric ulcers in horses, Center for Equine Health, School of veterinary Medicine, University of California, Davis, 2012.

(2)  Durham AE, The role of nutrition in colic., Vet Clin North Am Equine Pract. 2009 Apr;25(1):67-78, vi. doi: 10.1016/j.cveq.2008.11.003.

(3)  Hussein HS, Vogedes LA, Fernandez GC, Frankeny RL., Effects of cereal grain supplementation on apparent digestibility of nutrients and concentrations of fermentation end-products in the feces and serum of horses consuming alfalfa cubes., J Anim Sci. 2004 Jul;82(7):1986-96.

(4) Richards N, Hinch G, Rowe J., The effect of current grain feeding practices on hindgut starch fermentation and acidosis in the Australian racing Thoroughbred., Aust Vet J. 2006 Nov;84(11):402-7.

(5) Lopes MA , White NA 2ème , Crisman MV , Ward DL ., Effects of feeding large amounts of grain on colonic contents and feces in horses., Am J Vet Res. 2004 May;65(5):687-94.

(6) Masey O'Neill HV, Keen J, Dumbell L., A comparison of the occurrence of common dental abnormalities in stabled and free-grazing horses., Animal. 2010 Oct;4(10):1697-701. doi: 10.1017/S1751731110000893.

(7) Alexandra Destrez, Pauline Grimm, Frank Cézilly, Véronique Julliand, Changes of the hindgut microbiota due to high-starch diet can be associated with behavioral stress response in horses, Physiology & Behavior, oct. 2015.

(8) Reeves HJ, Lees R, McGowan CM., Measurement of basal serum insulin concentration in the diagnosis of Cushing's disease in ponies., Vet Rec. 2001 Oct 13;149(15):449-52.

(9) Crandell KG1, Pagan JD, Harris P, Duren SE., A comparison of grain, oil and beet pulp as energy sources for the exercised horse., Equine Vet J Suppl. 1999 Jul;(30):485-9.

 (10) V. Pimentel Silva, F. Queiroz de Almeida, R.Ricardo Moreira Pimentel, F. Nascimento de Godoi, T. Marques dos Santos, E. Da Silva Morgado, A. Biazon França, B. Clayston Gobira Mazete, DIGESTIBILITY, KINETICS OF DIGESTA AND COLON CHARACTERISTICS IN HORSES FED HAY WITH DIFFERENT PARTICLE SIZE, Universidade Federal Rural do Rio de Janeiro - Veterinary Institute. BR 465, Km 07. Seropédica, Rio de Janeiro, Brazil. 23890-000.

(11) Brummer M, Hayes S, Adams AA, Horohov DW, Dawson KA, Lawrence LM., The effect of selenium supplementation on vaccination response and immune function in adult horses., J Anim Sci. 2013 Aug;91(8):3702-15. doi: 10.2527/jas.2012-5819. Epub 2013 May 8.


- Conférence sur le système digestin équin, Par Linda Bennis et Sophie Parker (Total Horse Feed et Natural Green Horse)

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