Comprendre et soigner les allergies alimentaires du cheval

Par Virginie Sowinski, le mercredi 17/05/2017 à 21h37

Les allergies alimentaires chez le cheval sont peu étudiées et considérées comme rares. Cependant, l’hypothèse d’une allergie alimentaire dans le cas de dermites ou de réactions gastro-intestinales ne devrait pas être écartée. Explications et conseils pour prévenir et soigner les allergies alimentaires chez le cheval.

Les allergies alimentaires chez le cheval



Une allergie alimentaire est une manifestation indésirable, souvent cutanée, parfois digestive, caractérisée notamment par une inflammation, qui résulte d’une réaction immunitaire inappropriée.

La première difficulté est alors d’identifier l’allergie. En effet, toute réaction n’est pas allergique et peut être apparentée à d’autres sensibilités. Il peut donc s’agir d’une réaction immunitaire non alimentaire, comme lors d’une dermite estivale, ou la conséquence de la consommation d’un aliment provoquant des effets indésirables, par exemple par intoxication.


Il est ainsi reconnu que l’orge, la luzerne, le son, le malt, l’avoine, le blé, le millepertuis, etc. puissent entraîner des réactions indésirables sans que l’on sache s’il s’agit d’une réaction allergique (immunitaire) ou autre. Une autre difficulté de l’allergie alimentaire réside dans le fait que les symptômes ne sont jamais les mêmes. Si on rencontre souvent le prurit (un cheval qui se gratte) avec des lésions, papules ou croûtes, on peut aussi observer des diarrhées, des coliques chroniques, une inflammation vasculaire ou encore un amaigrissement sur le long terme. Aucun de ces signes cliniques n’est spécifique à une allergie. Une sensibilité à un type d’aliment pourra donc se manifester de façon et d’intensité différentes en fonction de l’individu.


Devant des symptômes variés, le vétérinaire envisagera donc dans son diagnostic différentiel : l’allergie de contact, les parasites, la dermatophytose, une eau ou un aliment contaminé, etc. avant de penser à une allergie alimentaire.


Identifier une allergie alimentaire

L’identification d’une allergie alimentaire commence par une bonne anamnèse, c’est-à-dire l’histoire du cheval. Une liste des traits de son quotidien, des derniers événements et de son environnement permet d’éliminer d’autres pathologies éventuelles.

Il existe plusieurs tests, mais étonnamment, les tests sanguins et cutanés ne seraient pas les plus fiables et révèleraient un certain nombre de faux positifs et faux négatifs. Le plus efficace et aussi le plus long, serait de sortir le cheval de son environnement pendant six semaines, en conservant son alimentation. Si l’allergie persiste, on réduit la ration à un seul aliment, du foin ou de l’herbe. Si les symptômes disparaissent, c’est que c’est certainement une allergie alimentaire. Pour éliminer l’élément perturbateur, chaque aliment sera réintroduit par intervalles d’une semaine. Lorsque les symptômes réapparaissent, il suffit d’incriminer le dernier ingrédient ajouté à la ration.


Les bons gestes lors d’une allergie alimentaire chez le cheval

Il convient bien entendu dans un premier temps d’éliminer l’allergène de l’alimentation et aussi de revoir la gestion du stockage,afin qu’il n’y ait pas de contamination et d’isoler le cheval au moment de ses repas. Pensez à recalculer la ration, de manière à ce que le retrait de l’aliment n’entraîne pas une baisse des apports énergétiques.

Une étude menée sur l’Homme tendrait à montrer qu’une perméabilité de l’intestin était un facteur de risques d’allergie.* Or, il se trouve que chez le cheval, une modification du pH de l’intestin peut avoir un impact sur sa perméabilité. On conseille donc, pour limiter les acidoses, de limiter l’apport en céréales pour ne pas dépasser 200 g d’amidon par repas pour 100 kg de cheval. L’ajout de levure de bière (Saccharomyces cerevisiae) peut être une aide supplémentaire.



Enfin, les Omega-3 ont déjà prouvé leur efficacité chez le chien pour lutter contre l’inflammation et sont déjà utilisés chez le cheval lors de dermite estivale. L’ajout d’huiles riches en Omega-3 dans l’alimentation peut donc être conseillé, même si de nouvelles études seraient nécessaires pour définir un dosage précis chez les équidés.


Sources et références :

- * Heyman M. Gut barrier dysfunction in food allergy. Eur. J. Gastroenterol. Hepatol. 2005;17(12):1279-1285.

- Pratique Vétérinaire Équine n°193.

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