Bien-être animal : le cadre de vie de votre cheval le rend-il optimiste ou pessimiste ?

Par Virginie Sowinski, le mercredi 12/10/2016 à 08h00

Cheval enjoué ou avec le moral dans les chaussettes, des chercheurs français ont établi le lien entre le cadre de vie offert au cheval et l’impact que ce dernier peut avoir sur son moral et sa propension à être optimiste ou pessimiste. Des résultats qui devraient conduire les propriétaires à s’interroger sur les bonnes conditions de vie offertes à leur animal.

Les chevaux de centres équestres seraient globalement plus pessimistes

Une étude présentée en 2016 s’intéresse à la psychologie du cheval et plus précisément à l’influence de son environnement sur ses comportements et sa capacité à être plutôt optimiste ou pessimiste. Des indicateurs pouvant être pris en compte dans la notion d’évaluation du bien-être de l’équidé.


L’hypothèse posée est la suivante : un cheval « qui sera dans un état affectif négatif aura tendance à juger les événements ambigus comme négatifs ». Autrement dit, un cheval peut avoir tendance à voir le verre à moitié plein ou à moitié vide face à une situation, en fonction de son moral et donc de son état de bien-être. C’est ce que l’on appelle le biais de jugement. Des réactions qui seraient en lien direct avec l’état de bien-être ou de mal-être de l’animal.

La présente étude a été menée auprès de 34 chevaux sur 4 sites différents : 2 clubs hippiques (chevaux isolés en box avec rationnement du fourrage et des compléments, travaillant 4 à 12 heures par semaine) et 2 pensions de loisir équestre (chevaux vivant en groupe au pré avec accès au fourrage à volonté et travaillant occasionnellement).


Évaluation du bien-être du cheval

Pour établir un lien entre biais de jugement (anticipation positive ou négative) et bien-être, c’est d’abord ce dernier paramètre que les chercheurs ont essayé d’évaluer, en observant les différentes attitudes posturales et comportementales des deux groupes : position des oreilles, problèmes vertébraux, stéréotypies (tic à l’ours, tic à l’appui), agressivité envers l’Homme.


Il a été démontré que les chevaux des centres équestres présentaient beaucoup de pathologies en comparaison des chevaux de loisirs : 10 à 30 % ont des problèmes vertébraux, 64 à 82 % présentent des tics et montrent de l’agressivité envers l’humain et 71 à 91 % d’entre eux passent plus de 50 % de leur temps avec les oreilles en arrière.

Les chevaux de loisirs, quant à eux, sont 0 à 2 % à avoir des problèmes vertébraux. Aucun des autres indicateurs pathologiques n’a été révélé sur cette population.


Évaluation de l’optimisme ou du pessimisme chez le cheval

Pour estimer le biais de jugement sur les deux groupes de chevaux, une session d’apprentissage a été mise en place. Dans un manège, un seau contenant une friandise était placé à l’extrémité gauche, puis un seau contenant un aliment répulsif était placé à égale distance, à droite du manège. En répétant l’opération plusieurs fois, chacun des groupes de chevaux a montré une compréhension égale de l’exercice : lorsque le seau est positionné à gauche, les chevaux se dépêchent d’aller chercher leur friandise, lorsqu’il est à droite, soit le cheval ne prend pas la peine d’aller vérifier, soit il va à l’emplacement gauche pour gratter le sol et réclamer l’aliment appétent.

Mais que se passe-t-il quand le seau est rapproché du centre ?

Lorsque le seau est positionné au milieu, légèrement vers la droite (position ambiguë), 45 à 64 % des chevaux de club ne se déplacent pas et estimeraient donc qu’aucune friandise n’est présente, alors que les chevaux de loisir sont 100 % à aller vérifier le contenu du seau au moins une fois. Une expérience qui montre que les chevaux de club seraient « globalement pessimistes » alors que ceux de loisir seraient plus optimistes.

Bien-être et optimisme chez le cheval

Lien entre pessimisme et mal-être

En juxtaposant les résultats des deux observations, les chercheurs ont établi que plus les chevaux montraient d’agressivité envers l’Homme et plus ils étaient pessimistes. Même constat pour les chevaux qui passaient beaucoup de temps les oreilles en arrière.

Fait intéressant : en comparant les deux groupes, ils se sont rendu compte que si le biais de jugement pouvait être corrélé avec les oreilles en arrière pour le groupe des chevaux de loisirs, c’était l’agressivité et les problèmes vertébraux qui montraient le plus de corrélation chez les chevaux de club. Un constat qui fait émerger l’hypothèse d’un lien plus profond entre le travail et la notion de mal-être chez le cheval.


Le test de biais de jugement utilisé ici pour la première fois chez le cheval apporte un nouvel éclairage pour tout propriétaire ou gérant de structure souhaitant améliorer le bien-être de l’animal. Cette expérience permet d’interroger directement le cheval qui donne sa propre réponse à son sentiment et à l’état de son moral. À nous d’écouter à présent.



Source : conférence du Dr Séverine Henry sur le bien-être et l'optimisme chez le cheval, à la Journée de la recherche Équine 2016.

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