Les conseils pour nourrir un cheval qui a tendance à l’embonpoint

Par Virginie Sowinski, le mercredi 13/07/2016 à 08h00

De nombreux chevaux sont ce que l’on appelle des « Easy keepers » : leur état se maintient facilement et ils auraient même tendance à l’embonpoint. On les oppose aux chevaux qui maigrissent très facilement, comme les individus âgés.

Quelle alimentation pour ces chevaux en pleine santé ? Comment stabiliser le poids sans prendre de risques pour la santé de votre animal ? Voici quelques conseils.

Nourrir un cheval en bonne santé

Du foin, pas de grain

Le grain est souvent donné en rations, notamment aux chevaux ayant une activité physique régulière. Il s’agit d’une alimentation riche en glucides et en amidon, avec trop de calories et trop peu de vitamines et minéraux. Il est primordial de commencer par éliminer l’alimentation en céréales pour apporter une nourriture exclusivement composée de fourrages, avec un complément en minéraux (pierre à sel et reminéralisation organique).

 Les travaux, centrés sur la digestion, ont par exemple rapidement montré que certaines maladies peuvent être expliquées par la quantité d’amidon ingérée et par les déséquilibres dans l’écosystème microbien du gros intestin. (étude sur la nutrition du cheval athlète) » Le Point vétérinaire

Le choix du fourrage est important : on évite le foin de Crau, très riche et qui contient de la luzerne, pour se tourner vers des foins plus pauvres en calories, comme le foin de montagne (coupé plus tard, avec des herbes plus longues pour forcer à mâcher plus longtemps). Attention, prendre un foin plus pauvre ne signifie pas fournir à son cheval un foin de mauvaise qualité : on ne prend pas un produit plein de poussières, de moisissures ou composé de mauvaises herbes.

 Samy Julliand* a ironisé sur le fait que 30 ans de recherche ont permis de conclure que le cheval, herbivore, doit manger du foin ! », Pratique vétérinaire équine n°190.


Réduire la qualité, pas la quantité

Le propriétaire dont l’animal a tendance à prendre facilement du poids peut être tenté de limiter la quantité de foin donnée. C’est une mauvaise idée. Il est important de ne pas affamer un cheval en surpoids, car cela peut provoquer des ulcères et des désordres métaboliques. Mieux vaut donc donner plus de fourrages moins caloriques en augmentant l’exercice.

Il existe cependant des exceptions, comme les chevaux souffrant d’un syndrome métabolique équin, qui nécessitent un accompagnement vétérinaire dans le choix de l’alimentation.


Ralentir la consommation

Un cheval passe normalement 70 % de son temps à brouter. Il sélectionne les plantes, utilise ses lèvres pour les prendre, les coupe du bout des dents et mastique.
Avec le foin disponible, le cheval fait moins d’effort pour manger et consomme plus, plus rapidement. Il existe des techniques pour ralentir cette consommation, comme les filets à foin (favoriser ceux sans nœuds au tissage, qui ne blessent pas les gencives). Le cheval fait alors l’effort d’aller chercher les brindilles de foin avec les lèvres, et de tirer avec les dents avant de manger. Avec cette technique, on peut se permettre sans crainte de laisser l’animal au foin à volonté : c’est plus proche de son métabolisme naturel, et ça lui permet de manger en continu sans surconsommer (et cela évite les pics de sucre dans le sang causés par le rationnement et la consommation importante en un temps réduit).

Il a été démontré qu’une alimentation à volonté couplée à une technique pour ralentir la consommation permettait de limiter le poids des chevaux ayant tendance à l’embonpoint et de faire prendre de l’état aux chevaux ayant tendance à maigrir.


Pour les chevaux mis dans des pâtures verdoyantes, l’utilisation de « muselières » peut être préconisée : il existe plusieurs modèles, mais certains permettent au cheval de brouter les herbes comme la fétuque des prés qui reste droite tout en évitant les graminées (riches en glucides) qui sont des herbes qui se couchent quand le cheval essaye de les attraper. Ce peut être une solution, notamment pour les chevaux sensibles aux fourbures.

 

À faire et à ne pas faire 

  • - Réduire le temps de pâture peut être traitre parce que certains chevaux se gavent en un temps plus restreint. On conseillera plutôt de mettre l’animal en pâture le matin et de l’en sortir avant la fin d’après-midi, période pendant laquelle les hydrates de carbone non structuraux (glucides) sont moins présents dans les herbes. On évitera par contre les mises aux pâtures le soir, pour la nuit.


  • - Ne pas tondre les herbes en pensant limiter les apports : l’herbe en croissance a une teneur en protéines et en énergie plus importante que l’herbe haute.


  • - Le foin à volonté, dans un filet, c’est la santé ! Cela permet à votre cheval d’adopter un fonctionnement métabolique proche de son fonctionnement naturel. Cela limite l’ennui, régule la consommation tout au long de la journée en évitant les pics de sucres...Une meilleure santé et moins de stress.


  • - Prenez des notes. Une fois par mois, à l’aide d’un mètre-ruban, faites le tour du ventre, de l’encolure, mesurez la largeur de poitrail, etc. Que vous souhaitiez maintenir, faire maigrir ou faire grossir votre cheval, c’est le meilleur moyen d’avoir une vision de l’évolution de son état.


Si les conseils précités sont tournés vers le cheval easy keeper, le foin à volonté en filet, la réduction voire l’élimination de la ration de granulés peuvent être élargis à une grande majorité de chevaux (hors individus malades et affaiblis qui peuvent nécessiter un suivi particulier). Cette alimentation, combinée à de l’espace et une vie sociale, sont les paramètres parfaits pour un cheval bien dans son corps et bien dans sa tête.




*Samy Julliand est agronome, chercheur avec Véronique Julliand (vétérinaire) pour l’Unité de recherche sur les animaux d’élevage. Il milite pour populariser les études scientifiques sur l’alimentation équine auprès des éleveurs et entraîneurs de chevaux.

Sources : The Horse / Pratique vétérinaire équine/ Le Point Vétérinaire

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